Ayerdhal, Le chant du Drille

¤ Ayerdhal,
Le chant du Drille, 1992
Ed. Au Diable Vauvert, 2003


¤ 4ème de couverture

Aujourd’hui l’être humain vit 200 ans. Il a depuis longtemps quitté la Terre originelle, essaimé vers des systèmes planétaires lointains, fondé ses colonies et ses lois interstellaires. Aux confins de la fédération Homéocrate, Taheni est une planète vierge et paradisiaque dont l’équilibre écologique est menacé par les installations humaines. Les Drilles, animaux humanoïdes semblables à des lémuriens et doués d’un chant merveilleux, se pressent par milliers aux portes de la ville pour s’y laisser mourir.
Lodève, inspectrice générale des Colonies, est dépêchée pour décrypter cette énigme et enquêter sur les corruptions et complots de la petite société tahenite, qui mettent en cause l’ensemble du système homéocrate.

¤ Avis

Retour à la SF avec Le chant du Drille d’Ayerdhal et première incursion dans l’univers de cet auteur lyonnais que j’avoue plutôt réussie, même si je pense que je suis passée à côté de plusieurs trucs.
Cela faisait déjà un bon moment que le livre, trouvé lors d’une quête dans dans la caverne aux merveilles, traînait dans ma bibliothèque et, à l’approche du salon des Oniriques de Meyzieux où l’auteur sera présent (en même temps Ayerdhal est un peu le parrain du-dit salon donc bon…), je me suis dis « hum pourquoi pas ! Après tout, j’ai comme une envie de SF qui me picouille dans les veines, autant faire d’un pierre trois coups.
Et voilà chose faite : Je me suis remise à la SF, j’ai fait descendre ma PAL d’un livre, et j’ai lu un livre que je me suis fait dédicacer Avant de le faire dédicacer (c’est quand même bien dans cet ordre là).

Le chant du Drille : 358 pages, un prologue, 29 chapitres et un épilogue d’une très belle lecture qui m’a surtout laissé des images et des sensations plus qu’une histoire.

Tout d’abord je dois dire que j’ai eu un peu de mal à appréhender l’univers Homéocrate dans lequel se déroule l’histoire. En effet, étant novice dans l’œuvre de l’auteur j’ai du d’un seul coup digérer une organisation de la société, du monde, très différente qui semble t-il est récurrente et il fait bien le dire je ne suis plus habituée à cela… La gymnastique à donc été un peu rude, mais une fois quelques éléments de base assimilé c’était parti et je pouvais enfin voguer tranquillement vers Taheni.

Je passe mes journées à faire des boites et mettre pleins de choses dedans (vive les typologies!) et comme quoi les déformations professionnelles ont la vie dure, me voilà à vous parler du genre de ce roman. SF indéniablement, mais comme vous allez me dire « oui mais c’est vaste la SF et tout ne se ressemble – heureusement – pas. », je me dois de préciser. Honnêtement je ne sais pas si c’est un genre qui existe vraiment mais JMEF. Donc si je devais classer Le chant du Drille j’aurais tendance à dire que c’est un roman SF en partie contemplatif et réflexif, en partie écologiste avec une touche de policier ma foi pas mal. Ici pas de monde, d’univers, à sauver, juste un écosystème menacé par son plus grand ennemis jamais connu : l’Homme. Ici pas – trop – de canardage dans tous les coins, de courses poursuites en vaisseaux spatiaux mais de l’observation, de la déduction. On oublie également les races extra-terrestre semblables à des limaces géantes ou petits nounours trop choupi, pour n’avoir que quelques espèces assez proches de notre faune « classique ». Par moment j’en ai même presque oublié qu’on était sur une autre planète et aurait pu me situer quelque part sur une zone coloniale du début du XXème s. tant certaines choses se font échos.

L’intrigue, à peine ébauchée dans la quatrième de couverture, ou plutôt devrais-je dire les intrigues sont tellement imbriquées les unes dans les autres, s’entre-infulancent à un tel point, qu’il est délicat de parler d’un point sans mentionner un autre et de faire tout ça sans trop en révéler de l’histoire. Le lecteur n’a pas une minute, un mot à perdre et si il ne veut pas se contenter de rester à sa place (ce que je ne sais pas faire) et attendre que le nœud de l’intrigue soit dénouer, il doit faire fonctionner ses méninges. J’ai littéralement adoré ce petit jeu même si plusieurs je me suis retrouvée à ne rien comprendre des divers implications et devoir attendre que l’auteur veuille bien arrêter de me torturer (oui je suis une lectrice impatiente et, en plus, pour peu que l’auteur me donne tout tout de suite je ne suis pas satisfaite non plus… bref une lectrice chieuse), surtout quand on commence à aborder les questions magouilles politiques. Déjà que ce n’est pas ma tasse de thé dans la réalité… et je pense que je n’aime pas assez l’être humain pour ne pas être radicale dans mes idées de solutions… bref revenons à nos drilles.

Plus que toute les idées mises en premiers plans (magouilles à haut niveaux, implications des petits groupes extrémistes locaux…) il y a une petite chose qui m’a absolument passionné : la question de l’intelligence, du calcul de l’intelligence, de ces notions de «  à partir de quand/quoi peut-on considérer qu’un être est doué d’une intelligence qui fait de lui un être et non plus un animal ? » «  est-ce que parce que le mode de communication, la logique de pensée, la notion même d’être, d’individu et de société (dans leurs acceptions les plus vastes que ce soit société au sens « humain » ou société au sens « harde ou troupeau ») est radicalement différente de la nôtre, l’espèce ne peut être considérée comme intelligente ? » « qu’est ce qui au final fait l’intelligence d’une espèce ? Ses similitude avec nous-même où autre chose ? » . Je vous laisse imaginer toutes les autres questions et réflexions qui peuvent découler de là et notamment qui, par quelques petits éléments ici et là, remettent en cause la position égocentrique de l’Homme dans l’univers. J’ai aimé voir Lodève chercher à comprendre le raisonnement, le mode de pensée, le langage des Drilles, se tromper, penser se tromper, revenir sur ses idées, en avoir de nouvelles complètement opposées à celles d’avant… Peut-être est-ce parce que c’est tout simplement une démarche de recherche et que j’aime ça ? Sans doute d’ailleurs. Ou alors c’est aussi lié au fait que j’adore remettre certains principes de bases en cause, jouer l’avocat du diable et pousser mes réflexions jusqu’au bout du bout quitte à basculer dans des hypothèses qui font généralement peur à ceux avec qui j’ai ses discussions…
L’auteur nous présente plusieurs aspects, idées, sans jamais nous orienter vers une plus que vers l’autre. Au final, il donne des pistes, en choisi une ou plusieurs pour ces personnages, mais parce qu’il nous a présenter d’autres voies, fait de nous d’une certaine manière aussi des personnages.

J’ai été également particulièrement sensible à la question de l’écosystème de Taheni. Je ne suis pas une extrémiste folle furieuse de l’écologie, j’aime passer le looonnngues heures sous l’eau chaude juste parce que c’est bon et je n’ai a peu près que faire de l’idée de manger bio 100% bio et naturel 100% , mais j’ai en horreur le massacre inutile, les détritus dans les rares coins d’herbe de la ville, la sur-exploitation et l’implantation de l’homme absolument partout (oui je vous l’avais déjà dit plus haut ainsi que dans d’autres articles je n’aime pas spécialement mon espèce, vive ma notion de préservation…). Du coup lorsque l’auteur me présente l’état de la question sur la planète j’ai tendance à grincer des dents et vouloir noyer tout le monde ou presque dans les Milles Lacs. Littéralement j’ai été subjugué par les images de la nature de Taheni, notamment cette idée de voûte souterraine faite des racines, d’auto-alimentation de la nature, d’harmonie de symbiose parfaite qu’il y a entre la faune et la flore. C’est juste absolument incroyable et délicieux de voir à quel point tout peut bien fonctionner quand tout est équilibrer. D’une certaine manière une utopie…. et comme bien souvent dans les belles utopies l’homme n’y a pas sa place…. du moins pas avec son comportement classique. Cette nuance est il me semble très importante car tout écologiste que soit Le chant du Drille, il y a quand même cet aspect qui est important. Oui Taheni est absolument parfaite sans l’homme, mais celui-ci pourrait y trouver sa place…. si il se remettait en question et s’adaptait à l’environnement coloniser plutôt que de le plier à sa volonté.

En réfléchissant à ma lecture pour rédiger cet avis, je me rend compte que plein de choses qui ne m’avait pas sauté au yeux au cours de ma lecture se sont en fait malgré tout bien incrustée en moi. Notamment lorsque j’ai tourné la dernière page je m’étais dis que je n’avais pas retrouvé cet aspect combatif, critique, que j’avais pu apprécier dans des lectures SF précédentes comme Le dieu venu du Centaure (bon je prend aussi l’exemple extrême mais ce bouquin est juste génialissime). Et bien en fait si ! Je pense que la tartine ci-dessus (qui n’est que le haut de la chantilly du chocolat viennois) en est la preuve blanc sur noir (à paillettes).

Du coup vous voulez savoir pourquoi j’aime la SF ? Et bien justement pour cet aspect réflexif. J’aime lire pour m’immerger dans un monde, savourer la plume d’un auteur, vivre des aventures par procurations… mais j’aime aussi lire pour réfléchir et j’aime quand un auteur me pousse dans mes réflexions. J’ai un peu l’impression aujourd’hui que c’est devenu « has been » (oui je sais c’est moi qui le suis d’employer de telles expressions), que seule l’histoire est importante et que sa portée n’a plus d’importance mais pas pour moi. Bref je m’égare.. encore.

Au delà de tout ça il y a des éléments plus « fictionnels » qui m’ont profondément marqué…Outre la beauté des descriptions qui leur est relative, la logique des Chants est extraordinaire. Pour moi il s’agit de l’un des éléments qui m’a le plus poussé en avant dans l’histoire. Oui oui j’ai bien dit les chants et non le chant – comme l’indique le titre, pour en savoir plus il faudra lire (lalalalala). Par extension et relation cela m’amène forcement à parler de Vernang… Le personnage principal du roman… absent pendant 332 pages et « présent » sur moins d’une dizaine si l’on excepte les lettres. Lui aussi m’aura tenu en haleine. Tout d’abord parce c’est une de ses lettres qui ouvre le roman (prologue) et que cette lettre à été un véritable coup de cœur. Il n’y a pas quinze mot pour décrire ça. C’est juste magnifique. Le rythme, les images, le vocabulaire, le style… oui un vrai coup de cœur. Puis, il est le nœud de toute l’histoire, l’absent inévitable, ce qui le rend fascinant. Mort, pas mort ? Là est la question…. et surtout qu’est ce que ce fameux Mendrill ? Je me suis faite avoir comme une bleue ! Là encore j’ai craqué… moi quand en plus de tout le reste on me balance jeux de mots, réflexions sur le langage et tout et tout… je « surkiff ». En continuant sur la lancé des petites choses de l’intrigue que j’ai aimé il y aussi ce fait qu’un seul être humain par « lieu » / « clan » de Drilles soit toléré. Chacun des trois personnages à Drilles à sa zone et chacun à vécu à sa manière son lien avec cette espèce. Ce qui m’amène à parler de Elvie personnage de muette par choix oh combien intriguant qui au départ apparaît un peu comme la simplette du coin mais qui se révèle d’une importance plus que capitale et de Promach, sociologue ami de Vernang qui cache bien des choses et sait bien plus que ce qu’il ne veut dire, à tendance à orienter Lodève sur de fausses pistes… j’avoue que ce personnage est l’un de ceux qui m’a le plus intrigué. Je n’arrivais pas à le cerner. Gentils, méchant, entre les deux assurément. Son côté « foutez-moi la paix sale fouineuse » me plaisant tant autant qu’il m’horripilait.

Enfin, parce que bon je tape je tape mais ma thèse n’avance pas, mes autres avis en retard non plus et qu’il est déjà fort avancée dans la matinée et que je suis toujours en pyjama… juste un petit mot sur l’histoire « d’amour » entre Lodève et Jay… Et bien oui car il y a bien une micro dimension « sentimentale » dans Le chant du Drille (outre le passé Lodève/Vernang). Vite expédié avec une bonne petite remise en place du genre « c’est pas que je veux pas, mais là ce n’est pas le bon moment » que j’ai littéralement adoré et encore plus le petit truc de la toute fin… encore mieux !

Un petit et dernier mot également sur la couverture (ça fait longtemps que je n’ai pas parlé de couverture et bouhhh parce que j’aime aussi cet aspect du roman) signée François Bourgeon. Même si elle reflète un passage de l’histoire j’ai adoré le petit côté « couverture kitch SF » ( NdA : ne pas mal prendre cette expression qui pour moi est loin d’être péjorative) avec un paysage particulier – dont les couleurs grises saumon or sont tout à fait superbes –, une femme nue (mais qui se couvre quand même un peu) et les drilles. Il y a également un petit côté B.D, sans doute rendu par le coup de crayon sur les flocons de neige. Bref une couverture qui tape l’oeil, d’autant plus qu’elle est mise en scène, comme encadrée.

Au final, Le chant du Drille m’a ouvert sur une nouvelle SF que je n’avais pas encore testé et que j’ai vraiment aimé découvrir. Réflexif à souhait il a été, pour moi qui ai en horreur les longues scènes de batailles et de pan pan boum boum quelles qu’elles soient, un petit moment de délice où j’en ai pris plein les mirettes et les neurones. Juste un regret, l’avoir lu dans les transports entre deux courses contre la montre (en même temps je vais devoir m’y faire) car du coup je ne me suis pas autant immergée que j’aurais pu.

¤ Conseil

Je ne peux que conseiller ce livre. En revanche je ne suis pas certaine qu’il soit le plus adapté pour débuter avec la SF, mais si comme moi vous aimez reflechir, découvrir et comtempler alors foncez.

 

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