Mathieu Guibé, Dead Time

¤ Mathieu Guibé,
Dead Time, 2014
Elvira Time, saison 1 – intégrale, 2014
Editions du chat noir, coll. Féline.


¤ 4ème de couverture

L’existence des vampires n’est plus un secret pour personne. Alors que le tout Hollywood les décrit comme les amants du siècle, notre bon vieux gouvernement des Etats-Unis a tranché. Chaque rejeton aux dents longues se verra proposer un choix : se référencer auprès des autorités et survivre comme un animal en cage ou rester libre et se faire traquer par des chasseurs de primes rémunérés par l’état. Perso, je préfère la deuxième solution. C’est beaucoup plus lucratif pour mes finances depuis que j’ai hérité de l’entreprise familiale. Le problème, c’est qu’à 17 ans, je suis encore enchainée au lycée et je dois concilier cours de math et exécutions sommaires. D’aucuns diront que j’ai la fâcheuse tendance à ramener plus de boulot au bahut que je ne rapporte de devoirs à la maison. C’est pas faux.

Alors voyez-vous, quand on doit gérer tous ces vampires attirés par le miasme hormonal émanant de mon école et qu’en plus, on s’appelle Elvira, la vie n’est pas simple.

Une ado qui se plaint de son calvaire quotidien ? Rien de neuf à l’horizon, me direz-vous. Mais croyez-moi, je sais garder les pieds sur terre. Ma vie aurait pu être bien pire : j’aurais pu être un de ces monstres et me retrouver du mauvais côté de mon pieu.

¤ Avis

Elvira Time, Saison 01 – Dead Time, ou un « back to my 90’s » fulgurant.

Petit dernier des écrits de Mathieu Guibé (Even dead things feel you love, Quintescence hiemale….), me voici face à un ouvrage pour le moins détonnant quant aux autres livres lus. Ce premier tome des aventures d’Elvira Time est une entreprise nouvelle où l’auteur s’est adonné avec brio à un changement de style et de registre que l’on peut qualifier de 180°. Certes sa plume plus mélancolique, riche d’images parfois poétiques aussi belles que fortes, parfois un peu plus trashes, conserve ma préférence, mais j’ai retrouvé avec Elvira un petit côté « rock&rollo-grande gueule » que j’aime beaucoup et qui a su me convaincre pleinement.

Forcément si je vous dis « héroïne lycéenne tueuse de vampires », vous me répondez par automatisme générationnel (pour peu qu’on soit sensiblement de la même) « Buffy Summers ». Et bingo ! le coté « buffy-like » n’est absolument pas caché et même revendiqué – cf partie « remerciement » à la fin du roman où l’auteur lui-même utilise l’expression. Forcément, c’était déjà marqué des points d’avance avec moi qui fut dans ma lointaine adolescence une fan inconditionnelle de la série TV (collection d’articles de tout ce qui tournait autour de la série, quasi totalité des livres Buffy – il ne me manque que les 5/6 derniers – murs de chambre tapissés de posters, enregistrement des épisodes sur VHS quand je ne pouvais pas les voir…).
Certes, Elvira est sans doute plus incisive, associable et mordante avec son entourage que Buffy, plus naïve et stéréotypé gentille blonde cruchinette par moments, mais on retrouve le même schéma. D’ailleurs, quand on y repense bien l’entourage immédiat de Buffy se fait avec Willow la petite génie informatique et rat de bibliothèque et Alex le « zéro pointé » (pour reprendre un titre d’épisode de la saison 3) gentil, mais sans aptitude particulière. Or si l’on regarde bien les profils de Ludwig et Belinda, on est pas sans trouver quelques similitudes avec un petit surdoué physiquement à la Léonard et intellectuellement à la Sheldon et une nana qui ne fait définitivement pas partie de l’élite « in » du lycée. Voilà, le noyau dur du Scooby-gang façon Guibé est posé. Au passage, puisque j’en suis encore dans la partie « Buffy » je me suis littéralement pliée en deux quand j’ai lu/compris la réécrire du personnage d’Angel…. Mouhaahhaha. Je l’adorais ado, mais lorsque je me suis refaite la série il y a quelques temps, effectivement il m’apparaissait tout de suite moins tout, du coup ce remaniement du personnage permet un certain ré- équilibrage des choses.

Outre ce clin d’œil flagrant, qui à ce point tire plus de l’hommage que du simple clin d’œil, le roman est cafi de références culture pop’ années 80 à 2010, divers et variées. Autant vous dire que je me suis éclatée tout le long. The big bang theory ; la littérature vampirique pour minette avec Twilight et Le journal d’un vampire en tête de liste ; les Tortues Ninja, Batman, Hulk, Superman et j’en passe ; Les Goonies ; le catch américain ; Star-Wars (avec le détournement d’une phrase phare en « côté obscur de la farce ») ; Beetljuice ; Harry Potter ; Highlander, Terminator ; VDM…. Autant de petites choses qui me renvoient dans mon passé.
Parfois elles sont directes et explicitement citées, parfois c’est plus subtil avec un détournement d’expression tout à fait délectable comme le coup de l’Elviramobile ; le titre de l’un des chapitre « Virus et cortex » qui aux vues des autres références et du contexte ne peut pas ne pas être un beau clin d’œil à ce super petit dessin animé qui passait dans son temps sur canal+ en clair le dimanche soir dans ça cartoon ! ; le vampire Jackson, « king of the plop » ; la série « Dentier versus Zombie » que se regardent Elvira et Jericho qui n’est pas sans me faire l’écho du « Triste Monde Tragique » de Daria, la position du grand méchant vampire dans son fauteuil made in position de grand méchant dans son fauteuil qui caresse un chat en riant machiavéliquement après une rotation du-dit fauteuil….
Tout ça c’est également sans compter sur le détournement de certaines images « sacrée » – pardonnez le jeu de mots) de la littérature vampirique/dark romantic avec le coup du Graal qui devient… un verre en plastique pour bière-pong (perso je préfère le birrabifoot mais c’est parce que je suis franchement nulle au bière-pong=> ceci était une remarque estampillée Lulu l’archo, à ne pas garder en mémoire)
Bien évidement j’ai gardé la meilleure référence pour la fin, celle qui m’a achevé : Indiana Jones ! Alors ok je me bat contre cette image que l’on colle aux archéologues, mais il reste néanmoins que c’est un truc fondamental, un tétralogie exceptionnelle (même si …. non promis je ne rentre pas dans le détail). Donc forcément quand l’auteur a sauté sur l’occasion des serpents pour faire ce petit clin d’œil…. Bah oui j’adhère, je valide et plussoie et tenez hop je vais même pleins de petits smiley msn.

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Enfin avec tout ce blabla n’allez pas croire que Dead Time ne résume qu’à un enchaînement de références, ça c’était juste Le point qui m’a le plus accroché. Ce premier tome des aventures d’Elvira est un véritable « teenage adventure book », haletant, qui vous prend dès les premières lignes pour ne vous laissez tranquille qu’à la dernière page. En résulte une lecture qu’on a du mal à lâcher. Pour ma part après avoir compris ça, j’ai fermé le livre, éteint la lumière…. et attendu le lendemain matin où je pouvais glander (comprenez pas de rendez-vous en labo, pas de boulot au ciné ni aucun impératif autre que mon tête à tête avec ma thèse qui toute jalouse qu’elle soit m’a pardonné cet écart) pour me rejeter dedans. Effectivement l’intuition fut la bonne puisque je n’ai pas lâché mon livre jusqu’à avoir englouti le dernier mot, soit toute une grosse matinée lecture. L’écriture de Mathieu Guibé est comme toujours, soignée et précise et incisive, à l’image de son personnage principal, dont il prend la voix, en somme. Nul doute, il parvient sans problème à nous faire visualiser les scènes, quelles qu’elles soient et enchaîne réparties cinglantes, réparties salaces, descriptions gores, jeux de mots plus ou moins vaseux en fonction de l’habilité des personnages. Sur ce point j’aimerais faire deux petites mentions spéciales qui m’ont tout particulièrement fait rire : « coup de pied au cul… coup de pieu au cœur » dont le parallélisme de construction est tout bonnement génial et « aussi viril qu’une pâquerette dans un champ de poireau ». Franchement comment ne pas rire le nez dans son bouquin avec des petites piques de ce genre ?
Pour en rester encore quelques lignes sur l’écriture, j’ai littéralement fondue devant le jeu qu’il y a à quelques endroit sur la forme du récit, ou, comment l’auteur s’amuse à mettre la forme dans le fond, à coup de « rendez-vous au prochain chapitre » ou prise à partie du lecteur peut attentif qu’Elvira renvoi de manière cinglante au premier chapitre. De même que j’ai adoré ce clin d’œil à l’idée d’adaptation de ses aventures en roman qu’Elvira trouve complètement aberrante.

On ne peut, je pense, pas qualifier le personnage d’Elvira d’attachante. Elle n’a pas vraiment cette dimension et correspond plus à ce genre de personnage boute en train qui fait avancer l’action par l’action justement. Toutefois il me fait me nuancer car si en elle-même, elle ne l’est pas foncièrement, dans sa relation avec Jericho elle l’est complètement. Pour le coup l’histoire de ces deux-là m’a totalement chamboulé. Ils sont un peu la séquence émotion suivie de l’histoire. J’ai d’ailleurs particulièrement aimé l’« ambiguité » suggéré par l’auteur au tout début du roman quant à leur relation, la nature de leur rupture et la nature de Jericho. Je met au défi quiconque ne connaissant pas l’histoire, n’ayant pas eu de spoil et tout et tout de me dire honnêtement qu’il ne s’est pas fait avoir lui-aussi, ne serait-ce qu’un quart de seconde !
Sans conteste, Jericho est mon personnage préféré et quand on y repense il est un peu le plus important de l’histoire. Après tout l’intrigue profonde le met, lui, en relief. C’est également à travers lui qu’on a cette amorce d’une autre histoire. Il est celui qui pose le plus de questions, garde le plus de zones flous. Bref pour moi, il est le plus fascinant. Outre sa nature particulière (décidément l’auteur semble avoir quelque chose avec ce type de créature, pas dérangeant, bien au contraire ça change un peu des classiques), j’ai vraiment aimé son caractère qui va tempérer celui d’Elvira. Il y a continuellement une tension très sensible entre eux, on sent qu’il y a des non-dit, des choses pesantes et plus d’une fois leurs « altercations » (comprenez quand Elvira crie sa rage et Jericho joue aux abonnés absents ou est tout simplement posé) m’ont humidifié le coin de l’œil.
Belinda et Ludwig m’ont moins touché et Shinta m’a juste fait complètement halluciné, sans doute à cause de ses tenues, parfaitement bien décrites, absolument pas dark et plus glam qu’autre chose, qui détonnent.

Dernier petit point sur lequel je voudrais revenir : la « mythologie » vampirique et son côté scientifique. Déjà en temps normal j’aime beaucoup cette idée de genèse dans un roman, mais dans Dead Time, l’auteur nous offre une vision assez peu commune. Certes l’idée de l’infection, de la mutation n’est pas nouvelle en-soi, mais le côté très scientifique de l’explication notamment avec le coup de « l’hemovampiris vampiricus » et tout le blabla de Ludwig (surtout le rapprochement avec le serpent) m’a juste ravie. Sans oublier cette idée complètement gore de l’explosion spectaculaire et sanguinotante du vampire (faut-il y voir une référence à la culture cinématographique horror-gore ?)

Petit plus : Le dossier d’illustration signé Elodie Marze à la toute fin qui illustre les héros et certains méchant.

Petit plus 2 : L’épisode de Zombie versus Dentier « synapses inaptes »

Au final, Oui je pense que je peux l’écrire, j’ai vraiment adoré lire Dead Time. C’est frais, ça fait du bien, et une bonne dose d’humour, de second – voire troisième – degré n’a jamais fait de mal, bien au contraire… ne dit-on pas après-tout que rire augmente l’espérance de vie ? Je me suis replongée avec délice dans une culture pop/générationnelle qui est la mienne, retrouvé des choses qui étaient dans un coin de mes souvenirs. À quand la suite ?

¤ Conseil

Bien évidement à consommer sans modération, agrémenter d’un petit Bloody Elvi (jus de tomate et jus de concombre (morceaux de concombres mixés), une pointe de gingembre pour réhausser le tout, deux demi rondelles de citron vert, une rasade de vodka ou d’eau pétillante pour une version plus soft, des glaçons)

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