Vincent Tassy, Apostasie

¤ Vincent Tassy
Apostasie, 2016
éd. du Chat noir, coll. Griffe sombre, 2016

apostasie

¤ 4ème de couverture

Anthelme croit en la magie des livres qu’il dévore. Étudiant désabusé et sans attaches, il décide de vivre en ermite et de s’offrir un destin à la mesure de ses rêves. Sur son chemin, il découvre une étrange forêt d’arbres écarlates, qu’il ne quitte plus que pour se ravitailler en romans dans la bibliothèque la plus proche.

Un jour, au hasard des étagères, il tombe sur un ouvrage qui semble décrire les particularités du lieu où il s’est installé. Il comprend alors que le moment est venu pour lui de percer les secrets de son refuge.
Mais lorsque le maître de la Sylve Rouge, beau comme la mort et avide de sang, l’invite dans son donjon pour lui conter l’ensorcelante légende de la princesse Apostasie, comment différencier le rêve du cauchemar ?

¤ Avis de lecture

Apostasie de Vincent Tassy. Un des chatons de la portée printanière 2016 du Chat Noir et surtout un parmi les plus attendus…

Lu tout de suite après Même pas mort, il a sans doute souffert de cette délicate position au regard de l’énorme coup de cœur que j’ai eu pour l’ouvrage de Jean-Philippe Jaworski.

Enfin, souffert, souffert… c’est vite dit car autant de l’écrire tout de suite j’ai vraiment beaucoup aimé ce roman. Un coup de cœur même je pourrais dire. D’un genre différent mais coup de cœur, tout à fait.

Apostasie n’est pas ma première rencontre avec la plume de Vincent Tassy que j’ai découvert à travers sa nouvelle Malvina Moonlore, parue dans l’anthologie Montres enchantées des éditions du Chat noir. Or si j’avais bien aimé dans l’ensemble ces quelques pages de poupée maléfique, je n’avais pas eu de révélation à en faire une de mes favorite du recueil et surtout rien ne présageait le délice que fut ma lecture de ce premier roman.

Un délice en partie lié à l’histoire, mais surtout intrinsèque au style, à la plume de l’auteur.

Je vous enquiquine assez avec ce point depuis les premiers articles de cet espace donc vous savez à quel point je suis sensible à l’écriture d’une histoire, bien plus qu’à son contenu je dirais. La plume de Vincent Tassy, telle qu’il nous la révèle dans Apostasie, fait partie de celles qui ont su me toucher profondément. J’aime les tournures employées et le phrasé poétique, les sonorités, les couleurs et les sensations qui se dégagent des mots employés. Il y a une recherche assez fine dans ce domaine qui est loin d’être un simple maniement de dictionnaires de mots rares et inusités. Outre tout ce qu’ils renvoient et leurs effets aussi bien sur l’histoire que sur le lecteur, j’aurais tendance à penser qu’il y a aussi tout un jeu – volontaire ou non – qui tend à détemporaliser le roman. Je m’explique. Il n’est pas fait mystère que l’intrigue se passe de nos jours, or le caractère du personnage d’Anthelme peut paraître brutalement anachronique avec sa figure toute beaudelairienne d’âme dévorée par un mal-être presque désormais stéréotype de la figure du poète maudit et du XIXe gothique. L’usage de tels termes qui ont cette connotation « ancienne » dans un récit à la première personne – donc la voix d’Anthelme – fait le lien et adoucit le rapport caractère/temporalité.

J’ai également retrouvé dans Apostasie – et c’est d’une certaine manière lié – un peu de ce style qui m’avait ravagé le cœur lors de ma lecture de La sève et le givre de Léa Silhol. Toutefois, contrairement à l’ouvrage de fantasy qui, pour moi, s’apparente plus à un très long poème en prose qu’à un roman, Apostasie est plus léger sur ce point. L’auteur joue avec les passages complètement poétiques – et souvent oniriques – qui peuvent déstabiliser un lecteur peu habitué et d’autres plus conventionnels et « faciles ». En résulte une lecture à la fois rapide et profonde. Une détente pointue en somme. Donc, tout ce que j’aime.

Si je dois parler un peu de l’histoire, j’avoue que tout ne m’a pas convaincu. Le passage du chaton au début du roman ne m’a pas touché comme il aurait pu/du, mais c’est assez anecdotique. Celui des Vermines dans le monde moderne est également un moment que j’ai trouvé plus faible que le reste du roman. Si je comprend l’intérêt d’un tel passage, il n’en reste pas moins qu’il est loin d’être mon préféré et que j’ai trouvé dommage de revenir aussi brutalement dans le monde trivial pour en sortir quelques dizaines de pages plus loin. On était si bien dans l’onirisme réel… d’autant que l’enchaînement des clichés de la culture vampirique/underground – même si ils sont assumés – est dommage quant à la qualité du reste de l’ouvrage.

En dehors de ces éléments « négatifs », toute l’histoire autour du personnage d’Aphélion m’a fasciné. Les récits de ses protégés, le décor dans lequel il évolue… tout me plait, l’univers de la Maison des Effraies dans son ensemble est simplement sublime. Pour une fois j’ai trouvé l’utilisation de la rose particulièrement belle. Elle m’a, le temps de ce roman, semblé reprendre cette image qu’elle possédait autrefois, dans la belle poésie du XVIème s, mais avec ce petit côté sombre de l’imaginaire gothique – quel qu’il soit.

J’aime aussi la manière dont la Sylve rouge semble être une Faërie écarlate. Toujours changeante, lumineuse dans son obscurité, renfermant tant et tant de secrets – bien plus que ce que l’auteur nous révèle. D’ailleurs, les personnages vampiriques de Vincent Tassy ont en eux ce quelque chose de caractéristique de la fée dans son sens anglosaxon. Certes ce sont des créatures qui se nourrissent de sang, vivent la nuit et sont morts puis redevenus « vivants » – donc le vampire tout ce qu’il y a de plus commun aujourd’hui – mais le fait qu’ils vivent dans cet – ou ces je ne sais pas trop – entre-monde, autre-monde (la fiction du livre « Une sylve rouge », la sylve rouge en elle-même, la fiction du récit d’Apostasie…) leur donne cet aspect très féerique.

Ce qui me fait enchaîner pour quelques lignes sur un aspect plus formel, si je peux dire : l’enchâssement particulier des histoires et d’une certaine manière la localisation géographique des histoires. Voilà un élément que j’ai tout particulièrement adoré.

L’histoire d’Anthelme qui se mêle à celle d’Alphion qui est mêlé à celle d’Apostasie qui se même à celle d’Anthelme… le tout sur fond de qui, que, quoi est réel et qui, que, quoi ne l’est pas… le devient, ou pas… et d’histoire « secondaires » de personnages « annexes » qui ne sont ni si secondaires, ni tellement annexes et qui eux-aussi jouent à ce méli-mélo narratif. De même quid des lieux ? La foret où s’exile Anthelme, la Sylve rouge, le roman «  Une Sylve rouge », cette terre où se passe l’histoire d’Apostasie, la fiction de l’histoire où se passe l’histoire d’Apostasie et la « réalité » du château des Vermine… Autant de lieux qui existent, mais n’existent pas, existent car ils ont été pensés, voulu, ardemment désiré… Certains auront peut-être trouvé cet aspect un peu flou et ne s’y seront pas arrêté alors que j’ai aimé l’onirisme qui se dégage de cette incertitude d’existence.

Quoi qu’on puisse penser, dire, écrire, sur Apostasie il est clair que l’auteur maîtrise son univers sur le bout des doigts car il n’y a pas un couacs, pas une incohérence alors que pas de niveaux de récit sont mis en place et interagissent.

Autre élément formel que j’ai apprécié et qui est sans doute plus anecdotique : la forme du roman avec ses chapitres complètement asymétriques. C’est un peu comme si on assistait à des fragments de nuit, de vie, de rêve. Cela peut sembler anodin, mais j’aime le changement que cela fait par rapport aux romans formellement plus classiques.

Bon j’aurais encore beaucoup de chose à dire sur Apostasie car c’est vraiment un ouvrage de qualité, mais l’heure tourne et je dois me préparer pour Les aventuriales de Ménétrol et les quelques 3 heures de route qui m’attendent avant d’arriver chez mon squat du week-end : ma chère  Méli.

Au final, Apostasie est une très belle découverte. La plume de Vincent Tassy trouve de quoi s’exprimer entièrement sous la forme de ce roman. L’histoire est pleine d’un onirisme sombre qui a su me toucher. Coup de cœur.

Publicités
Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

Jean-Philippe Jaworski, Même pas mort, Rois du monde, T.1.

¤ Jean-Philippe Jaworski
Même pas mort, 2013
Rois du monde, tome 1,
éd. Folio SF, 2015

concours-meme-pas-mort

¤ 4ème de couverture

« Je m’appelle Bellovèse, fils de Sacrovèse, roi des Turons. Pendant la guerre des Sangliers, le haut roi, mon oncle Ambigat, a tué mon père. Ma mère, mon frère et moi avons été exilés au fond du royaume biturige. Parce que nous étions de son sang, parce qu’il n’est guère glorieux de tuer des enfants, Ambigat nous a épargnés. Le temps a suivi son cours. Nous avons grandi. Alors mon oncle s’est souvenu de nous. Il a voulu régler ce vieux problème : il nous a envoyés, mon frère et moi, guerroyer contre les Ambrones. Dès le début des combats, nous nous sommes jetés au milieu du péril, et je suis tombé dans un fourré de lances. Mais l’impensable s’est produit : je ne suis pas mort. »

Premier tome d’une trilogie qui fera date, Même pas mort confirme tout le talent de Jean-Philippe Jaworski et le place au firmament des auteurs de fantasy.

¤ Avis de lecture

Jean-Philippe Jaworski… un auteur phare de la fantasy qu’il n’est aujourd’hui plus besoin de présenter et surtout un auteur coup de cœur. Oui auteur coup de cœur car j’ai littéralement dévoré son premier tome des Rois du monde.

Honnêtement je ne sais pas trop quoi dire pour cet avis de lecture tant j’ai adoré le roman, tant je me suis retrouvée happée par l’histoire, enivrée de la plume de l’auteur… Bref vous avez compris mais on va tout de même tenter…

Jean-Philippe Jaworski est un auteur dont on me parlait depuis pas mal de temps déjà au moment où je le découvre et rencontre – certes rapide, mais quelle rencontre ! – pour la première fois, aux Imaginales 2015.

Tout débute donc lorsqu’avec ma très chère Méli (on ne change pas une équipe qui gagne) nous assistons à une conférence de l’auteur sur Julien Gracq et plus précisément sur « en quoi Gracq peut être considéré comme un des premiers auteurs français de fantasy ». Outre la découverte merveilleuse de cette plume que je ne connaissais – à ma grande honte – pas, j’ai surtout découvert Jean-Philippe Jaworski. Cela peut paraître bête d’écrire ça puisqu’il s’agit d’un auteur, mais la première chose qui m’est venue à l’esprit en le voyant et l’entendant parler de cet auteur qui semble être l’un de ses favoris est qu’il est passionné. Passionné de littérature. À un point d’ailleurs qu’il m’a transmit ce goût pour l’auteur du Rivage des Syrtes, mais j’en reparlerais quand j’aurais lu du Gracq (qui pour la petite anecdote a refusé le prix Goncourt). Bref j’ai littéralement été subjuguée tout au long de la conférence, puis quelques heures plus tard – ou était-ce le lendemain ? – avec ma chère amie nous nous sommes retrouvées à faire le tour de la Bulle aux livres où sont rassemblés les auteurs pour commencer notre shopping. Après différentes étapes, nous arrivons devant la table de Jean-Philippe Jaworski et mon amie Méli s’y arrête, j’en profite aussi et papote quelques minutes avoir l’auteur. Adorable. Et intéressé par ses lecteurs, ses non-lecteurs, ses peut-être futurs lecteurs. Pas ennuyé du tout par le fait que je n’avais encore rien lu de lui, que je lui pose tout un tas de question sur Gracq plus que sur son œuvre dans un premier temps, complètement à l’écoute des goûts et des attraits de la personne en face de lui pour le conseiller au mieux dans ses ouvrages. Et voilà l’autre point qui m’a conquise ! Un auteur de cette stature qui prend le temps. Donc quelques papotis et voilà que nous en arrivons à qui je suis moi, ce que je fais, aime… Je lui confie donc que je suis en thèse d’archéologie et hop il me sort ni une ni deux Même pas mort en m’expliquant que ça se passe chez les Celtes du VIème s. av. S’en suit une petite discussion sur l’Histoire, l’Archéologie, les recherches qu’il a mené pour faire entre son histoire dans l’Histoire et petit plus final – car je lui avais confié que mes travaux portent sur la céramique – une dédicace à propos du commerce des céramiques ! (bon d’accord le VIème s. av. est bien trop tôt par rapport à celles que j’étudie mais bon quand même…).

Bref voilà le contexte d’acquisition qui déjà fait beaucoup.

Et puis voilà qu’un an et demi après, je me jette dans l’ouvrage. Pourquoi maintenant, pourquoi pas plus tôt ? Parce que je voulais trouver le bon moment, celui où je pouvais potentiellement être la plus réceptive.

Je ne vais pas vous faire un résumé de ce qu’il se passe dans ce premier opus, ni même en fait trop vous parler de l’intrigue et tout et tout ça parce que justement ce n’est que le premier opus et par conséquent il me manque un paquet d’éléments «  à venir » mais je vais essayer d’expliquer pourquoi un tel coup de cœur, plus « objectif » que le contexte précédemment décrit.

La plume de l’auteur.
Si vous suivez un tant soit peu ce blog, vous savez à quel point j’aime la qualité d’un texte, d’une écriture. Et là et bien il faut bien le dire, Jean-Philippe Jaworski élève à un rang supérieur le fantastique – car plus que de fantasy comme mentionné plus haut, Même pas mort s’apparentait plus à du fantastique puisqu’il n’est pas question d’un univers « nouveau » mais bien d’un monde qui est le notre et où il se passer des trucs étranges –. Certes, au cours de mes lectures j’ai pu découvrir des auteurs dont la plume à su me séduire, me convaincre, m’attirer – et ce dans un peu tous les domaines de l’imaginaire – pourtant, celle de Jaworski à ce petit quelque chose de tellement plus « pro » et naturellement « pro » qui fait que l’on a envie de le hisser au même niveau que ces auteurs que nous appelons « classiques » et qui font référence en matière de littérature.

Le texte coule de lui-même, dans une forme, une syntaxe, une mise en page, en scène, une linguistique si je peux dire, que j’ai envie de qualifier de parfaite. Ce n’est pas une langue particulièrement poétique comme peut l’être ce dernier coup de cœur – dont je dois encore rédiger l’avis – que fut Apostasie de Vincent Tassy par exemple, ni même « complexe » comme peut l’être jugée celle de mon adoré Oscar. C’est une langue qui s’ajuste au récit. Parfois brutale, parfois un peu moche, d’autre belle, ou encore pleine de merveilles, de doutes. Une langue qui respire ces temps et cette mentalité particulière que l’auteur met en scène. Bref une langue toujours juste.

Bien évidement le fait que le contexte soit lié à l’antiquité, à l’Histoire – même si ce n’est pas ma période de prédilection – et que l’auteur à fait de minutieuses recherches ; qu’il prend en compte également ces aspects de l’Autre Coté, cette mythologie celte – dans un peu tous les sens des termes d’ailleurs – n’est pas anodin à mon coup de cœur. D’ailleurs en ce qui concerne la minutie, je me souviens – de tête donc imparfaitement – d’un passage avec une cruche éclatée au milieu de la route , cruche en partie décrite, cruche tellement cruche de cette époque ! Oui je sais il n’y a bien que moi pour relever des choses aussi anodines que la mention de céramique de un roman, mais bim, même à ce niveau là, l’auteur à fait des recherches. Il s’est enquiquiné avec ce niveau de détail ! Bah désolée mais mon petit moi d’archéo-céramologue ne peut que faire des bons de lutin fou.

J’ai bien apprécié le ton d’ouverture avec l’adresse directe au lecteur qui se retrouve dans la peau de l’interlocuteur de Bellovèse vieux qui s’adresse à un marchand oriental (grec ? ). C’est un mode assez peu commun, qui déstabilise et en même temps est, je trouve, très efficace pour faire entrer le lecteur dans le roman même. Et puis il y a tous ces passages des premières pages qui sont absolument superbes, qui sont grands, sur le temps, la vie, l’homme, l’Homme.
J’avoue qu’ensuite la chronologie choisie est également audacieuse car il s’agit de tout une série de récits enchâssés dans les récits, le récit. Cela peut – je le conçois bien – perdre un peu le lecteur, mais le flou qui s’en dégage parfois n’a d’égal que ce flou qui entoure la frontière entre notre monde et l’Autre Monde qui va venir flirter progressivement, comme par vague, au cours du roman.

D’ailleurs au sujet de la part de fantastique dans le roman, voici encore une chose que j’ai aimé. Je trouve – mais cela est assez personnel – que Jean-Philippe Jaworski ne l’introduit pas comme tel. Il y a cet art de faire intervenir le fantastique sans qu’à aucun moment cela n’apparaisse comme « attention élément fantastique en approche » ou « attention élément fantastique en cours ». Je m’explique. Comme l’indique la 4ème de couverture, tout réside – ou presque – dans le fait que Bellovèse n’est pas mort alors qu’il aurait du. Mais – en tout cas dans le premier tome – on ne s’attarde pas trop là-dessus alors que c’est pourtant l’élément fantastique majeur. C’est un fait et c’est ce fait qui entraîne l’aventure jusqu’à l’île des Vieille et les souvenirs d’enfance qui occupent une grande partie du roman. Hop rien de plus normal. Alors que c’est du fantastique. Ouip et bien moi j’aime cet aspect. L’art de faire du fantastique sans en faire… ou l’inverse…

En soit connaissant un peu les Celtes ce n’est pas non plus étonnant d’avoir opté pour une telle manière de faire puisque – comme dans de nombreuses cultures antiques – le religieux est partie intégrante de la vie, intrinsèque oserai-je même. La notion même de merveilleux, d’extraordinaire n’a pas à exister car il est des choses qui sont l’apanage des dieux et qui – pour simplifier à l’extrême – peuvent tomber sur les mortels par décision divine. Parfois c’est interprété comme bénéfique, parfois comme une malédiction… Ceci explique en très grande partie le pourquoi de la quête de Bellovèse. Ce n’est pas tant son « Même pas mort » en soit qui pose un problème, c’est que c’est interprété par les druides (et là on retombe souvent – comme de par hasard – dans des enjeux politiques tout ce qu’il y a de plus humains), hiérarchiquement placés au dessus des chefs guerriers, comme une malédiction.

Bien évidemment étant friande de SFFF, l’un des passages à m’avoir le plus attiré est celui de la foret quand Bellovèse est tout gamin. Déjà l’introduction et les quelques moments de sortie du récit en cours de récit où il est question d’une fièvre accentue le côté délirant (dans tous les sens), mais c’est vraiment la mise en action de ces personnages tous plus mythique, mythologique les uns que les autres qui m’a fasciné. La course poursuite de la Reine sur sa jument, les sirènes, le taureau furieux, l’espèce d’ogre…. (n’ayant plus l’ouvrage sous la mains je m’excuse par avance de ne pas remettre les noms que j’ai oublié…). On passe d’une vie normale à la rencontre avec le surnaturel au seuil de la foret, cette foret qui souvent dans quelque soit la matière celtique dont on parle marque la frontière. D’ailleurs, maintenant que j’y pense c’est aussi le cas avec les récits classiques grecs et romains, ce qui est normal vue que la foret et ses terres appartiennent non pas à la civis, l’emprise de l’homme, mais bien aux marges et à ses divinités. Pensez Artemis et Pan, Dionysos… Ils ne manquent pas…

D’une certaine manière, Même pas mort m’a permis de renouer avec le roman implantée dans l’Histoire, et surtout dans l’Histoire antique.

Bon je pourrais encore écrire pendant des heures sur ce premier tome de Rois du monde, mais comme un avis trop long est toujours très enquiquinant à lire je vais m’arrêter ici.

Au final, bien que je ne me sois identifiée à aucun personnage (d’ailleurs est-ce une obligation, un ou un quelconque gage de qualité que de faire des personnages d’identification ? Question à mon sens purement rhétorique car quand j’y pense, mes livres coups de cœur sont généralement ceux où justement je n’ai aucunement cette assimilation….), mais cela ne m’a pas empêché d’entrer pleinement dans le récit, de pleurer, de rire, de vivre avec eux le temps de ces quelques pages. Certes il ne s’agit que d’un premier tome, nombre de mes questions, de mes interrogations n’ont pas encore de réponses. Certes je suis restée sur ma fin car je veux connaître la suite…

Conclusion : La prochaine fois que je croise Jean-Philippe Jaworski, je prend sans un dixième de seconde d’hésitation le second tome (et peut être même trois si d’ici-là il est sorti…) et certainement même ses autres livres dont Gagner la guerre dont tout le monde me parle avec tant de bien.

Reste maintenant plus qu’à espérer que ce ne soit pas dans trop longtemps…

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

Jack Vance, Space Opéra

¤ Jack Vance
Space opéra, 1965
éd. Press Pocket, SF
trad. Arlette Rosenblum

pp5160-1983

¤ 4ème de couverture

Quand le capitaine est fou, l’astronef court à la catastrophe. Les terriens s’étaient arrêtés sur Zade pour jouer un opéra : La fiancée vendue. Les Guerriers Fous les avaient trouvé un peu apathiques. Ils avaient dit : apathiques. Ils avaient promis de faire mieux, et les humains attendaient maintenant leur spectacle. À coups de gongs, des jets de flammes jaillirent du sol, des barres de fer plongèrent dans les allées. Six pendules tranchants comme des rasoirs se mirent à osciller au dessus des têtes. Une sirène hurla, un rocher bascula dans le vide et fut arrêté par une chaîne au raz des spectateurs. Des morceaux de fer portés au rouge tombèrent comme une pluie drue. La condition d’une troupe ambulante n’est pas toujours facile. Il y a des haut et des bas.

¤ Avis

Jack Vance… un classique de la SF. Son Space opera peut-être moins, mais le titre me faisait envie.
D’ailleurs, d’ailleurs anecdote à ce sujet (et comme quoi il faut toujours se méfier des sources). Pourquoi Space opera ? Tout simplement parce que j’avais lu quelque part sur le net ou entendu dans une quelconque conversation, je ne me souviens guère, que le genre du Space opera – petite chose que j’affectionne bien kitschounement – venait de ce roman éponyme de Jack Vance. Par conséquent lorsque je suis tombée dessus en 2012 j’étais toute contente. Or, une fois ma lecture terminée je me suis posée quelques questions car ce n’était pas aussi « Space op’ » que ce à quoi je m’attendais. Donc petites recherche sur le roman et sur le genre et là bim… Le Space opera ne vient pas du tout, mais alors pas du tout du roman.

Et comme ce n’est pas le propos je ne vais pas vous faire un historique du genre et sauter strictement à la case avis de lecture car mes avis sont trop longs, toujours, je sais et donc vais essayer de les réduire.

Donc Space opera, Jack Vance, 222 pages, lu en… deux jours, peut-être trois, à tout casser.

Bon pour le coup la quatrième de mon édition n’étant pas très explicite, je vais vous résumer un peu

Dame Isabel Grayce est la richissime trésorière-secrétaire de la fameuse Ligue de l’Opéra. En cette qualité, elle fait jouer la Neuvième Compagnie, troupe entièrement composée d’extraterrestres venant de la lointaine et mystérieuse Rlaru, planète découverte par l’explorateur Adolph Gondar qui s’est improvisé manager des artistes. Lors d’un dîner suivant la première représentation, une querelle éclate entre la Dame et le célèbre musicologue Bernard Bickel. Celui-ci en effet méprise profondément Gondar et ne peut concevoir la qualité de la troupe qu’il n’est pas venu voir jouer. Dame Isabel, toute exaltée par le talent de la Neuvième Compagnie lui propose d’assister au moins à une représentation. Malheureusement cela ne pourra se faire car, le soir même, la Neuvième Compagnie se volatilise ! S’en suit alors une expédition, entièrement financée par Dame Isabel au grand damne de son neveu et héritier, Roger, jusqu’aux confins de l’espace explorée : Aller jusqu’à Rlaru et retrouver la Neuvième Compagnie supposée rentrée chez elle.

Monter une troupe pour représenter les grandes pièces d’opéra terrien et ouvrir les divers peuples de l’espace à cette part de la culture de la Terre.

Bien maintenant que le cadre est un peu plus posé, oubliez vos guerres inter-stellaires, empires galactiques et combat spatiaux à coups de laser et autres joujoux du même acabit. Ici nous sommes loin des enjeux poursuivis par Riddick ou toute la clique Skywalkerienne. Ici nous somme dans un « space opera », c’est à dire un opéra dans l’espace. Littéralement. Avec des musiciens, des décors de théâtre, les grands opéras terriens… le tout joué sur des planètes disséminées dans l’espace.

Dans quelle mesure Vance a-t-il volontairement joué sur le terme qui existait déjà avec la connotation que nous lui connaissons ? J’avoue que je ne saurais dire, ne connaissant pas particulièrement la biographie de l’auteur, mais l’idée me plaît.

Et c’est bien malheureusement l’un des seuls points que j’aurais à retenir de cette lecture. Non que je n’ai pas aimé. J’ai passé un moment agréable et sympathique entre ces pages, mais je n’ai certainement pas été non plus emballée.

Space Opéra ressemble un peu à un road movie – dans l’espace – couplé avec un documentaire sur l’opéra occidental. Sans être une grande fan de l’action pour l’action, celle-ci fait un peu défaut dans le roman. Certes il y a des petites péripéties, mais rien qui ne maintienne vraiment l’attention du lecteur tout au long du roman en dehors de cette fameuse Rlaru que les protagonistes doivent atteindre.

Je me suis d’ailleurs demandé à ce sujet pendant la quasi totalité du roman si ils y arriveraient un jour ou si l’auteur n’allait tout simplement pas évincé cet élément. Vu comme cela partait je n’aurais vraiment pas été étonnée de lire que finalement le Phébus – nom du vaisseau apprêté pour l’expédition – retourne sur Terre sans atteindre Rlaru. En effet toute l’histoire ressemble plus – à certains moments – à une excuse, un prétexte pour parler de l’opéra qu’autre chose. Vance était-il un grand amateur de ce genre musical ? Voulait-il par son art – la littérature – rendre hommage à un autre qu’il appréciait ? Je n’en sais rien mais en tout cas c’est l’impression rendue quelque fois. Ou alors ce sont les notes du traducteur sur chacun opéra mentionné qui m’ont donné cette sensation. Notes qui d’ailleurs alourdissent énormément le roman. Certes c’est de ma faute, je n’avais qu’à faire comme 90% des lecteurs et les sauter, mais non – déformation professionnelle ou simple respect du travail des autres je ne sais pas – j’en suis incapable.

Si l’on entre un peu plus dans la matière même, j’avoue que le découpage très schématique du roman m’a un peu dérangé vue que j’avais – pour une fois – un rythme de lecture prolongé. En effet, le côté un chapitre = une planète / un voyage dans le vaisseau entre deux planètes avait un côté trop factice. Comme si l’on avait accolé plusieurs histoires les unes aux autres avec un fil rouge vraiment ténu.

Ce fil rouge qui d’un coté de la torsade est bien évidement le but de l’expédition et de l’autre l’histoire de Madoc Roswyn.

Madoc Roswyn… ou comment mettre un petit soupçon de romance dans de la SF. Vance avait-il pour ambition de vouloir raccrocher un peu de public féminin, plus adepte des romances il faut tout de même le reconnaître, à ce genre plutôt masculin il faut également bien le reconnaître ? Bon ce n’est pas vraiment réussi car la minette est plus du genre manipulatrice et drama-queen que vraiment travaillée en profondeur et sympathique.

Bon je dois reconnaître que j’ai la critique très facile en disant que ce personnage ne m’a pas convaincu car trop stéréotype puisqu’il s’agit un peu d’un état de fait valable pour tous les personnages, mais quand même. Elle séduit Roger pour monter sur le vaisseau, puis le capitaine pour aller où elle veut et même son assistant afin de s’assurer la destination… Un peu trop. Juste un chouill’ trop.

En ce qui concerne les étapes j’avoue en revanche qu’elles ne manquent pas d’humour… Oui je pense que c’est bien le terme. Si j’ai trouvé beaucoup de défaut à Space Opéra, je dois lui reconnaître de m’avoir fait passer un bon moment. Chaque découverte d’une nouvelle planète, d’un nouveau peuple en envoie plein les yeux et surtout, surtout, j’ai aimé la petite critique de l’anthropocentrisme qui pointe à travers les échecs continus de la troupe montée par Dame Isabel.

Il y a également toute une petite réflexion sur la question de l’universalité qui est sous-jacente et c’est ce genre de petite chose que j’aime dans la SF : la réflexion qui est crée par la fiction. Je ne vais pas entrer dans le débat mais les arguments apportés comiquement par Vance – car au final même les situations un peu dramatiques comme avec les Guerriers Fous sont et finissent par en être amusantes – n’en sont pas moins pertinents.
Certains passages m’ont même un peu fait rêver comme avec le peuple aquatique ou même émue comme avec la planète recherchée par Madoc. Petite mention également pour Rlaru en elle-même car par bien des points elle a ce petit côté psychédélique qu l’on peut retrouver dans le 2001 de Kubrick et que j’avais vraiment aimé.

Au final, Space Opéra est un roman de SF assez léger, parfait pour une lecture « estivale ». Malgré ses nombreux défauts j’ai passé quelques heures de lecture sympathique. Et petit plus : je n’avais pas encore lu de SF comique.

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

Nathaniel Hawthorne, La lettre écarlate

¤ Nathaniel Hawthorne,
La lettre écarlate, 1850
éd. Folio classique, 2009
Trad. Marie Canavaggia, préface Julien Green

product_9782070369164_195x320

¤ Avis

La lettre écarlate. Nathaniel Hawthorne. Littérature américaine. Classique.

Un vrai régal

Voilà un livre que j’avais envie de lire depuis une petite éternité. Rien que ça oui ! J’avoue que je ne me souviens plus du tout de qui, de quoi, de comment, ni d’où j’en ai entendu parler pour la première fois, mais ça fait un paquet d’années. Au moins depuis le lycée car je me souviens avoir été particulièrement déçue quand la bibliothécaire m’avait dit qu’elle ne l’avait pas en rayon. Bref, il y a trois ans environ, au détour d’un carton de brocante, bim je tombe dessus. Bon état, pas cher… hop hop hop dans la musette (avec au passage Retour à Brooklyn de H. Selby Jr, que je cherchais depuis pas mal de temps aussi, mais je n’ai toujours pas lu hum….).

Toujours est-il qu’il a reçu le superbe privilège de faire partie de ma petite sélection pour l’Italie.

La Lettre écarlate est considéré comme l’un des premiers romans de la littérature américaine. C’est ce que vous trouverez sur bon nombre de 4ème de couverture, résumés, synthèses et pages internet dédiées à l’œuvre. Malgré l’écart chronologique important qu’il y a entre les premières installations coloniales britanniques du XVIIème s. et le milieu du XIXème, date de parution de La lettre écarlate, cela peut sembler un peu aberrant et pourtant il est bien l’un des premiers, même si cette vision est à fortement nuancer.

La littérature pré-indépendance à ce statut un peu tendancieux de rentrer aussi bien dans la littérature américaine puisque écrite sur le sol américain que dans la littérature britanniques puisqu’il s’agit de colonies britanniques (à plus forte raison pour la première génération de colons) et contient surtout des œuvres religieuses, puis fortement indépendantiste à mesure que l’on avance dans le XVIIIème s. ainsi qu’une production poétique. De la production romancée je n’ai trouvé que des mentions d’existence mais aucun titre, toutefois j’avoue que je n’ai pas passé des heures et des heures à faire ces recherches. Donc si un connaisseur de la littérature américaine de cette époque passe par là et aurait la gentillesse de m’éclairer je suis preneuse. Passée la Guerre d’Indépendance, il n’y a plus de doute quant à la nature américaine ou non de la production. Basta les britanniques, les États-Unis tout petits tout neufs sont nés. Ceci dit elle nous amène déjà sur la fin du XVIIIème puisque la déclaration d’indépendance est signée en 1776 et donc à quelques 75 ans de La lettre écarlate. La fourchette chronologique se resserre donc. D’autant plus quand on voit/lit que les deux romans qui se « battent » le prix du premier des premiers (The Power of Sympathy de William Hill Brown et Interesting Narrative de Olaudah Equiano) sont tout les deux parus en 1789. Entre 1789 et 1850 tout un florilège de romans va paraître, suffisamment pour clairement dire que non La lettre écarlate n’est pas l’un des premiers « physiquement ». Pourtant il est bien l’un des premiers à avoir autant d’impact et en ça il est l’un des premiers.

Bref tout ce blabla pour une broutille, mais j’aime quand les choses sont claires et avant ces petites recherches ce ne l’était absolument pas pour moi.

‘fin bon l’histoire littéraire américaine n’est pas le propos et après ce petit aparté introductif revenons à notre Lettre écarlate.

Quand je me suis lancée dans cette lecture, je connaissais déjà l’histoire : De l’adultère dans l’Amérique puritaine du XVIIème. Si vous me connaissez/suivez un peu vous vous doutez bien que ce n’est pas vraiment le genre d’histoire que j’aime particulièrement et que j’irais chercher spontanément. Et c’est là que la couleur « classique » joue beaucoup car, oui je l’avoue, c’est parce que ce livre fait partie de ces œuvres qu’on appelle « classiques » que je suis allée le chercher. Je ne saurais pas trop expliquer mon goût pour une telle littérature, ni même mon approche face à elle. Après n’allez pas non plus pensez que parce que c’est du classique je vais forcément aimer. Il y a certains ouvrages et auteurs de cette branche que je n’apprécie que moyennement voire pas du tout, mais entre un Mussot et un Balzac je n’hésite pas une seule seconde. Est-ce parce que le classique a « fait ses preuves », former d’une certaine façon notre pensée de la littérature ? Bho….

Et voilà que je digresse encore.

La lettre écarlate, comme je le disais, nous narre une histoire d’adultère dans l’Amérique puritaine du XVIIème. Et là, je ne sais pas si avant de lire le livre on se rend bien compte de ce qu’est l’Amérique puritaine de cette époque, à moins de, bien évidement, s’y connaître en histoire des religions. Il faut dire que nos approches scolaires de cette partie de l’histoire américaine sont au mieux très légères, au plus courant, inexistantes et que l’image du puritanisme qui nous est populairement imposée via divers media n’est pas la plus objective qu’il soit. Difficile donc de pouvoir vraiment appréhender ce que peut être une histoire de coucherie dans un tel contexte. Si je vous parle comme ça, de but en blanc, d’une femme mariée qui trompe son époux, se trouvant à l’autre bout du monde sans plus jamais donner signe de vie, et attend un enfant de son amant cela ne vous émeut je suppose pas plus que cela et vous fera plutôt penser au scenario de base du téléfilm M6 du mercredi après-midi qu’à un superbe roman que j’ai vraiment apprécié.

Pourtant, là, je vous donne le résumé du drame de la vie d’Hester Pryne, le personnage central de La lettre écarlate et force est de constater que toute la beauté et la douleur de l’histoire tient au contexte.

On ne sait quasi rien de la relation adultérine en elle-même car le roman débute, in medias res, alors qu’Hester a déjà accouchée, se trouve en prison et va être exposée à la vue de tous les membres de la communauté dans la honte de sa faute et avec la preuve de sa faute, sur le pilori de la place centrale. La curiosité malsaine et l’attrait du scandale titille le lecteur qui, comme toute la communauté, veut savoir qui est le père de l’enfant, et même pour certains des détails sur l’histoire illicite. En ce point il sera fortement « déçu » car Nathaniel Hawthorne n’en livre pour ainsi dire rien. Voilà ce que j’ai tout bonnement adoré. Les magistrats tentent de faire céder Hester pour qu’elle livre le nom du coupable afin de ne pas subir le poids de la sentence seule mais la jeune femme a promis et tiendra sa promesse…. jusqu’à la fin. Au cours des pages on découvre la vie de la jeune mère qui élève seule sa fille, Pearl, dans une petite chaumière en dehors de la ville, indifférente à l’ostracisme dont elle victime, sourde aux railleries et comportements des colons. J’ai aimé ce personnage profondément meurtri et qui ne cesse de se punir de son péché qui pourtant est la plus belle chose de sa vie puisqu’il lui a donné sa fille. Je ne suis pas fan des enfants et ai un instinct maternelle proche du zéro absolu mais cela ne m’empêche pas de trouver le dévouement d’Hester à sa fille magnifique. Mon ventre était d’ailleurs tout noué et j’avais les larmes aux yeux quand les magistrats pensent à un moment la lui retirer pour être certain que la petite soit correctement éduquée…

J’ai précédemment écrit que l’auteur ne livrait rien quant à l’identité du père de Pearl. En réalité ce n’est pas tout à fait ça, mais rien n’est clairement explicite. Tout est à couvert et demi-mots. Le lecteur doit comprendre tout seul en associant les quelques bouts d’indices et surtout en suivant la réflexion de Roger Chillingworth.

Ce dernier est véritablement l’élément de perturbation, bien plus que la révélation de la faute infamante. En effet, il apparaît dès le départ, inconnu arrivant par un véritable hasard en ville le jour même de l’exposition d’Hester. Et c’est là que les rouages se mettent en place. Roger Chillingworth a cette importance fondamentale qu’il est en réalité l’époux d’Hester, époux resté en Europe que personne dans la colonie n’a jamais vu mais dont tous connaissent l’existence. Pourtant plutôt que de se révéler il se fait passer pour un simple médecin ayant vécu quelques années chez les indiens. Bien qu’Hester l’ai reconnu ils vont passer un marché. La jeune femme va promettre taire son identité et en échange son époux la « débarrasse » ainsi d’un lien dont elle n’a jamais voulu car si il se révèle comme son mari elle devra retourner avec lui. Chillingworth ne donne pas à Hester les véritables raisons de ce silence voulu, mais rapidement le lecteur comprend qu’il cherche, et trouve, qui est le père de l’enfant. Il va alors commencer à le torturer mentalement à petit feu.

Et je m’arrête là dans le résumé pour ne pas trop vous en révéler…

De nombreuses thématiques sont abordées dans La lettre écarlate et contre ce que l’on pourrait attendre, celle de l’adultère et du péché n’est pas la première. Du moins pas directement. Certes une grande partie du discours de l’auteur tourne autour de cet argument mais justement tourne autour. Pour aborder d’autres problèmes qui eux sont les points visés. Nathaniel Hawthorne ne nous donne pas un pamphlet pour ou contre l’adultère ou encore sur la considération de cet acte comme péché. Pas du tout. On reste au XIXème s., la question ne se pose même pas. En revanche le roman pose celle de l’attitude de la communauté, de son hypocrisie et des dangers d’une société aussi stricte que la société puritaine.

En effet, tout au long du roman Hester gagne sa survie grâce à ses talent de broderie qui s’exprime notamment par l’éclat et la magnificence de la lettre écarlate qu’elle doit porter en tout lieu pour signifier aux yeux de tous sa faute alors que le costume puritain est particulièrement sobre et dénué de chichi justement. C’est elle qu’on vient voir, à qui on commande les travaux minutieux. À elle que l’on a d’une certaine manière bannie. On écarte le mouton noir du troupeau mais pas trop loin car c’est celui qui donne la meilleure laine donc malgré tout on va quand même s’en servir. Premier grain de sable mis en évidence dans la machine sur laquelle une grande partie de la société américaine s’est développée.

Second grain de sable qui se révèle sur la fin avec certaines velléités libertaire d’Hester une fois qu’elle a pris conscience que rien ne la retenait dans la colonie. L’ostracisme comme il a été pratiqué sur la jeune femme ne peut que nuire à la communauté car ces personnes que l’on met à l’écart vont se développer en dehors de la communauté et des règles qui y sont établies. De fait elles deviennent des voisins dangereux car présentant un mode de vie pouvant séduire des membres de la communauté qui choisiront alors d’aller les rejoindre et petit à petit tueront dans la communauté. (bon ok là j’avoue je vais un peu loin)

Bien évidement le discours est tellement riche que je pourrais encore passer des heures à vous en parler. Notamment sur la symbolique avec la mise en lumière du contraste entre la lettre écarlate brodé d’or, un véritable chef d’œuvre, un morceau d’art, plein de couleur, de vie qui s’oppose à la morne tristesse sobre du costume puritain qui traduit ce contraste, cette rupture entre qui est dans qui est hors la communauté. Également, les restes d’un folklore européen teinté de fées maligne est présente avec le personnage de Pearl. Elle est l’enfant démon parce qu’issue du péché, mais aussi l’enfant fée car vivant à demi dans les bois, vivant en dehors de la communauté des hommes. D’ailleurs le chapitre qui se passe dans les bois sur la fin du roman est très fortement chargé de ce folklore celtico-anglo-saxon avec la description même du bois très profond, très sombre, plus sauvage, le retour de l’image très forte du ruisseau d’eau que Pearl ne peut pas traversée tant que ça mère qui a jeté sa lettre au sol ne la remet pas comme si elle ne pouvait exister que parce que sa mère est porteuse de la lettre écarlate, est exclue de la communauté….

Mon petit bémol : Nathaniel Hawthorne nous révèle que la lettre écarlate est un A. Un peu dommage car même si c’est assez évident je trouve que ça retire une partie de son pouvoir. Tant qu’elle reste « anonyme » le lecteur peut assez facilement se l’appliquer à lui pour n’importe quelle faute que ce soit d’une certaine manière et donc l’impact, l’assimilation à Hester est bien plus forte. Une fois révélée, elle n’appartient plus qu’à la sphère du roman, est complètement passée de l’autre coté de ce « quatrième mur », barrière entre l’ouvrage et le lecteur similaire au quatrième mur théâtrale qui est la barrière entre la scène et le spectateur.

Mon petit coup de cœur : La toute toute toute fin du roman avec la description des deux tombes qui est simplement magnifique et notamment celle du blason.

Bien évidement je ne peux pas conclure cet avis sans parler de la plume de l’auteur. Je ne développerais pas énormément le point car j’ai lu le roman en français, donc en traduction, bien qu’on m’ait dit qu’Hawthorne n’était pas si difficile que ça à lire et apprécier en anglais. Bref, son style m’a totalement convaincu. Certes, certains trouveront bien entendu que c’est « trop compliqué », voire « incompréhensible », ou je ne sais quoi. Mais non, c’est juste une plume travaillée, recherchée, avec des tournures particulière, un peu déroutante sachant que j’ai perdu l’habitude, mais qui donne à toute l’histoire une intensité particulièrement prenante.

Au final, j’ai vraiment passé un excellent moment en compagnie de Nathaniel Hawthorne et aimé découvrir cette partie de la littérature américaine que je ne connaît que peu. Ça me donne d’ailleurs bien envie de lire d’autres textes de cet auteur, mais aussi de ses contemporains. L’incursion fiable dans l’Amérique puritaine a également été un des points forts de cette lecture.

Lire des classiques fait aujourd’hui – sans trop que je ne sache vraiment pourquoi – peur et bien laissez-moi vous dire que vous n’avez aucune appréhension à avoir face à La lettre écarlate et si je devais bien vous conseiller une chose, c’est de l’ouvrir et de vous y plonger.

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

Adrien Tomas, La geste du sixième royaume

¤ Adrien Tomas
La geste du sixième royaume, 2011
Ed. Memnos, coll. Icare, 2011

¤ 4ème de couverture

Les cinq royaumes : des nations turbulentes et ambitieuses souvent en guerre. Au cœur des terres, un sixième royaume : la Grande Forêt légendaire, impénétrable et hostile. Dans les maisonnées de Sélénir, dans les cases de Val ou dans les yourtes des nomades des steppes de Khara, le soir au coin du feu, on raconte aux enfants la légende suivante : tes rêves, tes cauchemars comme les créatures fantastiques des contes que tu aimes tant peuplent le sixième royaume.
Alors, pourquoi un baladin perdu, une belle sorcière aux terribles pouvoirs endormie depuis cinq cents années, un jeune voleur des rues amoureux, un demi-nain commerçant débonnaire et un homme-loup monstre de foire se retrouvent attirés par la Grande Forêt ?
Que découvriront-ils ? La fin d’un monde ? Le sang et les larmes ? L’amour et la tragédie ?

La Geste du sixième royaume raconte avec un rythme effréné les destinées de ces héros malgré eux, semées d’embûches, de pièges, de doutes, de découvertes incroyables et de magies insaisissables.

Adrien Tomas signe un premier roman haletant, écrit dans un style limpide. Le suspense et la tension y sont remarquablement agencés et ceci jusqu’au dénouement final. On s’attache immédiatement à tous les personnages, à leur vie héroïque comme tragique.

Adrien Thomas
Les années 2000, un diplôme d’écologie en poche, plusieurs petits boulots pour vivre, Adrien Tomas pratique le jeu vidéo, la lecture des littératures de genre comme la plupart des jeunes gens de sa génération. Mais voilà, lui, il a inventé un univers, celui des Six Royaumes. L’a-t-il fait pour s’y réfugier ? Ou pour réenchanter un monde par trop matérialiste ? Nul ne le sait. En revanche, il ne s’est pas contenté de bâtir un univers imaginaire, il l’a peuplé de légendes, de sagas et d’histoires émouvantes et épiques, il y a tout simplement habité. Le résultat : il nous raconte dans ce premier roman la plus formidable de ces légendes : La geste du sixième royaume. Une révélation.

¤ Citations

« L’immortalité était réservé aux Dieux et aux Historiens. Aucun mortel n’était assez sage pour un tel présent ». p.53 – Tildor.

« La vérité, c’est la réalité toute nue, brute, sans attraits, sans fioritures ». p.94 – Llir

« L’amour et le désir physique étaient des illusions qu’entretenaient les races inférieures. L’amour pouvait parfois receler d’infimes soupçons de Vérité, mais la plupart du temps, il s’agissait de Mensonge ». p.314 – Tildor

¤ Avis

Oui j’ai osé emporter dans mon sac déjà plein à craquer ce joli petit pavé de 511 pages qu’est La geste du sixième royaume. Il donc rejoint la courte liste des ouvrages qui font ma « bibliothèque » à Rome. 511 pages que j’ai dévoré en deux semaines à peine. Ça faisait longtemps. Ça fait du bien.

La geste du sixième royaume est entré en ma possession un doux jour de mars 2013 lors des Oniriques de Meyzieu. Je ne connaissais ni l’auteur, ni l’ouvrage et puis après quelques minutes à parler avec Adrien Tomas et bien hop dans la musette. J’avais dis que je le lirais vite…. mouais… 3 ans plus tard c’est pas mal non ?

Que dire, que dire… J’ai adoré ! C’est aussi simple que ça. Un coup de cœur. Je pense que je peux le dire aussi simplement. L’auteur m’a véritablement transporté dans son univers et, le temps de ces quelques pages, je me suis vraiment cru dans l’Âme au pied du grand arbre qui abrite le Père, dans les marécages des dragons, les plaines de Khara, les rues de Thain Cordoval… C’était moi qui chevauchait le ko’ar bleu magiquement modifié, qui gardait les remparts de Mors Daemyn. Moi qui était accroc à l’ylhium, qui me cachait derrière mon masque veiné de rouge, qui ai déterré l’ange rouillé pour me faire un peu de compagnie, traversé le désert, unifié mes semblables, trahi mes alliés…

C’était bon de sentir tout ça remuer à l’intérieur et d’oublier quelques instants ma thèse, ma thèse et ma thèse (ma vie est passionnante oui.)

Bref. La geste du sixième royaume

Outre son découpage en quatre livres de tailles inégales, le roman est organisé de manière très intéressante, « à la Trône de fer ». Je sais que cette saga désormais célèbre au point d’en filer des boutons à tous les amateurs « true » de Fantasy n’est pas la seule à utiliser ce type d’organisation, mais c’est avec elle que je l’ai découverte il y a 12 ou 13 ans désormais. Elle me sert donc, malgré elle ?, de référence. En place de chapitres traditionnellement nommés et/ou numérotés nous avons le nom du personnage dont il sera question et dont nous aurons le point de vue. Super pratique quand il y a une bonne quantité de personnages (plus d’une bonne vingtaine je dirais) tout aussi importants les uns que les autres à assimiler rapidement, en plus du contexte et de l’univers inédit (bien qu’avec des éléments tout de même récurrents blabla blabla. Je ne vais pas faire une dissertation sur ce qu’est la fantasy ici). Ces chapitre n’étant jamais immensément long, le lecteur ne se pose pas trop de questions, n’a pas de véritables efforts à faire pour se souvenir de qui et qui et se laisse ainsi facilement porter par le récit. Bien que cela puisse apparaître comme une solution de facilité qui pousse le lecteur à une certaine fainéantise intellectuelle (tranquille, l’auteur fait tout le boulot et nous sert ce point tout cuit sur un plateau), il faut garder à l’esprit que le roman n’est pas seulement les personnages, mais tout une séries d’actions, péripéties, intrigues et autres joyeusetés bordéliques qui vont s’intriquer et que le lecteur va devoir démêler… seul, enfin si il est un peu joueur et qu’il veut chercher à savoir avant que l’auteur ne lui file la réponse… ce qui est selon moins bien plus fun que d’attendre simplement la révélation.

L’auteur à choisi d’écrire son roman à la troisième personne avec un narrateur interne – le personnage éponyme du chapitre – et au passé. Rien de compliqué, de particulier, d’exceptionnel, mais bon sang de bon sang, de bon vin, qu’est ce que ça fait du bien ! Rien à faire, c’est tout con, tout classique, mais j’apprécie bien plus une telle écriture que du présent à la une première personne. Je sais que c’est un point assez récurrent dans mes avis et si certains auteurs arrivent tout de même à me faire passer outre mes réticences pour le « je-présent », rien à faire, je rentre dans l’histoire comme dans du beurre mou quand j’ai mon « il-passé ». Sacré conditionnement scolaire et passé littéraire sans aucun doute, mais rien à faire. Je préfère.

En plus de cela, la plume d’Adrien Tomas coule toute seule. Elle est fluide, recherchée mais sans en faire trop, s’adapte au contexte, passant parfois d’un ton tout ce qu’il y a de plus tragique (avec ventre noué et larmes au coin des yeux en bonus) à quelque chose de bien plus léger, humoristique, romantique…. Bref sa plume est à l’image de ses personnages, haute en couleur et virevoltante. D’ailleurs, j’ai vraiment apprécié les touches humoristiques. Là, tout de suite, alors que je rédige cet avis je ne saurais vous donner un exemple précis, mais le texte est plein de petites piques, blagues, jeux de mots que ce soit inter, méta ou para-textuel.

Au passage et d’une certaine manière relié à cette remarque : Dans La geste du sixième royaume, il n’y a pas un, mais plusieurs héros qui se trouvent également être les champions du Père et de l’Autre. Champions que l’auteur à choisi d’appeler des… hérauts… Coïncidence ou jeu de mot que cette homophonie délicieuse ? En tout cas même si involontaire, ça m’a bien éclaté…

Puisque nous en sommes à parler des personnages principaux développons-les un peu.

Les deux équipes fonctionnent exactement en miroir, avec de chaque côté l’Entité première, le Père et l’Autre. Les deux Filles sont leur représentante et doivent guider les cinq hérauts que sont les Bêtes, les Soldats, les Prophètes, les Danseurs et les Dames. À cela s’ajoute toute une série de peuples que guident les hérauts. Tout ce beau monde va devoir se taper dessus et s’entre-tuer jusqu’à ce qu’un camp soit entièrement éliminer.

En écrivant ces lignes je me rend compte que si durant ma lecture l’aspect « jeu de rôle » était plutôt présent, j’ai finalement plus l’impression d’avoir assister à une partie d’échec. En effet il y a des pièces maîtresses (les hérauts), qui sont celles abattre, à mettre en échec, et puis il y a les pions (les peuples), qui servent à protéger les pièces maîtresses et à abattre, mettre en échec, les pièces maîtresses ennemies/adverses. Vous allez me dire que c’est un scénario assez commun. Peut être oui, mais à ce point ça ne m’avait jamais autant frappé…

Bref, Revenons à nos personnages dits principaux. Tous ne m’ont pas touché de la même manière bien évidement.

Le Père et l’Autre se battent depuis l’origine du monde et continueront au moins jusqu’à sa fin. Une lutte sans merci et surtout une lutte indirecte puisqu’ils choisissent régulièrement des champions pour les faire se battre à leur place et d’une certaine manière peu importe qui gagne car inlassablement ils recommenceront… Sympa non ? Autant vous dire que lorsque les hérauts du Père, dont nous suivons plus particulièrement les histoires, apprennent ce petit fait, ils poussent une sacré gueulante et ça peut se comprendre. Personnellement, j’aimerais assez peu me retrouver dans une telle aventure, mortelle, pour en gros… des clopinettes, puisqu’il n’y aura pas de vrai gagnant, mais juste un sursis pour un camp jusqu’à la prochaine bataille. J’ai beaucoup aimé cette idée d’un combat épique, de grande quête, d’aventure héroïque pour des prunes. On retrouve là un peu ce côté humoristique, presque parodique, que j’évoquais plus haut.

Le Père est le représentant de la nature, la terre, de ce qui était et ce qui est alors que l’Autre est lié à la technique, l’évolution, le progrès, ce qui sera.

J’ai pas mal lu et entendu que ce roman était un roman écologique avec pour quasi seules justifications le diplôme d’écologie de l’auteur et le point de vue du Père dominant (et donc la sauvegarde de la nature)… Je ne sais pas la véritable volonté de l’auteur quant à ce point, mais cela me semble assez faible comme argumentation. En effet de très nombreux ouvrages de Fantasy possèdent cette dimension de manière plus ou moins développée sans pour autant avoir récupéré cette étiquette. Certes, le respect de la nature est très présent dans La geste du Sixième royaume, mais c’est surtout une idée d’équilibre et de balance qu’il doit y avoir entre ces deux notions qui est sous-jacente à toute l’histoire. Et c’est ce point que j’ai vraiment aimé. Il n’y a ni bon ni méchant dans les figures du Père et de l’Autre. D’ailleurs, hormis présentés comme étant à l’origine de ce conflits ils sont plutôt absents, au point que le lecteur – tout comme certains personnages d’ailleurs – peut se demander si ils existent vraiment/encore ou ne sont plus qu’un prétexte à la guerre… Encore un thème assez commun, notamment en SF, mais qui fonctionne toujours aussi bien…. Ce sont deux entités opposées qui façonnent, qui construisent petit à petit le monde apportant chacun des lots de bonnes et de moins bonnes choses. Tout n’est pas à garder dans la nature et tout n’est pas à jeter dans le progrès. Sans le progrès de l’Autre, pas d’Aevar qui pourtant embrasse la cause du Père.

Lilthin m’a franchement tapé sur les nerfs. Je l’ai trouvé réellement détestable au point d’avoir plusieurs fois voulu faire cramer son arbre alors que je suis plutôt du genre câlin les bras autour du tronc quand je vois un arbre. Sous prétexte qu’elle se bat pour la survie du Sixième Royaume, elle emploie des méthodes franchement douteuse qui n’a rien à envier au camp adverse. Elle ment, trompe, dissimule, manipule pour parvenir à ses fins. Bien entendu cela se retourne plusieurs fois contre elle, mais elle s’en sort toujours bien, trop bien. Certes, je noirci sans doute beaucoup le tableau, mais j’ai vraiment eu du mal. Le seul moment où elle m’a touché est quand elle raconte à Maev son histoire.

Seva m’a, pour elle-même, un peu laissé de marbre. J’avoue que j’ai eu beaucoup de mal à la voir comme la vilaine qu’elle est sensée être (et pour le coup, même si il n’y a pas de bien/de mal, de vrais gentils/de vrais méchants, elle est clairement une vilaine méchante adepte du mal, assoiffée de pouvoir) à cause de son physique à demi félin… En revanche toute l’histoire autours de ses prêtres de sang, du tombeau et tout et tout, m’a fait frémir… entre le moment haletant de la partie de jeu de rôle pour les descriptions et les configurations, et le roman d’horreur…

Naorl revisite le mythe du loup garou/métamorphe/homme-animal, sauce Adrien Tomas, mais en dehors de ça j’ai pas eu d’affinité particulière, contrairement à Irian qui m’a passionné. C’est Le personnage qui m’a le plus fait changé d’avis à son sujet. Il m’a fait grincer des dents plus d’une fois, rêver un peu aussi, et même pleurer. J’aimerais vous dire plein de choses à son sujet, mais il est aussi un des personnages les plus mystérieux, celui qui se dévoile petit à petit donc, à trop vous en parler, je vous révélerais des points d’intrigues que je ne veux pas vous donner.

Corius joue avec plusieurs code, mais comme Naorl il ne m’a pas marqué plus que ça. En revanche c’est l’un des personnages qui évolue le plus au cours du roman. Quand je repense au personnage des premiers passages et à celui de la fin, j’ai du mal à me dire que c’est le même ! C’est assez fulgurant.

Adhuain… Ce cher Adhuain… Comme pour Irian je ne peux pas en révéler trop, mais contrairement à celui-ci je n’ai ressenti mais aucune sympathie pour lui. C’est un odieux bâtard moisi, pourtant je dois avouer que ces tableaux sont saisissants et l’auteur à vraiment su jouer avec les différents registre notamment à travers ce personnage.

Saphriel, Maev, Taeni ne m’ont pas pas fait plus vibrer que ça. LA première étant au final peut présente, et les deux autres trop clichées à mon goût.

Llir est peut être un peu trop présent dans l’histoire à mon goût. Il est assez sympathique et sa détresse face aux diverses situations m’a souvent ému, que ce soit par rapport à Saphriel ou chez les dragons.

Moineau et Orgoth quand à eux m’ont surprise de manière totalement inattendue. Le dernier m’a fait pleurer toutes les larmes de mon corps à sa mort tant c’était beau et le premier et bien…. juste Chapeau Monsieur Tomas… il fallait oser. Votre final pour Moineau est génial… J’en suis restée scotchée au point d’avoir du ‘relire le passage pour être certaine d’avoir bien compris ce que j’avais compris.. et oui, oui, oui je plussoie.

Enfin j’aimerais parler de Tildor… Rapidement car je pense que je pourrais écrire des pages et des pages sur ce personnage. De loin il est clairement celui qui m’a le plus intrigué et fait réfléchir. Il est un Historien. Là pour regarder et assister, pour transcrire objectivement ce qu’il se passe. Outre le fait d’avoir fait des historiens une races à part entière dans cet univers, j’ai aimé les réflexions qu’il apporte sur l’histoire, son objectivité réelle, sur la notion même d’objectivité… Certes cette affection pour le personnage est toute liée au fait que j’appartiens moi-même à cette grande famille, mais j’ai vraiment aimé retrouvé en lui certaines questions, réflexions, que je me pose tous les jours… Oui un jour… un jour je reprendrais La geste du Sixième Royaume en me focalisant juste sur le personnage de Tildor pour en extraire tout son jus méthodologique et historiographique.

Qui dit roman de Fantasy et d’Epic dit combat bien évidement et les amateurs de grosses batailles vont y trouver leur compte, un peu… Car oui, ce n’est pas trop présent. Personnellement, ce n’est jamais la partie que je préfère. Cela à toujours tendance à m’ennuyer profondément tant je ne suis pas fan des gugus (ou des bonnes femmes) qui se tapent dessus. Dans La geste du sixième royaume, l’action n’a pas spécialement besoin de grosses armées pour résoudre le problème et hormis deux gros affrontements le reste se fait plus indirectement ou est ellipsé.

Bien évidement il y a aussi des histoires d’amours/sentimentales/charnelles. Preux chevalier barbare et jeune demoiselle de sang royal ou de sang magique, conteur et sorcière, bretteurs et bretteuses… Il y en a un peu pour tous les goûts et presque tous les personnages principaux y trouvent leur compte. Certaines sont racontées sous formes de légendes, d’autre vraiment vécus et parfois les deux se mélangent.

Ce qui m’emmène à autre point : Les différentes annexes qu’il y a à la fin de chaque partie. Il s’agit de textes, de liste qui référent des événements antérieurs à l’histoire même et dont nous avons échos dans l’histoire, nous permettant ainsi une meilleure compréhension. J’ai notamment beaucoup aimé les cosmogonie et théogonies racontées selon les différentes version propre à chaque race du monde ainsi que les comptes rendus du nain Nashgar. Seul bémol, la taille des caractères est pour le coup un chouilla trop faible…

Si Adrien Tomas « s’embarrasse » des codes de la Fantasy, il joue surtout avec eux. Des dragons ? Qu’à cela ne tienne ! Les siens ressembleront plus à des brontosaures qu’à de puissants reptiles ailés. Les beaux, les nobles élégants elfes ? Pouah… Des consanguins dégénérées oui. Les nains sont assurément les maîtres de la forge et de la pierre, mais aussi des alchimistes et scientifiques dont certaines expérimentations flirt avec le steampunk. Petite note au passage pour le personnage d’Aevar que je n’ai pas mentionné plus haut mais que j’adore. Il est à la fois complètement décalé et totalement en phase avec l’univers. Les anges ne sont pas des créatures que l’on croise beaucoup en Fantasy – du moins pas associés à des univers peuplés d’être issus ds folklores plus « païens »… quant à des anges de métal… Oui l’image est belle et son histoire est très touchante… Le héros robot des temps ancestraux qui est amoureux de la princesse et va l’aider à sauver son royaume et son peuple… Déjà, je trouve que c’est très teinté SF et surtout on retrouve le petit côté humoristique avec le fait que ce personnage de légende n’est plus qu’une carcasse rouillée et grésillante lors de ses premières apparitions… Même les légendes subissent les affres du temps !

Je pourrais encore raconter plein de choses à propos de La geste du sixième royaume, sur l’intrigue, sur l’histoire et les histoires, sur ci ou ça. Je pourrais encore tartouiller des pages et des pages, mais selon moi le plus simple est que vous vous plongiez au creux de ses pages pour un voyage particulièrement riche.

Au final, tout cela pour dire que La geste du sixième royaume est bien plus qu’un ouvrage de Fantasy. L’auteur nous sert ici une histoire et un univers tout imbibés des différents types de littérature de l’imaginaire, montrant dans une certaine mesure que la frontière des genres n’est jamais loin et aisément manipulable.

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

Lord Dunsany, La fille du roi des elfes

¤ Lord Dunsany,
La fille du roi des elfes, 1924
Ed. Denoël, coll. Présence du futur, 1992
Trad. Odile Pidoux.

¤ 4ème de couverture

Parce que les sujets de son père veulent plus de magie dans leur royaume, le prince Alvéric entreprend de traverser la forêt enchantée afin d’y enlever la fille du roi des Elfes, Lirazel. Après avoir défait les chevaliers qui défendent, la demeure de celle-ci, Alvéric séduit la jeune elfe et l’emmène jusqu’au royaume d’Erl, où naîtra Orion, le fruit de leurs amours. Furieux du départ de sa fille et surtout du fait que ce départ était volontaire, le roi des Elfes envoie à Lirazel, un troll porteur d’un message magique. Immédiatement, la jeune princesse est ramenée auprès de son père. Inconsolable, Alvéric part à sa recherche, en quête de la forêt enchantée… qui a disparu. Et, pendant ce temps, Orion découvre le monde.

¤ Avis

La fille du roi des elfes de Lord Dunsany (de ses petits noms : Edward Moreton Drax Plunkett) : un classique parmi les classiques des littératures dites de l’imaginaire, et plus précisément de la fantasy. N’est-il d’ailleurs pas considéré comme l’un des – si ce n’est le – premiers du genre ?

Voilà bien longtemps (trop) en tout cas que ce livre traînait sur mes étagères et me faisait de l’œil… L’envie soudaine de revenir à quelque chose de plus classique, mais en même temps l’attrait toujours aussi fort de cette partie de la littérature sur ma pauvre petite personne faible ont eu raison de cette lacune avec ce qu’il me semble un bon compromis.

Bref, La fille du roi des Elfes, 254 pages et un bon paquet de temps à le lire… bien trop, par rapport à mon rythme habituel.

Première constatation j’ai aimé. C’est indéniable, cette lecture m’a vraiment fait renouer avec tout un pan de l’imaginaire que j’adore : celui qui tire dans le merveilleux, dans cette petite touche de quelque chose propre à l’idée que je me suis toujours faite des féeries diverses et variées. Au point d’en penser qu’il s’agit plus d’un conte, d’une fable, que d’un roman. Pourtant, seconde constatation, au bout de la moitié du roman, j’ai commencé à peiner. Certes, ma lecture par la force des choses hachée et ma fatigue tant physique que morale sont en grande partie responsables, mais pas uniquement car, bien que ça me fasse un peu mal de l’admettre, le style de l’auteur et l’intrigue y jouent également un grand rôle…

L’intrigue…. L’histoire en elle-même n’est, il faut bien l’avouer, pas extraordinaire. Il n’y a rien qui ne soit pas attendu et cela peut créer une certaine lassitude chez le lecteur actuel. En effet si vous chercher une aventure épique, haletante, faite de combats et d’intrigues à coup de dragons, elfes, nains et tutti quanti, passez votre chemin… Ici le ton est à la contemplation, la merveille. D’ailleurs, la foret enchantée ne me semble au final servir que ce seul but : émerveiller le lecteur qui par la suite regardera son environnement avec un autre regard… Il ne faut pas oublier que Dunsany est avant tout un poète, un auteur qui se voulait l’héritier des anciens aèdes.

En même temps, le récit ne paraît pas innovant aujourd’hui, après presque 100 ans d’une littérature fantasy qui emprunte beaucoup aux codes des récits, pour le coup épique, de Tolkien. En le replaçant dans le contexte de sa première publication de 1924 (donc avant les premières publications de Tolkien en dehors de certains de ses poèmes) il en est probablement tout autre. Je ne connais pas suffisamment la littérature de cette époque et l’historiographie de la fantasy pour pouvoir l’affirmer, mais il me semble qu’en 1924 la seule place qu’occupent le merveilleux et le féerique dans le roman est amplement suffisante à en faire une petite nouveauté fascinante.

Bien que la postériorité directe de La fille du roi des elfes dans la littérature Fantasy ne soit pas la plus flagrante, j’ai tout de même retrouvé ce même sentiment qui s’était déjà manifesté lors de ma lecture de 1984 de G. Orwell et qui est assez caractéristique de ces œuvres qui ont fondé un mouvement, un genre. Les créations postérieures ont tellement puisé dedans, s’en sont inspiré ou leur ont rendu hommage à un point que si les « sources » sont lues après, elles paraissent fades, redondantes et presque dénuées d’intérêt. Et c’est un peu ce qui s’est passé ici. Je déteste ce sentiment parce que j’ai l’impression d’être passée à côté de quelque chose, d’avoir manqué ma lecture. Pourtant, que ce soit pour 1984 ou dans le cas présent pour La fille du roi des elfes, je suis quasi certaine que si je les avait lu avant je n’aurais pas su les apprécier car je les aurais certainement lu trop jeune et n’aurais donc vu que la fiction et n’aurais certainement pas eu au moins une partie des clefs (ce point-ci étant plus farouchement vrai pour 1984 et son discours politico-social typique de certaines branches de la SF que pour La fille du roi ds elfes).

Plus le temps passe depuis la fin de ma lecture, plus je ressasse le récit et plus il semble évident que ce n’est pas tant l’histoire de la quête d’Alveric que la question de l’intrusion de la magie dans la vallée des Aulnes qui est – pour une part – au centre. J’ai vraiment apprécié le retournement qui se passe avec le cercle des anciens. Isolés dans leur petite vallée tranquille, ils se morfondent que rien d’exaltant ne se passe, que l’épique les ignore, et sont effrayés à l’idée que l’Histoire les oubli tout simplement jusqu’à ce qu’ils disparaissent de la mémoire. Sentiments somme toute assez communs. Pourtant, une fois que la magie est là, une fois qu’Alveric a réussi sa mission, épousé Lizarel, que les trolls débarquent et viennent en aide Orion, ils en ont assez et ont même peur de tout cet univers qu’ils ne connaissent pas et sur lequel ils n’ont aucune emprise. Leur détresse progressive, la façon dont ils se tournent dans un premier temps vers le prêtre, puis vers la sorcière afin de défaire ce qu’ils ont tant chercher à faire, est un des points les plus intéressants de l’ouvrage, un de ceux qui porte le plus à la réflexion.

Autre point que j’aimerais noter. Il n’y a pas de jugement de valeur – ou du moins je n’ai pas ressenti de jugement de valeur. Contrairement à ce qui se passe dans plusieurs romans de cette veine qui mettent en scène les deux sphères que sont le folklore anglo-nordico-celtique et le christianisme, il n’y a pas dans La fille du roi des elfes d’intervention pour dire que l’une ou l’autre est le « bon camp ». Bien évidement la rencontre des deux univers n’est pas sans poser quelques questionnements (l’incompréhension de Lizarel face à la colère d’Alveric quand elle parle aux étoiles ou quand essaye de se faire aux coutumes des hommes, l’antithétie qu’il y a entre le Frère et la sorcière Ziroonderel…), mais cela ne va pas plus loin et l’auteur ne tranche jamais en faveur de l’un ou l’autre.

Bien évidement la découverte de la foret enchantée, du monde des elfes, de cet autre côté de la barrière crépusculaire est un véritable délice. Au début de cet article, j’ai plusieurs fois employé le terme de merveilleux et c’est vraiment ça… J’ai été littéralement subjuguée par les descriptions. Je ne compte le nombre de fois où dans ma lecture je suis partie dans mon petit monde, perdue en pleine contemplation, à divaguer juste pour apprécier les images saisies au vol. Que ce soit les longues descriptions du jardin du palais du roi des elfes, la salle du trône, la barrière crépusculaire, mais aussi les attitudes atemporelles et contemplative de Lizarel ou l’interminable pleine désertique que parcourt Alvéric… Les mots dessinaient des images dans ma tête et je m’en prenais plein les mirettes mentales. La plume de Dunsany est poétique et porte à l’évocation… C’est peut être ça qui est problématique d’ailleurs… J’ai beau aimé ce genre de plume, là c’est un peu trop. Ou pas assez. On est entre deux eaux et il n’est pas aisé de se placer. À peine l’esprit du lecteur est emporté par l’une des nombreuses évocations que hop, l’auteur bascule dans un récit plus standard, freinant ainsi la lecture délirante…

De plus le style comporte quand même de sacrées lourdeurs. Je ne parle pas ici de la touche que certains qualifierait d’ampoulée et qui n’est que le reflet d’une manière d’écrire raffinée que j’affectionne particulièrement, mais bien de vraies lourdeurs, avec des répétitions gênantes, des formulation parfois maladroites et si différentes de ce qu’on peut trouver dans le reste de l’ouvrage.

On ne peut pas dire que j’ai eu de coup de cœur particulier pour les personnages, si ce n’est peut être pour Lurulu qui lui m’a bien fait rire. Léger comme tout, j’ai adoré caracoler avec lui, que ce soit dans le pigeonnier, les champs ou même en chasse. Autre point que j’ai apprécié : Lurulu est présenté comme un troll… oui oui un troll et j’ai bien écris « léger comme tout ». Au départ j’avais du mal à saisir, voyant le troll de Dunsany comme l’image commune que j’ai du troll, à savoir une grosse bestiole vaguement anthropomorphe et plutôt monstrueuse. En réalité il s’agit de la version poche du troll, celle qu’on retrouve dans La reine des neiges. Oui je sais vive la comparaison (et encore moi j’ai aimé La reine des neiges). Bref j’ai aimé me faire avoir par les codes fantasy.

Au final, même si je suis mitigée sur ma lecture dans le sens où je ne suis jamais rentrée dans l’histoire, pas au point de passer des heures dans ma lecture à ne pas décrocher et me dire « au prochain chapitre j’éteins », j’ai vraiment aimé cette lecture. Ou plutôt j’aime le souvenir et l’idée de cette lecture, j’aime ce que j’éprouve quand j’y repense.

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire

Nicolas Le Breton, Les âmes envolées, Pax germanica T.1

¤ Nicolas Le Breton,
Les âmes envolées, 2014
Pax Germanica, tome 1,
Les moutons électriques, Bibliothèque voltaïque, 2014.

292

¤ 4ème de couverture

L’automobile n’a jamais été inventée. On parcourt le monde en ballons, dirigeables et autres aérostats. En cette année 1912 monsieur Louis Lépine, préfet de Seine et père du célèbre concours, s’embarque dans une drôle d’affaire. Des morts qui s’animent et enlèvent de belles dames et de savants messieurs (ou l’inverse). Des moteurs étranges qui soufflent le feu et le froid. Des automates fous et des mécaniques hantées. Une conspiration qui éclaire sinistrement les enjeux secrets de la Première Guerre mondiale.

Dans une course de Paris aux Indes, de l’Himalaya aux champs de bataille d’Ypres, un roman échevelé, qui swingue comme les premières notes d’un jazz endiablé, qui gigue comme le pont du dirigeable dans la tempête, qui siffle de vapeur sous pression et chauffe comme une section de cuivres bien lubrifiée.

¤ Avis

Généralement quand un ami me conseille un livre j’ai tendance à foncer tout droit entre ses pages pour m’en délecter puisque mes amis en bons amis connaissent mes goûts et savent bien ce qui peut me titiller les mirettes, le bout des doigts, l’imagination et tout ce qui sert à lire. Aussi quand Laurent (et oui pour une fois ce n’est pas ma chère Méli ^^) m’a proposé je ne sais plus trop quand il y a fort longtemps maintenant d’aller avec lui à une séance de dédicace de l’auteur, Nicolas le Breton, à la librairie Temps-Livre (petite boutique hors du temps en plein centre de Lyon) parce qu’il avait adoré le livre, je me suis dit, en voyant l’engouement de mon ami, que ce serait sympa. Effectivement, ce fut non seulement sympa mais aussi fort instructif. Je ne sais honnêtement plus combien de temps nous sommes restés dans cette petite librairie à parler (enfin surtout l’auteur et mon ami. Moi, j’écoutais surtout puisque je n’y connais pas grand chose en steampunk – oui, oui même si j’ai publié une nouvelle dans ce genre et assisté à plusieurs conférences et discussions sur le thème mes connaissances dans le domaine restent très superficielles, mais je m’égare). Toujours est-il qu’au fur et à mesure de la conversation, je me suis rendue compte qu’il fallait que je lise ce livre. C’est pas que mais ça avait l’air ‘achement bien’, l’auteur et mon ami ayant réussi à me tenter….
Tentation à laquelle j’ai cédé quelques temps plus tard aux Oniriques de Meyzieu quand, recroisant l’auteur et mon ami, je me suis laissée aller à la folie de prendre un exemplaire. Quelques beaux coups de tampons dédicatoires et surtout mois plus tard, je me décidai à l’ouvrir.
Pour la petite anecdote il s’agit du dernier livre que j’ai lu en France avec de revenir m’installer à Rome, où, au regard du peu de place dans les valises (et du peu de temps dont je dispose), je n’ai pris que quatre petits poches, snifouille – mabibliothèquememanque –

Premier point : l’objet en lui-même. Je suis folle des livres, en tant qu’objets, c’est un fait. Et les livres des Moutons électriques, surtout ceux de leur collection Bibliothèque voltaïque, sont tout simplement superbes. Il n’y a pas d’autres mots. Couvertures rigides avec rabats et tout et tout, belles illustrations en première (dans le cas présent signée par Melchior Ascaride, que je trouve tout à fait à l’image du roman avec des rouages, des dirigeables et des montages pour embaumer les alentours de l’enivrant parfum de l’aventure au goût de cuivre) et même parfois dans le texte, beau papier de qualité… bref un livre qu’il fait plaisir d’avoir dans sa bibliothèque !

Les âmes envolées n’échappe pas à la règle. Tenir ce livre à la lecture était un régal (le manipuler dans les transports moins mais bon les prenant assez peu au moment de ma lecture je ne fais pas en faire tout un foin, juste deux lignes) et une édition de ce type me semble être tout bonnement parfaite au regard du contenu. Un livre pour une histoire et une histoire pour un livre qui fleurent bon le retro.

Les âmes envolées, premier tome de Pax Germanica, dont le second opus Les cœurs enchaînés est en préparation mais dont vous pouvez dors et déjà trouver quelques informations ici, est un beau bébé de quelques 321 pages que j’ai lu, ma foi, plutôt rapidement si l’on considère le peu de temps que je peux désormais accorder à ce petit plaisir coupable.

Nicolas le Breton possède une plume pour le moins efficace et soignée et, si au départ j’ai eu du mal à entrer dans son style particulier, je ne m’en suis pas moins laissée happer par sa machinerie narrative. Je ne saurais pas trop expliquer ni le pourquoi ni le comment de cette difficulté car lorsque j’ai relu certains passages au hasard, tout coulait. Son phrasé colle délicieusement à l’époque mise en scène et la justesse et la précision de ses mots recherchés est très fine. Pourtant, quelque chose jouait mal et ça me désolais car je voyais bien que je tenais là quelque chose de bon.
Le temps que je m’accordais en ce début de lecture était-il alors trop court ? Quelques pages et minutes supplémentaires auraient-elles permis d’éviter cet écueil initial ? Sans doute. Peut-être…
Nul doute que l’effet « présent de l’indicatif » y est également pour beaucoup car, même si je m’habitue de plus en plus à cet usage, il n’en reste pas moins que j’ai toujours du mal à accrocher et entrer dans un récit écrit ainsi (pourquoi comment, un jour je me pencherais sur la question mais j’ai trop d’avis en retard et de projets en retard -lapinquandtunoustiens- pour le faire maintenant).

On regrette également (surtout) les coquilles qui se baladent un peu trop librement dans le texte. Relecture, relecture, dediou! Qu’elle soit de l’auteur, ses « bétas » si il en possède, et/ou du comité éditorial (l’idéal étant bien entendu une relecture de la part de ses trois acteurs). Aux vues de mes piètres performances orthographiques je suis assez mal placée pour faire ce genre de remarques, mais quand même. Si même moi je les vois c’est qu’elles auraient pu être facilement rectifiées et, venant d’un ouvrage des Moutons électriques, maison connue et reconnue pour sa qualité, ça me déçois un chouill’ quand même.

Dans ce premier volet, nous suivons les aventures de Louis Lépine – oui, oui le fameux du concours – préfet de police à la retraite (67 balais au moment de l’histoire) qui se voit embarquer dans une affaire bien au-delà d’une simple histoire de malfrats enfin coincés. Mais alors bien, bien, bien au-delà…

Je vais être assez directe, j’ai rapidement pris en grippe (bon c’est un peu exagéré, mais pas loin) le personnage principal. Problématique n’est-ce pas ? Encore que, ce n’est pas parce qu’un personnage est principal qu’on doit forcément l’aimer et l’apprécier. Il faut qu’il soit intéressant, ce qui est différent… et pour le coup le cas. Son attitude de « monsieur je sais tout, laissez moi faire je suis le seul capable d’y arriver parce que je suis Louis Lépine » m’a bien tapé sur les nerfs. Surtout qu’au final, aucune (de mémoire, mais comme ça commence à faire un petit bout de temps je ne mettrais pas ma main à couper) des inventions extraordinaires dont il se sert pour sauver les miches d’un peu tout le monde et venir à bout des vilains n’est de lui. Il s’agit des inventions des participants de son concours, mais pas des siennes ! En revanche j’ai apprécié trouvé un tel personnage guise de personnage principal. Ça change et ça fait du bien quelque part. De plus d’autres personnages, certes dits et considérés comme secondaires mais tout aussi présents, rattrapent le coup, notamment ceux de Léontine et d’Anselme (Comment ça Laurent tu savais qu’il me plairait forcément ! ) qui m’ont vraiment plu, ce dernier m’ayant même tiré quelques larmes…

Léontine, outre les intrigues liées à son identité que j’ai aimé, à d’ailleurs pratiquement été une figure d’assimilation. Entre femme forte parce que femme pilote donc évoluant dans un monde relativement masculin où elle doit se battre, être la meilleure, pour se faire sa place et être un minimum considérée par ses pairs et femme sensible planquée sous la carapace précédente qui a aussi ses peurs, ses doutes et ses blessures qui n’apparaît que peu mais suffisamment pour toucher le lecteur par petites pointes. C’est clairement le personnage qui m’a le plus fait ressentir.

Je ne vais pas m’amuser à détailler les autres, trop nombreux, mais tous présentent une facette, un éléments assez particulier. J’ai également un petit coup de cœur si l’on peut dire, pour Alexis Carrel… Oui je sais, c’est un peu l’un des bâtards de l’histoire mais pourtant pas tant que ça… J’ai aimé la manière dont l’auteur à présenter sa dévotion à ses recherches qui pour moi atténue complètement l’horreur des dites recherches dans le roman et tout ce qui en découle. De plus il y a ce revirement, cette prise de conscience qu’il a à un moment qui le rend peut être plus humain que les autres personnages qui au final évoluent assez peu, voire pas du tout.

Bien évidemment comment parler de ce roman sans mentionner le substrat historique et la manière dont l’auteur tord l’Histoire. Oui j’ai bien écrit ça, moi la râleuse et la chieuse par excellence, celle qui crache et qui feule quand un auteur ose s’approcher de trop près à l’Histoire et en faire n’importe quoi (bon c’est généralement avec la mythologie que je grogne car j’évite des lires des romans historiques justement pour éviter de criser pour un détail « à la con » alors que je suis plongée dans l’histoire ce qui me gâche tout mon plaisir). Pourquoi ?
De un, parce que c’est le but de l’uchronie, genre/boite/tiroir comme vous voulez dans lequel se range en partie l’ouvrage, que de dévier de l’Histoire pour en créer une nouvelle. Donc à partir de ce moment là, je n’ai plus de problème.
De deux, parce que pour avoir longuement écouter l’auteur à propos de son livre, je sais qu’il ne sort rien au hasard mais qu’il a fait de très longues recherches.

Ce point « historique » me fait d’ailleurs penser à un autre aspect qui est assez amusant : la quantité folle de personnages réels présents dans le roman. Outre Louis Lépine, il y a Marie Curie, Aleister Crowley (qui m’a littéralement fait mourir de rire plus ou moins à chacune de ses apparitions), Alexis Carrel, Alexandra David-Néel et pleins d’autres que j’oublie ! Je me suis régalée de tous ces clins d’œils à l’Histoire. La seule chose que je « regrette » un peu est que pour coller à son histoire et faire coexister toutes ces personnalités, l’auteur a du prendre un Louis Lépine un peu trop âgé (67 ans) selon moi pour les aventures qu’il vit. Je suis d’accord avec le fait qu’on peut rester très actif et en forme à cet âge là (après tout j’ai bien eut un prof qui pelletait à l’épaule à 65 ans bien plus longtemps et bien mieux que les petits jeunes de 20 que nous étions), mais quand même… c’est un chouill ‘ peu crédible quand même.

Les âmes envolées roman steampunk ? Oui bien sur. Les dirigeables, ballons, aérostats ainsi qu’un certain esthétisme de machineries, mécaniques, inventions et tutti quanti ne laissent aucun doute quant à la couleur de l’ouvrage. Toutefois, si je devais coller une étiquette ce serait celle de l’aventure et de l’action. Il n’y a pas vraiment de temps morts pour les personnages et donc pour le lecteur qui est toujours entraîné ici puis là et un peu de partout. C’est sans doute pour cela d’ailleurs que je l’ai lu aussi rapidement. Malgré les quelques difficultés mises en avant au début de cet avis, les pages s’enchaînent et prise dans le feu (haha jeu de mot pour qui a lu le roman) pouf je me suis retrouvée à la fin. Alors certes on pourrait reprocher à l’auteur d’avoir privilégier l’action à la psychologie des personnages qui sont, il est vrai, peu fouillés, mais ce côté pulp confère au roman un petit quelque chose de frais qui m’a changé de mes lectures habituelles.

J’ai vraiment adoré voyager avec les personnages car Nicolas Le Breton nous fait quand même faire un sacré tour du monde en ballon. Paris, les fonds de la Seine, l’Inde, l’Himalaya, les Alpes, Ypres…. J’avoue qu’entre le passage du sous-marin complètement vernesque et celui de Shangri-La que je dirais tintinesque je ne sais pas trop lequel à ma préférence.
Toutefois une petite chose (ok je pinaille) m’a un chouill’ déçu à Shangri-La. Il est bien fait la mention à plusieurs reprises que personne ne doit entrer dans la vallée secrète et j’ai vraiment aimé tout ce qui est développé sur cet interdit, notamment les éléments spirituels qui viennent rencontrer des éléments présents dans certaines cultures himalayennes. Malgré l’attrait qu’elle exerce sur eux, tous les personnages respectent cette seule loi… sauf un… Louis Lépine. Alors ok c’était pendant une bataille et c’était pour sauver je ne sais plus qui mais du coup ça augment l’effet « je suis monsieur Louis Lépine et je peux faire ce que je veux » qui me tape sur le système.
En revanche le passage dans les Alpes m’a laissé un peu de marbre. Les scènes d’actions y sont dignes d’un James Bond (surtout la partie avec le robot piégé que mine de rien j’ai bien aimé) mais ça fait un peu « scène ajoutée à la fin » et bien qu’elle s’inscrive dans la logique de toute l’histoire, il y a un petit truc qui sonne mal, discordant.

Bien évidement vous me saupoudrez tout ça de sociétés secrètes (pour le coup la Société de Thulé), forces obscures, alchimies et pouvoirs avec lesquels il ne faudrait pas trop faire joujou. On retrouve bien là un thème chouchou de l’auteur. Thème qu’il maîtrise et fond dans son histoire à la perfection. Outre le feu froid, j’ai vraiment aimé cette idée de la pierre nécromancienne (bon d’accord elle ne fait pas que ça) et sa version du zombi. L’évolution du personnage de Bonnot est d’ailleurs très intéressante quant à ce point puisque progressivement on passe d’un mort-vivant qui se contente d’obéir aux ordres à une créature nettement plus pensante ou semblant en tout cas plus pensante qui agit d’elle-même et par elle.

Au final, Les âmes envolées a été une très belle découverte que je conseille à qui aime la fiction d’aventure, car c’est ce que je retiens surtout de ce roman. La plume est y très soignée et l’histoire, les histoires tellement imbriquées les unes dans les autres que le lecteur ne peut qu’être éveillé à tout ce qu’il se passe. Bref j’ai hâte de lire le second opus Les cœurs enchainés.

Publié dans Non classé | Laisser un commentaire