E.L. James, 50 nuances de Grey

¤ E. L. James
50 nuances de Grey,
50 nuances de Grey tome 1, 2011
France Loisirs, 2012
Traduction de Denyse Beaulieu

¤ 4ème de couverture

Romantique, libérateur et totalement addictif, ce roman vous obsédera, vous possédera et vous marquera à jamais.
 
Lorsqu’Anastasia Steele, étudiante en littérature, interviewe le richissime jeune chef d’entreprise Christian Grey, elle le trouve très séduisant mais profondément intimidant. Convaincue que leur rencontre a été désastreuse, elle tente de l’oublier – jusqu’à ce qu’il débarque dans le magasin où elle travaille et l’invite à un rendez-vous en tête-à-tête. 

Naïve et innocente, Ana ne se reconnait pas dans son désir pour cet homme. Quand il la prévient de garder ses distances, cela ne fait que raviver son trouble. 

Mais Grey est tourmenté par des démons intérieurs, et consumé par le besoin de tout contrôler. Lorsqu’ils entament une liaison passionnée, Ana découvre ses propres désirs, ainsi que les secrets obscurs que Grey tient à dissimuler aux regards indiscrets…

¤ Avis

50 nuances de Grey…. ouais je sais ce que vous allez me dire, mais j’avais envie de me faire ma propre opinion sur le sujet. Fantastique chef d’œuvre littéraire débordant de sensualité et d’émoustillement, pornographie sur papier pour mégères en mal de sexe, daube sans aucun intérêt? J’ai vraiment tout entendu sur ce roman qui, après lecture de la 4ème de couverture et récolte d’avis d’amis me connaissant plutôt bien, ne m’attirait pas plus que cela entre ces pages. Ayant trouvé les deux premiers tomes à un euro en très bon état lors d’un tour à la caverne d’Ali Baba (cf le Bric à Brac), je me suis dit pourquoi pas et hop dans la musette (bon maintenant reste plus qu’à trouver le troisième en pas cher pour compléter la saga !).

50 nuances ce fut une lecture très rapide. Même pas une petite semaine de lecture bus pour cet ouvrage de 551 pages (26 chapitres)! En même temps, les pages défilaient à une vitesse assez affolante tant c’était facile – trop facile – à lire et je dois bien le dire assez vide.

Donc parlons un peu du premier point : la « qualité » littéraire (avec tout cela peut contenir de subjectif évidement). 50 nuances de Grey n’est pas un roman à plume ceci est un fait on ne va pas palabrer là-dessus pendant des heures (et je vais passer au delà de l’écriture au présent que j’apprécie assez difficilement). L’écriture y est en effet bien trop oralisante pour moi. A chaque mot, phrase, page c’est comme si on entendait l’histoire plus qu’on la lisait… un peu à l’instar des sous-titres dans un film, or si je veux un effet film je vais au cinéma où je me lance un dvd, je n’ouvre pas un roman ! je sais que cela peut paraître élitiste ou je ne sais quoi d’autre, mais lorsque j’ouvre un roman je m’attend à une certaine qualité, à un petit truc intéressant qui m’emmène plus loin que les autres vecteurs de fiction. De plus, aimant la belle langue, la langue bien utilisée, les tournures élégantes, le texte du travail, le Mot, je dois bien dire que 50 nuances ne m’a pas satisfaite. Certes j’ai avalé les pages du roman les unes après les autres, mais concrètement je n’ai pas ressenti ce petit truc au fond de moi, je n’ai pas eu ces moments où en parallèle de l’histoire ça me fait un petit tilt « whooo mais ça c’est juste du délice en lettres… » Trop oralisant et surtout de sacrées tournures bancales, des lourdeurs et des répétitions…. En gros où est le travail du relecteur-correcteur ? Ce qui m’amène à une question : Est-ce que parce que le sujet sera vendeur (parce qu’il fera du bruit, provoquera un débat….) la maison d’édition peut se passer de qualité et donc de faire revoir certains points de sa copie à l’auteur (répétitions, lourdeurs, fautes, tournures bancales, éléments illogiques et incohérents….) ? Pour moi la réponse est évidement non et j’ai l’impression que ce soucis de qualité est de plus en plus l’apanage des petites et moyennes ME. Après tout les derniers livres de grandes structures que j’ai lu m’ont tous laissé avec ce vieux goût moisi du « mais ce livre a-t-il été relu avant d’être tiré ? « 

Bref revenons à nos moutons. Ce sujet reviens assez souvent dans les avis de ce livre, mais je pense qu’il est important encore de le souligner. L’effet « fanfiction« . 50 nuances est à la base une fanfic. Oui pourquoi pas, après tout ce n’est pas moi qui vais critiquer ce phénomène puisque j’en lis pas mal, en ai écrit quelques unes et fais découvrir ce phénomène à deux trois ami-e-s. Or on ne lit pas une fanfic comme on lit un roman et par conséquent on écrit pas non plus les deux de la même manière. Une fanfic reprend au moins un peu d’un univers de base déjà connu par le lectorat avec des personnages qui ont déjà un background tout fait tout prêt dans la tête du lecteur. L’auteur n’a alors « plus qu’à » reborder une nouvelle histoire, une nouvelle aventure. Or dans le cadre d’un roman, les choses sont différentes puisque l’auteur doit tout faire depuis zéro. Voilà sans doute aussi l’explication de ce vide dans 50 nuances. En gommant l’effet fanfiction lorsqu’elle a repris son travail pour la publication, l’auteur à également gommé ce background qui apporte la richesse de l’environnement. Résultat : Un roman où, une fois qu’on a enlevé les deux scènes de sexe par chapitres (toute fanfiction classé M ou équivalent a une bonne rasade de telles scènes) et les monologues interminables d’Ana sur sa capacité ou non à vivre une telle relation, il ne reste plus grand chose !

[NdA : attention ici je tiens à me nuancer moi-même. En effet certaines fanfiction sont particulièrement riches, et délicieusement écrites. Toutefois de là à ce qu’elles rendent ce même effet en étant publié avec modification pour gommer la fanfiction…. je ne sais pas, je ne crois pas. Le succès et le plaisir de la fanfiction réside dans le fait même qu’il s’agisse d’une prolongation, d’une réécriture, d’une œuvre déjà connue. Même si les personnages qu’on retrouve n’ont plus rien à voir avec ceux de l’œuvre d’origine (changement radical de caractères (OOC) ou d’univers (Alternatif) il y a quand même ce petit truc « oui ce n’est pas mon personnage mais c’est quand même lui ». Clairement le succès de ce phénomène tient pour beaucoup de là. En supprimant le référant originel on supprime donc tout un tas d’effets chez le lecteur qui ne sont pas forcément récupérables.]

La romance entre le beau, le grand, le richissime, le sombre Mr Grey et la petite étudiante mignonnette et parfaitement douce, chaste, pure et innocente… est pour mon humble avis complètement abracadabrantesque. Concrètement, autant l’écrire tout de suite, si je n’ai pas su pleinement accrocher c’est en grande partie à cause de ce côté irréaliste et irréel. J’ai nettement plus et plus facilement cru en la potentielle réalité de ma lecture précédente (une histoire de vampires) qu’en celle-ci. Pourquoi ? Et bien tout simplement parce que c’est tout trop. Grey est trop beau, trop riche, trop puissant, trop torturé… un véritable stéréotype de ce genre de personnage… et il en est de même pour Ana. D’ailleurs en parlant d’elle, elle m’a rapidement agacée au plus au point.. non parce que ça joue son effarouchée, mais ça va quand même chercher le loup ! Du coup j’ai tendance à dire que sa violente fessée de la fin, elle se l’a méritait plutôt deux fois qu’une. Et si Christian m’est un chouill’ moins antipathique (ça c’est mon côté il cache un truc donc je veux savoir donc il m’intrigue un peu quand même) il n’en est pas moins que c’est agaçant de le voir débarouler à chaque fois que la miss est en pseudo danger, ivre et autre (tiens tiens tiens pour le coup sur ce point le gommage fanfic n’est pas à 100%, non vraiment ça ne vous rappelle personne qui accourt dès que sa belle est en danger ? – ok dans ce roman-là elle était vraiment en vrai danger mais toute aussi énervante), de clamer en montrant les crocs « elle est à moi et rien qu’à moi » à tout bout de pages. C’est bon on avait compris au bout de 5ème fois en un chapitre !

Les autres personnages ne sont pas moins stéréotypés ou irréels. Hormis peut-être Kate qui semble un peu plus travaillée, les autres sont plus que transparents.

Quand aux descriptions et bien elles sont simples : aseptisées, vides, blanches… ouais comme l’appartement de Grey (qui doit bien être le seul élément décrit). Heureusement que j’ai une bonne imagination pour faire avec les éléments fournis parce qu’ils ne sont pas nombreux. Ok trop de description bride le pouvoir imaginatif du lecteur, mais pas assez fait qu’il est perdu et sans repères. La prochaine fois miss James un peu plus de détails sur l’environnement et un peu moins sur le sexe et les doutes sil-vous-plaît.

Parlons un peu maintenant de ce qui à fait le succès de ce livre. Le sexe ! Et qu’est ce que j’ai pu en lire des conneries à ce propos. Pseudo analyse pyschologique du lectorat, avis soit-disant de spécialiste de la part d’actrices porno qui se permettent de faire des généralités affolantes…. Honnêtement je m’attendais à des trucs vraiment plus violent ! 50 nuances n’est ni pornographique, ni hard, ni même BDSM…. A part la scène de la fessée à la toute fin qui pour le coup est un peu violente, tout le reste c’est du poils de doudou en papillote. Les autres trucs les plus hard qu’ils font ? Quand Christian l’attache avec une cravate en soie ? Quand il l’a menotte et lui bande les yeux ? Whoooo c’est vrai que c’est violent !!! (oui ceci est clairement de l’ironie). Ok il lui demande de l’appeler « monsieur » quand ils « jouent », mais ça s’est du rôle-play. Elle se balade sans petite culotte ? ça s’appelle une aguicheuse…. Je ne suis pas spécialement ni fan ni connaisseuse de la littérature érotique et/ou pornographique, mais 50 nuances ne m’a pas franchement émoustillé sur ce point.

En même temps comme je l’ai déjà écrit plus haut, à raison de plus ou moins deux scènes de sexe intensif par chapitre au bout d’un moment c’est lassant.. et surtout prévisible. Tient elle se mord la lèvre … elle va se faire se choper… elle va se faire tringler (oui à ce niveau là ce n’est plus de la baise)… dans l’ascenseur .. et paf ça ne manque pas. Oh elle lèvre les yeux au ciel… elle va se faire choper… elle va se faire tringler… dans le hangar… et paf bingo. Un schéma plus que répétitif – et pour le coup c’est moi qui me répète – et lassant. Même les animaux en rut sont moins actifs. Ils ont peut être bouffé des céréales lion, mais perso moi ça ne me fait pas fantasmer du tout une telle activité et je ne rentrerais pas plus en avant dans les détails de ma vie intime ici.

Quant à la révulstion pour le soi-disant rabaissement de la femme ? Personnellement je n’y ai pas vu de rabaissement… la minette est pleinement consentante, lui aussi. Ils sont majeurs vaccinnés et font bien ce qu’ils veulent. A partir de là je n’ai rien à dire. Pour moi c’est clair il n’y a pas d’image rabaisssée de la femme. Il faudrait aussi un peu arrêter de prendre les gens pour des ***** et les laissez reflechir par eux-même car il est certain qu’à toujours leur dire ce qu’il faut penser, les moutons vont se multiplier (j’ai rien contre les moutons, dans un pré avec de la laine dessus et qui font bêêêê). Pour moi dire que ce livre va créer toute une génération de femmes soumises aux désirs des hommes et faire reculer les droits de la femme revient à dire que ceux qui écoutent du métal sont des meutriers puissance, que tous les musulmans sont des terroristes et que toutes les blondes sont stupides…

Enfin dernier point à propos de la nouveauté du genre. Hum laissez moi m’étrangler je reviens une fois que j’ai ressuscité ok ? Le marquis de Sade ? Les onze mille verge de Guillaume Apollinaire ? Les infortunes de la Belle au bois dormant de Anne Rice ? Vous voulez du hardcore et bien lisez Apollinaire, au moins il y a un brio avec la plume, une certaine histoire même si complètement loufoque et au moins une diversité dans les scènes (dans mes souvenirs pas une seule fois la même) qui est au moins intéressantes… Sade est un peu plus particulier à lire et je n’ai pas encore lu Les infortunes (faudrait que je me trouve le tome 1 sachant que j’ai le 2 et le 3) mais rien qu’en ouvrant ici et là dans les tomes que j’ai ça m’a suffit pour voir une qualité plus haute. Après je ne compte pas non plus tous les romans avec une bonne dose de sexe ici et là et qui ne font pas du sexe le sujet premier….

Au final, je pourrais encore écrire pendant des pages, reprendre chaque arguments et donné les miens, mais concrètement ce livre ne mérite pas tout le buzz qu’on lui a fait. Il est absolument et parfaitement représentatif de ce vers quoi je ne me serais sans doute jamais tourné si il n’y avait pas eu ce bruit autour du roman, comme quoi d’une certaine manière j’ai joué le même jeu que des milliers de personnes. Je voulais me faire ma propre idée et c’est chose faite. Il n’est pas génial, il n’est pas si pire non plus. Ouais il ne mérite pas tout ce bruit. Je lirais peut être le deux et le trois un jour.. ou pas on verra et comme je bosse dans un cinéma et que je ne paye plus pour voir les films j’irais sans doute le voir par curiosité, voir comment ils vont réussir à adapter ça sans que ce soit un film porno estampillé dimanche soir sur Canal +.

Edit : J’ai vu le film… et bien en fait si vous voulez vous frottez à l’histoire, lisez le bouquin, il n’est pas gégé, mais vraiment il est loin de la catastrophe qu’est le film (concrètement je n’ai jamais vu quelque chose d’aussi mal joué et filmé même dans les films type serie Z).

 
 
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