Enrique Corominas, Dorian Gray

* Enrique Corominas,
Dorian Gray, D’après Oscar Wilde
, 2011
Edition Daniel Maghen 2011

 

* 4ème de couverture

Pourquoi son nom me transporte-t-il toujours dans son atelier le jour où il acheva ce portrait, voilà plus de dix-neuf ans ? Veux-tu prendre le temps d’écouter mon histoire ? Moi, j’ai tout le temps du monde.

* Avis

Une bande dessinée… voilà bien longtemps que je n’en avais pas lu. Une bande-dessinée oui, mais pas n’importe laquelle! Il s’agit d’une BD para-wildienne (décidément c’est le moment en ce moment!) et plus encore, d’après mon ouvrage fetish : Le portrait de Dorian Gray. Et je rajouterais encore que c’est chéri-chou qui l’a trouvé à Trolls et Légendes car il a pu y aller et qui me l’a offert. Cela été Ma lecture lors de mon séjour belge (alors que j’avais la Lettre à D’Alembert de Rousseau -sifflote sifflote). Une semaine et juste une BD, c’est pas glorieux comme rendement mais bon j’avais pleinnn d’autres choses à faire et Liège est une superbe ville qu’il aurait été bien domage de ne pas visiter.

Bref Dorian Gray de E. Corominas, quelques 87 pages délicieuses, hautes en couleurs où la Beauté préside chaque page, organisées entre l’introduction, exactement celle de l’ouverture du Portrait avec une série d’aphorismes et une image en plein page absolument superbe, un prologue, cinq actes, papillon, masque, livre, poignard et champagne, séparés les uns des autres par une image pleine page du portrait peint par Basil révélant son évolution. Enfin l’ouvrage se clot sur une partie plus « reflexion » entrecoupée de peintures car je ne vois pas trop comment qualigier les dessins sinon ainsi tant ils sont beaux. Peut être devrais-je commencé cet avis par un -jevaisessayer- bref résumé de l’oeuvre première, c’est à dire Le portrait de Dorian Gray, de Oscar Wilde. Oeuvre de fin de siècle, apologie de l’hedonisme, cette ode à l’art et la Beauté traine aussi quelque chose de nettement plus sombre et décadent, flirtant avec l’immoral mais tout en élégence… Les trois personnages principaux, le jeune ephèbe blond comme les blés Dorian Gray, le talentueux peinte Basil Hallward et l’ambigu Lord Henry, dit Harry pour les amis, sont de l’aveux même de l’auteur ses avatars. Comme il voudrait être, comme il se perçoit, et comme on le perçoit. Le roman est fascinant il n’y a pas d’autre mots. Pour l’instant je ne me suis jamais lassée de le lire et je découvre à chaque fois de nouvelles choses mais si je continue ainsi je vais vous faire un long, un très long avis sur Le portrait de Dorian Gray alors que je voudrais vous parler de cette bande-dessinée. Reprenons donc notre résuméBasil peint le portrait du jeune Dorian et par hasard/malchance tout ce que vous voulez, Lord Henry, ami de Basil se trouve présent un jour où le jeune homme vient poser alors que Basil avait scrupuleusement gardé Dorian hors de Lord Henry et son influance. Dorian se retrouve aussi bien effrayé que séduit par les propos de Lord Henry, notamment sur les questions de jeunesse, beauté et morale, et va peu à peu glissé dans un monde de décadance, pervertissant son âme irrémédialement. Perversion qui va marquer le tableau et non le jeune homme suite à un voeu qu’il a énoncé devant le tableau. Au delà du caractère fantastique et sombre qu’il y a dans le roman c’est un délice de philosophie fin 19ème, dandy. On pourrait presque le qualifier de manifeste de la pensée de Wilde.  Voilà donc sur quelle base Corominas a établi son travail. 
L’histoire même du roman y est habilement traitée, nous avons les elements essentiels de la trame romanesque (la rencontre entre Dorian et Lord Henry, la jalousie de Basil, l’influance de Lord Henry, Sybil Vane, l’extreme decadence de Dorian, L’éoignement de Basil et de Lord Henry, l’isoelement et la solitude de Dorian à cause de sa décadence, le meurtre de Basil avec la dimension scientifique et puis la « chute » finale avec le diner de Lord Henry) sans trop de philosphie et d’aphorisme wildiens, qui dans le cadre d’une BD et de ses bulles auraient considérablement alourdi l’ouvrage, le rendant plus difficile d’accès. Ceci dit les points fondamentaux de la pensée de Wilde figurent tout de même, implicitement ou non au détour des répliques, confèrant à cet ouvrage un peu plus d’authenticité wildienne.

Si la majeure partie du temps l’auteur reformule le texte, l’adapte à son format, tout en conservant l’élégance de la formule et des tournures propres au 19ème et à Wilde, il y a quelques passages, signalés par une gaphie et un encart légèrement différent, où, si de mémoire je me souviens bien, il reprend le texte même de Wilde. J’ai vraiment aimé ce jeu avec le texte d’origine qui pour une passionée comme moi est tout simplement sublime. Il y a à la fois une appropriation et une reprise direct qui font de cet ouvrage une vertibable hommage.

Il n’est, je pense pas, très intéressant de relever chaque différence et ressemblance. Ce ne serait rendre justice ni à l’un ni à l’autre, d’autant que nous sommes dans une adaptation à un format différent qui necessite donc une approche différente. Et là est bien tout l’art de l’auteur car l’approche principal de cet adaption est une approche visuelle. Une approche visuelle pour Le Portrait de Dorian Gray… un sacré challenge pour dessinateur quand on sait que tout tourne autour de l’art et de la Beauté, notions intrinsèquement visuelles, dans le roman de Wilde. Challenge dont Corominas est tout à fait conscient et qu’il explicite dans une petite partie « reflexion » à la fin de la BD et dont il se sort avec brio.
Les plaches sont de véritables peintures et les quelques images pleine page confirment bien cela. En fait je n’ai pas vraiment « lu » l’histoire, déjà parce que je la connaissais mais aussi parce que je me suis retrouvée assez vite subjuguée par le coup de crayon. Dès la couverture nous avons un peu les axes picturaux dominants avec le fond le theatre dans des teintes assez chaudes, le bois du théâtre, les dorures lumineuses peut être, le rideau rouge et puis, tranchant avec cette ambiance, au premier plan Dorian avec des teintes plus vertes/ jaunes, en costume noir et blanc qui donne une impression assez froide. il y a aussi une différence dans le traitement du trait, si pour le fondil est un peu flou, il est assez dur sur Dorian. Le personnage féminin (Sybil?) entre ces deux plan semble vraiment entre les deux univers. Elle aussi a des reflets un peu vert, un peu clairs et des traits assez précis mais elle est tout de même assez chatoyantes avec sa robe et ses motifs. Il y aurait je pense plein de chose à dire sur l’attitude Dorian, la tête tournée de l’autre côté de la jeune femme qui le regarde et tout et tout mais je ne vais pas non plus vous faire un comentaire iconographique de la BD.

J’ai mentionné un peu plus haut que la BD s’organisait en plusieurs élements c’est surtout sur les divisions de ces étapes que je voudrais revenir. Tout part de la première vision du tableau, en ouverture de l’acte I Papillon. C’est à partir de là que le tableau va se dégrader, Sur la seconde étape, la bouche va être un peu gâtée par des vilaines traces brunes et quelques filaments en filigrane, toujours bruns, viennent se superposer à l’image, comme un voile de fumée. Sur la troisième, le voile brun se fait plus net, comme un voile putride qui viendrait corrompre la toile, les traces de la bouches sont plus marquées et l’oeil gauche est également marqué de même que le buste en arrière plan. Sur la quatrième étape le changement est radical, tout est putride, vicié, monstrueux, les objets et élements du décors sont atteint eux-aussi et le joli pourpre est gâté par le brun, comme une prune pourrie. Dorian est presque méconaissable, et des teintes bleues font leurs appararitions. Sur la dernière et finale étape  tout est monstrueux, Dorian est totalement transformé et ressemble plus à l’Eddie de Iron Maiden qu’à un beau jeune homme, le brun domine toute la scène et les objets, tssus, patère, buste sont remplacés par des corps monstrueux des dragons et serpents des cadavres des corps nus, hurlans, mort et des giclures de sang tachent les mains et le menton de Dorian.

Globalement le dessin passe de quelque chose de clair, lumineux au début à des contrastes beaucoup plus marqués, des dessins presques loufoques et dont le coup de crayon est très différents à la fin.
Note particulière au rendu de plusieurs passages qui sont assez marquants dans la BD.
Le premier est celui du fameux livre jaune dont le dessins est rendu uniquement en noir et ocre, très hachuré et qui donne un côté assez papyrus ou vieux manuscrit obsur, ce qui colle assez bien avec le thème plutôt « satanique ».
Le second est celui du délire sous drogue en jaune éclantant, vert et noir, qui fait très vaudou, probablement aussi par la profusion de grosses fleurs et des squelettes qui m’ont aussi fait penser aux fameux squelettes dansant de Boscoréal.
Le troisième est celui qui suit le second, celui du réveil de Dorian qui a un traitement vraiment dessiné et moin peint, dans des teints brun blanc gris legèrement réhaussés de quelques pointes vertes ou violettes.

(En haut le second passage, celui du délire. En bas le premier passage, celui du livre)

(Le troiisème passage, celui du délire)

Il y a également plusieurs tableaux de la fin de l’ouvrage que j’ai trouvé délicieux
-Une représentation privée, pour le contraste entre le personnage de Sybil et ceux de l’arrière plan. et l’effet décadence 19ème. J’adore cette effet bleuté de la peau qui donne un effet ‘extra-terrestre/Sf’ qui colle un peu avec le côté fantastique de l’histoire.

– Étranges rumeurs pour les couleurs, le port de Dorian, la composition que je trouve superbe avec l’immobilié du personnage, le vol des oiseau et l’horloge en arrière fond.

Enfin une grosse grosse mention spéciale pour Oscar et Dorian car dans l’image est intégré un dessin de mon cher Oscar.

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