Guillaume Apollinaire, Les onze mille verges

¤ Guillaume Apollinaire
Les onze mille verges, ou les amours d’un hospodar, 1907
Edition France Loisirs, 1994


¤ 4ème de couverture

« Tout Apollinaire est là si on le connait un peu, avec sa truculence, sa démesure, son rire, ses indécences et son énorme « obcénité » caractérielle » Raymond Jean, La quinzaine littéraire.

¤ Citation

p.64 « Ses yeux bleus et angéliques contenaient l’innocence des éphèbes que les dieux font mourir jeunes parce qu’ils les aiment ».

¤ Avis

ATTENTION !  !  ! Cet avis comme cette lecture est déconseillé à un public non avertis. J’entend par là – de 18ans ATTENTION ! ! !  Sujet pouvant heurter la sensibilité. Ne continuez pas si :
1- Vous êtes mineur
2- Vous êtes sensibles
3- Vous êtes intolérants, étroit-d’esprit, fermés ….
ATTENTION cette mise en garde n’est pas une blague.

* ¤ *

Voilà vous êtes prévenu donc maintenant que tout ceux qui ne veulent pas ou n’ont rien à faire sur cet avis ont cliqué la petites croix rouge en haut de l’écran, nous allons pouvoir disserter un peu sur Les onze mille verges ou les amours d’un Hospodar de G. Apollinaire.
Pourquoi tant de mise en garde alors que dans ces pages virtuelles j’ai déjà abordé certains ouvrages un peu spéciaux comme ceux de ma chère P. Z. Brite ? Tout simplement parce que là on est quand même à un autre niveau. Les 50 nuances, tons et autres peuvent bien aller se rhabiller car face à ce roman c’est du jus de chaussette !

Donc, Les onze mille verges de G. Apollinaire… Roman de 127 pages (9 chapitres) qui se lit très vite. Mais alors quand je dis très vite c’est vraiment rapidement, quatres trajets de tram dans mon cas, soit environ trois heures à tout casser.
Si la carrière romanesque d’Apollinaire est moins connue que sa carrière poétique, il n’en reste pas moins qu’elle est assez importante et Les onze mille verges n’est pas son seul roman à caractère fortement sexuel. Fortement sexuel… là il s’agit d’un euphémisme car cet ouvrage est franchement pornographique. N’y voyez pas là une critique négative, une dénigration (oui c’est moche mais ça existe bien comme mot) ou quoi que ce soit de ce type, c’est juste la réalité basique, le thème de ce livre.

Aussi quand, dépitée devant ma bibliothèque pourtant bien fournie, j’ai dit à mon coloc que je ne savais pas quoi lire et qu’il est allé piocher au pif dans ma bibliothèque pour me sortir celui-ci je me suis dit pourquoi pas et j’ai joué le jeu. En soit ce genre de lecture n’est pas ce qui m’attire le plus, mais comme il s’agit d’une oeuvre d’un auteur classique j’étais assez intriguée. En même temps avouez-le, découvrir une autre facette de cet auteur dont nous avons tous lu et étudié au moins un ou deux morceaux choisis est terriblement tentant lorsqu’on a, comme moi, le gout de la découverte et la curiosité de se frotter à des choses encore un peu tabous… et autant vous dire que ce n’est pas dans la selection académique d’Apollinaire que l’on va trouver un peu de cette facette.

Je ne vais pas rappeler le brio et le talent d’Apollonaire, la postérité nous l’a bien légué pour une raison et sa qualité d’écrivain n’est certainement pas à remettre en cause. Car oui, même dans cet ouvrage particulier la plume extraordinaire de l’un des auteurs les plus fameux du repertoir français s’exerce avec brio et livre quelque chose qui depasse la simple narration de pratiques sexuelles. On retrouve ainsi à travers ces pages l’amour d’Apollinaire pour les mots qui sonnent bien, les mots étranges aux consonnances peu communes, aux emplois désuets et/ou oubliés, comme glottiner (je sais pas je trouve que c’est trop mimi comme mot, « glottiner ») Du coup pour le lecteur contemporain qui n’a pas vraiment l’habitude de se confronter à un tel langage c’est une source particulièrement riche de vocabulaire inconnu. Oh pas besoin non plus de lire ce roman avec un dictionnaire sous la main, car le contexte nous livre assez rapidement la signification générale. De plus, ce ne sont pas exclusivement des termes sexuels, même si ça l’est quand même assez souvent.

L’histoire en elle-même n’est pas des plus folichonne. On suit les (mes)aventures d’un « prince » roumain au nom douteux à travers l’Europe et l’Orient. Comment et pourquoi il quitte sa Roumanie natale pour la France parisienne qui le fait rêver, puis retourne en Roumanie, se fait engager dans l’armée, cotoie des russes et des japonnais… On a tout un gout très prononcé pour l’exotisme et l’orientisme avec des références très précise, comme avec des essences arboricoles, des coutumes et traditions des petites choses futiles et anecdotiques qui donne du cachet à l’ouvrage…. Cette précision qui parfois me fait penser à certains passage du Portrait de Dorian Gray. L’auteur n’hésite à spécifier précisement ce dont il parle, même si le lecteur n’a pas une connaissance aussi pointu que lui sur le sujet. Cependant loin d’un résultat pompeux, il y a une dimension de découverte et d’apprentissage sur ce point. J’ai vraiment apprecié ce point sur le mélange de l’Orient et de l’Occident, d’autant qu’il est admirablement bien retranscrit, livrant au lecteur des saveurs, des couleurs qui prennent des aspects cosmopolites que j’aime.

Et voilà bien tout ce qui n’est pas purement érotico-pornographique que je peux dire, car oui l’essentiel de l’ouvrage traite quand même de ce sujet. Je ne crois pas qu’il y ait une seule page sans la mention d’un acte quelqu’il soit. Et alors là, on ne peut certainement pas repprocher la répétition à l’auteur. Il y en a pour tout les gouts. On passe de la sodomie au lesbianisme, à la pédophile, scatophilie, nécrophilie, au SM, au viol, au meutre, seul, à deux, en groupe, à plusieurs… je ne crois pas qu’il y ait deux rapports qui se ressemblent et quand même ça il faut bien l’avouer, que l’on aime ou pas, c’est un exploit.. Alors je vous vois déjà venir avec vos gros sabots « sodomie au lesbianisme, à la pédophile, scatophilie, nécrophilie, au SM, au viol, au meutre, seul, à deux, en groupe, à plusieurs » mais c’est dégeulasse, c’est immonde… et c’est surtout tellement poussé à l’excè, c’est tellement gargantuesque, tellement gros, que c’en est comique. Oui, oui comique. Tout simplement parce que c’est trop. Trop violent, trop sanglant, trop tout pour être prit au premier degré. Et j’insiste vraiment sur ce point. Les onze mille verges n’est pas un roman à lire sur un seul axe, loin de là. Il y a tout une culture biographique, celle d’Apollinaire et de ses attraits littéraires, nottement pour le Marquis de Sade, qui sont à prendre en compte. Je pense que la personne qui prendra ce livre au premier degré va passer à côté de beaucoup de chose. Et je peux vous l’assurer, à condition de savoir se détacher de ce premier degré, c’est un plaisir (sans conotation quelqu’elle soit) de lire ce roman parce que ce qui arrive au Prince Vibescu (déjà avec un nom pareil comment peut-on penser une seule seconde à du premier degré… Vibescu (Vi pour Vit, le pénis ; bes pour baise et cu pour cul) c’st juste du gros n’importe quoi. Il quitte la roumanie parce qu’il en a marre d’être le sujet des ragots de Bucarest où tout le monde sait qu’il est le mignon de Bandi Fornoski (encore un nom des plus explicites répondant à la même logique) et se retrouve en train de faire mumuse avec deux mignonette (dont l’une se nomme Culculine quand même) quand des cambrioleurs débarquent, puis dans l’Orient Express il y a une scène oh combien improbable et délirante avec la servante qui meurt étouffée par les cuisses de sa maitresse (sans compter le bain de sang, et pas que, qui s’en suit qui est plus hémoglobiné que le plus Z des films d’horreur de série Z). La scène de la conjuration est pas mal dans son genre aussi en terme d’excès excessif, sans compter la fin liée à cette petite promesse si celèbre du début de l’ouvrage…. Mais quelle fin mémorable….

En fait ce qui est génial dans ce livre c’est que c’est tellement toujours trop, toujours plus que l’on ne peut pas s’en détacher. Non pas parce que l’histoire trépidente nous accroche, non pas parce que nous sommes des gros pervers, mais juste parce que c’est tellement trop que l’on veut voir si plus loin c’est encre pire, encore plus, juste voir si Apollinaire arrive à se surpasser encore et encore… Curiosité malsaine diront certains mais en fait arrivée plus ou moins à la moitié du livre j’étais pliée de rire parce que le point de non retour était déjà passé depuis belle lurette et que je n’en revenait tout simplement pas.

Petite note. Connaissant assez mal cette période, je n’avais certainement pas toutes les clefs en mains pour décoder les clins d’oeil et annecdotes et autres croustilleries que l’auteur à pu glissé. Je suis presque certaine qu’il y a quelque chose avec les personnages des deux homosexuels qui tiennent le bordel de Port Arthur parce qu’ils sont trop caractérisés par rapport aux autres personnages de même rangs. Autre note. Je suis presque persuadé qu’il y a dans Molloy de S. Beckett une superbe référence à cet ouvrage avec la passage de la mère qui se prend pour un tinel, à savoir un sceau/pot de chambre. Je n’ai cependant pas réussi à trouver le passage dans l’ouvrage de Beckett et étant donné qu’il n’y a que deux paragraphes en 250 pages et que je n’ai pas la motivation de le relire là maintenant, cela va rester très hyptothétique (même si ce ne serait pas étonnant de Beckett que d’avoir une fait une référence (une de plus, une de moins) à Apollinaire.

Au final, Les onze mille verges est un ouvrage très particulier que j’ai apprecié, bien que je ne pensais pas. D’un point de vu littéraire il est très intéressant, aussi bien littéraire stylisitque que culture littéraire en général car c’est un autre aspect d’Apollinaire qui est révélé. Bon je n’en ferais pas mon livre de chevet non plus. Mais c’est un beau défi à relever que de lire et surtout de depasser le premier degré, de ce roman.

¤ Conseil

Bien évidemment, ce roman n’est pas conseillé pour les mineurs, les personnes sensibles ou qui ne sont tout simplement pas interréssées par l’idée de se confronter à du choquant. Mais je pense que pour les amateurs de classiques, ceux qui s’interesse à l’histoire de la littérérature, ou tout simplement les audacieux avertis, c’est un livre à lire au moins une fois dans sa vie. Mais Attention, en ouvrant ce livre vous acceptez aussi celui d’ouvrir votre esprit et de réflechir et faire fonctionner les méninges.

Publicités
Cet article, publié dans Non classé, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Guillaume Apollinaire, Les onze mille verges

  1. Olivier dit :

    Rien à dire sur cette critique. L’auteure a, de plus, raison de mettre en garde. Le livre peut se trouver en e-book pour les plus pressés 🙂

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s