Voyage en Italie, J. W. von Goethe

¤ J. W. von Goethe,
Voyage en Italie, 1816-17
Editions Omnia, 2012
Traduction de Jacques Porchat, revisitée et complétée par Jean Lacoste.

¤ 4ème de couverture

Ce Voyage en Italie de Goethe est important à plus d’un titre. On peut légitimement considérer qu’il a marqué une rupture dans sa vie. En prenant la route du Sud en 1786, Goethe a voulu échapper à un univers qu’il sentait trop pesant :  » Je me suis enfui de Carlsbad à trois heures du matin : autrement on ne m’aurait pas laissé partir « . Il se dérobe incognito, à la hâte, affronte les périls et se métamorphose en Wanderer : le voyageur, le vagabond, l’errant. Commence alors son odyssée, qui durera jusqu’en 1788 et qu’il retrace dans ce récit où se mêlent l’art et la vie. Goethe traverse Vérone, Vicence, Venise, Padoue, Ferrare, Bologne, Florence, Pérouse, Rome, Naples, Palerme. Il admire l’art classique, contemple les paysages, se lie avec la population : son expérience est intense.
Ce Voyage en Italie, publié seulement en 1816 pour la première fois, depuis longtemps indisponible en France, compte parmi les plus célèbres relations de voyage allemandes et s’inscrit dans le projet autobiographique de l’auteur de Faust. La traduction de Jacques Porchat a été révisée et complétée par Jean Lacoste qui signe aussi une remarquable préface où est exposé l’art du voyage chez Goethe, pour qui le déplacement ne saurait aller sans une renaissance et la redécouverte de soi.

Jean Lacoste est philosophe et germaniste. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages sur Goethe. Il a également traduit Nietzche et Walter Benjamin.

¤ Citations

(Autant vous dire que je n’ai pas relevé tout ce qui me plaisait/touchait)

p.150  » … avouons que c’est un pénible et triste travail de déterrer la Rome antique de dessous la moderne, et pourtant il faut le faire, dans l’espoire d’une satisfaction inestimable. On trouve les vestiges d’une magnificience et d’une destruction qui vont l’une et l’autre au delà de notre imagination. Ce que les barbares ont laissé debout, les architectes de Rome moderne l’ont dévasté. »

p.251  » L’esprit humain est indomptable ; à moi surtout il faut le large »

p.251  » …il vaudrait mieux ne pas retourner dans mon pays, si je ne devais pas y revenir un homme nouveau. »

p.413  » Comme tu peux l’imaginer aisément, j’ai cent choses nouvelles en tête, et le diffcile n’est pas de penser, le difficile est de faire. »

p.462  » J’ai recommencé à sentir vivement, ces derniers jours, le mal du pays, et peut-être précisément parceque je me trouve fort bien et que je ressens néanmoins l’absence de ce qui m’est le plus cher. »

¤ Avis.

Le Voyage en Italie de Goethe. Le fameux Voyage en Italie de Goethe ! Voilà c’est fait ! Je peux dire « je l’ai lu ». Et entièrement sil-vous-plait !
Autant vous dire qu’il m’aura occupé un bon moment puisque je l’ai commencé début janvier et que nous sommes fin avril (bon d’accord j’ai fais une pause Tolkien, mais pour la petite semaine que ce dernier m’a pris ça ne compte pas).
Certes, il s’agit d’un beau pavé de 614 pages (plus 43 pages de commentaire introductif) écrit tout petit (à vue de nez ça doit être du 10), mais tout de même ! ! Quatre mois pour lire 650 pages…
Oui je sais c’est normal vu que j’ai un peu autre chose à faire que lire (au delà de mon travail, être à Rome pour s’enfermer dans une chambre et lire c’est un blasphème ! même se poser dans un parc. Il y a tellement de choses à faire, à voir que toute une vie n’y suffirait pas, alors bon j’adore lire mais Rome était plus forte), mais quand même. Moi qui avait prévu 7 livres pour 7 mois…il ne me reste plus que trois mois et j’ai encore 4 livres à lire (dont 2 en italien ce qui ne va pas être simple).

Bref, Le Voyage en Italie…. Tout une histoire…

Cela faisait exactement six ans que je voulais le lire. Six ans… déjà… Depuis cette première campagne de fouille à Ostia Antica. Dans le logement de la mission il y avait ce grand drap d’exposition avec cette phrase, issue du Voyage en Italie de Goethe :

 » Nous nous promenons dans les ruines,
Entre des champs […] à peine défrichés […]
Derniers restes de l’Antique Splendeur
Dont ces murs étaient revétus. »

Je suis littéralement tombée amoureuse de cette citation et je m’étais dit que l’ouvrage d’où elle était extraite ne pouvait qu’être un pur délice. Il fallait que je le lise.
Six ans plus tard c’est chose faite.
Au passage dans l’édition que j’ai elle est nettement moins poétique ! pas cool.

Autant vous le dire d’emblée, ce n’est pas une lecture facile, et si vous cherchez un récit de voyage sympa à lire pour voyager vous devriez plutôt allez voir du côté des choses plus contemporaines. Avec le Voyage en Italie, nous sommes dans la fleur de cette littérature de voyage ancienne qui mêle au recit de voyage aussi bien un quotidien parfois rébarbatif que des reflexions de toutes natures. Goethe nous parle d’art en long en large et en travers, mais il ne se contente pas de dire que ce tableau est beau, ces statues sont mal faites, ce peintre avait un beau talent mais peu d’imagination… non il propose de très nombreuses reflexions. Philosophie de l’art, histoire de l’art, tout y passe. Il ne se limite pas seulement à l’art pictural mais parle aussi de musique et de bien d’autres domaines tels la botanique, la biologie, la minéralogie, la géologie, la religion, la sociologie…. Au final le récit de voyage est un pretexte pour nous parler de ça et n’est jamais présenté comme cela. Bien qu’il ait été publié il s’agit de la correspondance de Goethe. Ce sont des lettres, datées, et destinées à certaines personnes en particulier. Certes passages sont vraiment complexes à lire, notamment le passage sur ‘L’imitation formatrice du beau’ où il cite et parle des theorie de Moritz. Est-ce parce que je suis assez fatiguée bien parce que je n’ai pas la culture necessaire ? Toujours est-il que ce passage a été très flou pour moi, même si je suis certaine qu’il est particulièrement intéressant. D’autres en revanche son plus « simples » mis le sujet m’a juste bloqué comme tout ce qui concerne Philippe Neri. En sit c’était vraiment très intéressant, d’autant que ce personnage historique à profondement marqué le panorama romain. Mais voilà. Philippe Neri ça me fait penser à Rousseau (dont Goethe parle à un moment d’ailleurs) et moi Rousseau… ça me file encore des frissons… mais pas de plaisirs.
Du point de vue de la plume et bien qui suis-je pour remettre en cause l’écriture de Goethe ? D’autant que 1 c’est une traduction et 2 malgré certaine difficulté j’ai adoré. Il est évident (et je me sens même stupide de l’écrire) qu’aujourd’hui on n’écrit plus de cette manière. Est-ce dommage ? Dans un sens oui car j’aime vraiment cette beauté qui se dégage d’une telle plume. En même temps… la littérature a changé de dimension aujourd’hui et j’avoue qu’un roman de type « lire et savourer l’histoire sans reflechir (ce que j’aime quand même pas mal) » écrit dans ce style et bien…. il me semble qu’on est tout de même obligé de reflechir…

Je blablate je blablate et avec tout ça mon avis se retrouve un peu déconstruit et brouillon.

Donc le Voyage en Italie de Goethe, 614 pages comme je vous l’ai écrit plus haut, réparties en trois parties à peu de caouètes près égales
– De Carlsbad à Rome.
– Naples et la Sicile.
– Second séjour à Rome.
Le tout entre le 9 septembre 1786 au 14 avril 1788, soit une bonne année et demi, le chanceux pour un beau petit tour. Il ne va pas toutefois se frotter à la côte adriatique, dommage.

Autant vous le dire, la première partie n’est pas celle qui m’a le plus marqué. Déjà parce que ça fait maintenant un bon moment que je l’ai lu et certainement aussi parce que au final il fait beaucoup de choses, visite ou plutôt traverse, une quantité de lieux impressionnante en très peu de temps. Couplé tout cela au fait que je connais assez mal l’Italie du nord et que j’avais donc du mal à visualiser où il était sans me renvoyer à la carte de son voyage à chaque changement de lieu…. Mouais j’ai pas beaucoup beaucoup de souvenir.

Il traverse surtout des petits villages, des coins qui ont l’air bien paumé, mais s’arrête toutefois dans certains lieux bien connu comme Trente et  Verone et passe deux semaines à Venise avant de se diriger sur Bologne, Ferrare et Pérouse avant de rejoindre Rome.
Que de belles villes me direz-vous oui, mais toujours assez rapidement passé sauf Venise où il détaille son séjour et parle notamment assez longuement des touristes. (mais quelle plaie ces bestioles !)
Dans cette partie,comme dans le reste de l’oeuvre, on apprend, comme tout au long de l’ouvrage une quantité de choses sur l’état d’esprit et l’état de la science de l’époque, notamment sur les théories de formations des roches avec toutes ces histoires de théorie neptunienne et de théorie vulcanienne. Bien que celle soutenue par Goethe soit aujourd’hui compltement obselète (comme beaucoup de modernités abordées dans l’ouvrage), j’ai vraiment apprécié cette plongée dans une autre époque, découvrir tout cet aspect du monde scientifique. Je ne saurais trop comme vous l’expliquer mais cela à éveiller en moi des petits soubresauts délectables…
Petite mention également pour cette tentative d’explication sur les heures italiennes qui ne sont pas et ne correspondent pas aux heures allemandes. Alors là je vous je le dis clairement j’ai rien compris. Mais alors strictemnt rien compris malgré ses explications, ses graphiques et ses schémas. CEci dit j’ai trouvé la démarche absolument géniale et fascinante, car oui en Italie les heures ne sont pas les mêmes, enfin si mcaniquement mais les gens ne vivent vraiment pas selon les même heures par exemples sur les repas. Mais de là à en sortir ce que Goethe à fait…. Ahurissant. En lisant ces lignes je me suis imaginé à sa place, ressentant l’exitation de la découverte et l’exaltation de sa mise au propre pour la soumettre à mes amis/confrères.

Ouip c’est sans doute en partie pour cela que j’ai aimé lire ce Voyage en Italie malgré sa longeur et son côté un peu rébarbatif. Il y avait régulièrement, une description, une analyse en profondeur, une extirpation du sentiment de recherche. Peut-être que ça me permettait de retrouver le pourquoi de ce que je fais dans les moments de doutes, retrouver sous la plume de Goethe mes propres émotions…

Bref Si toute cette partie sur le nord de l’Italie m’a tout de même enchantée (n’oublions pas que l’auteur est un poète, un romantique et que les descriptions sont toujours des enchantements), c’est l’arrivée à Rome que j’attendais avec impatience. Rome cette ville qui est la mienne depuis janvier, cette ville coup de coeur… Et bop il ne s’attarde pas vraiment sur la ville en elle-même, va à droite à gauche en excursion hors de la ville, mais ne semble pas s’interesser à la Ville Eternelle. Et d’une manière cela m’a déçu, vraiment. Avec ce passage sur Rome je m’atendais à redoucouvrir, à découvrir cette ville avec comme guide Goethe lui-même. Et bien non.
Ceci dit il donne quelques mentions sur la topographie et l’urbanisme qui sont super intéressantes et qui, même si je sais très bien que Rome au 17ème est très loin de celle du XXIème, m’ont fait bizarre. Comme par exemple la porte du peuple (Porta del Popolo) qui était vraiment à cette époque la porte d’entrée de la ville. Autant vous dire qu’aujourd’hui c’est le centre, et comme j’ai vécu pas loin pendant trois mois cela me faisait vraiment bizarre à chaque fois que je passais dessous.

Et puis là commence la seconde partie. Le séjour à Naples et le tour en Sicile.
J’en ai pris plein les mirettes ! Déjà que j’avais envie de découvrir ses deux terres qui sont l’Italie mais surtout bien plus tant elles sont restées très indépendantes, mais alors maintenant ! purée je resterais plus longtemps en Italie j’y serais bien allée ! Une prochaine fois, pour un prochain séjour c’est sûr !
C’est je pense la partie la plus enchenteresse du Voyage. Les descriptions sont à couper le souffle et il faudrait vraiment que j’arrive à me trouver de reproduction des dessins faits par Kniep, l’artiste qu’il a prit sous son aile et trimballé avec lui au cours de ce périple, recommandé par son ami Tischbein.
J’ai d’autant plus aimé ce partie qu’elle n’est pas dépourvue de quelques petites histoires qui sont quasi digns d’être qualifiées de romanesque comme celle de l’arnaqueur Cagliostro et de sa famille restée . Toute cette historiette, vécue comme une folle aventure par Goethe dont un mystère est a dénouer, commence par une généalogie détaillée avec quelques piques dignes des ragots croustillants. Au final Gothe va jusqu’à allé chez la famille, se fait passer pour un ami du dit Cagliostro pour savoir le fin mot de l’histoire. Bref le très cher Goethe n’a pas un comportement fort honnête et j’avoue que cette facette m’a un peu dérangé. Bien sûr que je ne m’attendais pas à lire la vie d’un saint mais quand même. Du coup quand il s’est retrouvé pris à son piège en étant touché par la douleur de cette famille et bien je me suis dit « bien fait ». Ceci tout au delà du caractère moral cette historiette était très agréable à lire.
Le passage sur la villa du Prince Pallagonia à Palerme est également exquis… quoique vue le mauvais goût dont il est question je ne sais pas si le terme est bien a propos, mais en tout l’impression rendue est totalement suréaliste !
Et je ne parle pas du voyae allé et retour en bateau avec le mal de mer de l’auteur…. Oui cette partie est vraiment celle qui coule le mieux, qui peut-être nous revèle le plus de chose « humainement » sur l’auteur.

La troisième partie est quant à elle totalement centrée sur Rome. Enfin ! Formellement elle se présente de manière assez différente. Chaque mois est coupé en deux avec d’une part les souvenirs de Goethe puis de l’autre la correspondance. Dans les faits de lectures ça ne change pas grand chose puique même les souvenirs sont écrits pour un destinataire.
En terme de contenu, moi qui voulais un guide pour Rome j’ai été servie… pour les fêtes, car il semblerait que monsieur Goethe ne connaisse que le Corso. Ceci dit c’est loin d’être dégeulasse comme coin, mais trop de monde et déjà à son époque. Du coup, j’y repasse pour ma vie guidée de Rome en compagnie de Goethe encore une fois, en revanche belle immersion dans le gotha et le gratin aussi bien intellectuel, qu’artistique qu’aristocratique de cette époque.
Grosse mention coup de coeur pour le Carnaval. Du coup celui que j’ai vécu m’a semblé bien fade tant l’auteur était parvenue à me fair evivre ce moment cléf de la vie romaine.
Egalement un gros coup de coeur qui a rallumé des instincts hippies avec tout le passage sur l’Academie des Arcadiens qui faisait très « Poetes disparus » tout de même (bon ok juste pour le fait de s’assoir dans les jardins de Néron j’aurais adoré).
Même les fan de romance pourront être servis ! Enfin servi est une bien grand mot mais tout de même les quelques pages au sujet de la belle milanaise aborde de ce thème… Comme quoi….

Au final, je n’ai pas trouvé dans cet ouvrage ce que j’y cherchais et la lecture en a été très longue, même laborieuse par moments (voire franchement barbante), mais j’y ai tout de même trouvé du plaisir, que ce soit par les innombrables metions/ descriptions de vestiges archéologiques dans des états de conservation à jamais disparus ou par connaissance sur cette socitété particulière, ce monde des « expat » à Rome à la fin du XVIIIème s.

¤ Conseil

Bien évidement je vous conseille vivement de le lire, car en plus d’être un classique c’est une mine d’or exceptionelle. Ceci dit ce n’est pas la plus simple et et « détente » lecture qu’il soit.

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