Morgane Caussarieu, Dans les veines

¤ Morgane Caussarieu,
Dans les veines, 2012
édition Memnos, Dédale, 2012

¤ Quatrième de couverture

La canicule enflamme les nuits bordelaises. Une bande de camés dévaste un supermarché. Et tandis que l?on repêche des cadavres exsangues dans la Garonne, des filles perdues poussent leur dernier soupir sur le son du Bathory, nouveau repaire de la faune nocturne. Chargé d?enquêter sur ces événements, le lieutenant Baron suit la trace de tueurs dégénérés avides de sexe, de drogue et de rock&roll, bien décidés à saigner la cité girondine.Vampires? Le mot, absurde, échauffe les esprits, sans que personne n?ose encore le prononcer.

Et alors que l?investigation piétine, Lily, la propre fille de Baron, s?entiche de l?inquiétant Damian, pensant trouver dans cette passion toxique un remède à son mal-être.
Si Dans les veines ne s?interdit rien, c?est pour mieux revenir à l?essence première du vampire : un être amoral, violent, à l?érotisme déviant. Le récit emprunte au cinéma gore son esthétique de la démesure, et se nourrit de la culture underground.
Il redonne ainsi au mythe son sombre éclat et sa sulfureuse réputation, plus proche des univers de Poppy Z. Brite et d?Anne Rice que des romans de Stephenie Meyer?

¤ Avis

Dans les veines est un achat des Oniriques absolument non programmé, mais à côté duquel je ne pouvais pas passer ! J’avais prévu de découvrir l’auteur avec son mini-roman « Les enfants samedi » dans Black Mambo (achat prévu celui-ci) et puis lors du passage gribouillage auprès de l’auteur, j’ai zieuté ses autres productions et papoté un peu… Le lendemain, je repartais avec Dans les veines et moins de deux semaines plus tard j’étais dedans (oui comme toujours je suis méga à la bourre dans mes avis). Je pense que c’est un record battu pour moi qui ai la détestable habitude de laisser traîner mes petits nouveaux pendant ? trop longtemps pour que ce soit décemment écrit… En même temps, je n’aurais pas pu le laisser plus longtemps sur mes étagères. De une, il semblerait que je me sois faite une mini-période vampirique (Les larmes rouges, Elvira, Dans les veines). De deux, quand on me compare un livre avec du Poppy Z Brite (et du Anne Rice dans une moindre mesure) je suis incapable de résister.

En tout cas, on peut dire que la 4ème de couverture pose le décor ! Dans les veines, c’est sexe, drogue et rock&roll, le tout saupoudré de tortures, incestes et joyeuses perversités. Âmes sensibles, accrochez-vous un peu car l’auteur ne ménagera pas votre joli gentil petit monde. En revanche, si vous êtes un peu plus audacieux et bien que vous dire sinon que… mais que faites-vous encore à lire mes blabla et pourquoi n’êtes-vous pas déjà plongé dans les pages de ce roman mordant ?

Avec cet ouvrage, je retrouve un genre que j’aime tout particulièrement et cela faisait bien longtemps que je m’étais pas envoyé quelques 308 lignes comme ça… Pas besoin d’acide ou de poudre blanche, au tiroir les petites cuillères, les mots de l’auteur suffisent amplement à nous faire décoller pour mieux plonger au c?ur d’une Bordeaux sombre et sanglante aux relents de New Orléans. Morgane Caussarieu, une Poppy Z Brite à la française ? Sur un seul texte c’est assez délicat à dire, mais j’ai quand même bien envie de clamer : Oui, sans ambages ! On y retrouve cette même esthétique en partie liée à la culture « underground », trash, sombre, gothique dans un acception 80’s du terme…. une manière de présenter les choses, de trouver comment faire ressortir le beau dans le sale et le mal, d’évoluer dans les eaux les plus glauques… Bref j’aime ! J’ai beau être une gentille jeune femme qui adore boire sa verveine le soir avec un plaid et son chat, je n’en ai pas moins ce côté plus obscur, plus bordeline, qui affleure de temps en temps et du coup fait la fête lorsqu’il se retrouve avec une telle fiction sous les mirettes.

Il est clair que la plume de l’auteur n’y est pas pour rien. D’une précision chirurgicale et redoutable, elle n’épargne aucun détail et pointe de manière incisive les éléments les plus glauques, les plus durs. Les mots sont justes, pas forcément toujours beaux, mais terriblement bons. Si le vocabulaire est finement recherché pour trouver le terme le plus précis, il n’en ai pas moins qu’il coule tout seul, donnant ainsi à la lecture un côté fluide et vif qui fait défiler les pages les unes à la suite des autres. Qu’importe l’horreur et le dégoût que les scènes peuvent provoquer je suis restée plonger dans le roman, noyer dans l’histoire.
Autre petite chose à propos de la plume que j’ai aimé, mais qui aussi m’a un peu gêné : cette faculté que l’auteur a d’adapter son écriture au caractère du personnage dont elle prend le point de vue. J’ai trouvé cela absolument fascinant. Je ne sais pas si c’est volontaire ou non, mais chapeau en tout cas. En revanche, le revers est qu’en fonction du personnage, j’ai plus ou moins accroché à la langue utilisée comme avec J-F où il me semble que c’est le plus frappant ? et là où j’ai le plus tiqué.

Les références culture pop’, musicales, littéraires ? assez centrées sur l’univers « undergroud » ? sont assez nombreuses et pour une fois je ne vais pas m’amuser à vous les lister. Toutefois, je ne peux pas parler de Dans les veines sans mentionner l’apparition de Nothing. Nothing…. ce bel enfant de Poppy Z Brite. Nothing qui, dans Âmes perdues, passe des heures et heures à regarder les lèvres de Robert Smith peinte en orange fluo en écouter la cassette des Lost Souls… Nothing qui m’a fait vibrer ? pas autant que Zillah si cher à mon c?ur mais quand même… ce Nothing que Morgane Caussarieu revisite d’une manière qui m’a rappelé bien des souvenirs et bien des raisons de mon « retour à la lumière et sortie du monde souterrain ». Le Nothing de l’auteur est un erzartz, un gamin qui a juste repris en pseudo le nom du personnage de la reine de la Nouvelle Orléans pour jouer un rôle dont la portée lui est complètement inconnu et même impensable… J’adore la manière dont il finit… Tellement emblématique de ce qui selon moi gangrène un milieu qui aurait pu me plaire….

Autre élément référence qui m’a littéralement fait devenir folle : Le rat de Lily… Vraiment, au départ j’ai presque cru à ? je ne sais pas, une blague, une hallu… T-Rex… L’un de ces groupes que j’ai dans la peau, qui me coule dans les veines ? pour faire un jeu de mot pourri. T-Rex, Marc Bolan, sa bouille d’ange et sa voix toute douce, ses paillettes, sa musique qui me donne la pèche et me fait rêvasser… Bref ce petit clin d??il au glam si cher à mon c?ur m’a rendu toute chose tout en me tordant le c?ur… D’ailleurs petit message à l’auteur : Pourquoi ? Pourquoi lui avoir fait subir ça ? Non mais c’est pas juste quoi ! parce que moi ça m’a fait pleurer du coup. Oui j’ai pleuré pour T-rex le rat !

Le dernier petit clin dont je vais vous parler en est un qui m’a fait sourire, lui. Il s’agit du titre de l’une des partie du roman : «  Marre de jouer les Renfield pour un Dracula de mes deux ! », aussi bien parce qu’il joue sur les références à Bram Stocker qu’avec des éléments internes au roman. Et puis bon question désacralisation d’une référence oh combien mise sur un piédestal, c’est plutôt bon ! Même très !

Parlons maintenant un peu plus de la teneur mort-vivante de ce roman. Étant une « vampirophile » qui a grandi et façonné son idée du vampire avec ceux d’Anne Rice, Poppy Z. Brite et Buffy contre les vampires, je conçois plus facilement et naturellement un vampire suceur de sang qu’il ne faut pas trop laisser approcher ? tout charismatique et charmant qu’il puisse apparaître ? qu’un vampire vraiment bisounours en mode « pouah le sang humain c’est pas bien ». J’ai aimé retrouver cette école avec Morganne Caussarieu. En soit ça ne me fait strictement rien qu’un auteur remanie totalement le mythe du vampire pour en faire un végétarien, un repenti ou autre truc du même acabit. Après tout, des vampires qui ne vident pas systématiquement tout les mortels qui passent à côté il y en a quelques uns et, globalement, tous ont un peu cette facette à un moment donné de leur histoire, tous ? à quelques rares exceptions près, bien qu’aucune ne me viennent en tête là maintenant tout de suite ? ont cette sorte de fascination pour un mortel qu’ils vont plus ou moins protéger. Toutefois, là où les auteurs pro V-vegan se plantent en général ? selon moi et mon ressenti de ces lectures mignonnettes ? c’est dans le reste de l’histoire avec un fond, une trame globale, vraiment nian-nian qui em…nquiquine le lecteur. Gentil vampire / Méchant vampire… gentil vampire parce qu’il mange des écureuils ou des bambi ? Mouais bah perso je trouve pas ça cool pour les écureuils et les bambi… Méchant vampire parce qu’il boit du sang et tue des humains ? Ouais et alors ? L’homme mange bien du poulet et du saumon, de la salade privant ainsi le lapin de sa nourriture…. on appelle ça la chaîne alimentaire.

Bref, le vampire selon M. Caussarieu fait parti des sanguinaires. Il aime le sang et pas que puisqu’il se délecte de chaque fluide produit par le corps humain… J’ai particulièrement aimé cette idée, notamment celle de boire les larmes. En soit l’image comme ça toute nue, toute crue, est belle et même poétique. Qu’importe ce que cela va donner par la suite pour la proie, qu’importe les intentions du prédateur., il y a cette dimension intrinsèque à l’image et du coup bam ! superbe contraste avec justement la fin de la proie et les intentions du prédateur.

L’histoire nous révèle quatre vampires ? J-F, Seiko, Damian et Gabriel ? tous différents et vivant ensemble comme une petite famille avec le papa, la maman, le grand-frère et le petit dernier.

J-F, punk tout droit sorti des plus grandes légendes punk des années 70, véhicule les clichés sur ce mouvement et synthétise la violence physique qu’il y a dans le bouquin. Personnellement n’ayant jamais follement accroché à cet idéal « anachy in the U.K » et « fuck the world » je n’ai pas vraiment eu d’empathie pour lui. Toutefois il faut lui reconnaître ce qui lui appartient… il est sans doute le plus fascinant de tous les personnages. « Les gentils vampires ça n’existe pas » clame l’auteur sur ses t-shirt et la 4ème de son roman, et bien J-F en est l’expression la plus pure. Quoique… pour un vampire qui n’est pas gentil, la dévotion qu’il a pour les anciens membres de son groupe est touchante… D’ailleurs quand on parle de glauque, de crade et dégueu, ce qu’il reste des « Joker’s face » – le groupe punk qu’ils avaient ensemble dans les années 70 justement ? en est une belle démonstration. L’auteur enchaîne avec brio les petites descriptions de ces lascars, nous entraînant juste au point d’avoir envie de filer se laver tant on a l’impression d’être tout pouilleux. Au passage, puisqu’en suis à parler des « Jocker’s face »... j’adore le nom de ce groupe et la scène du supermarché, avec la vieille (qui a son importance aussi mais si je développe tout ce que j’aurais envie de développer on en a pour trois plombe) et la caissière, mouhahaha…

Gabriel quant à lui répond au schéma de l’enfant-vampire… ce fameux vampire coincé dans un corps immature, pas du tout adapté, en constant conflit avec lui même. Il est certes le bambin, celui a toujours besoin de l’affection, de l’attention de Seiko et surtout de Damian, mais il est surtout le vrai chef de cette petite bande. Bien évidement l’écho de la Claudia ricienne (ou ricéenne?) est là. Pourtant Gabriel va nettement plus loin que le personnage d’Anne Rice. Gabriel… petit blondinet qui semble correspondre fidèlement à son nom ? tout ce qu’il y a de plus angélique…. Et bien on est loin de tout ça ! J’ai littéralement adoré toutes ses perversités, sa cruauté de créature sombre et sa basique méchanceté de petit garçon, de ses « jeux » avec les enfants qu’il croise aux relations qu’il entretient avec Damian et Seiko. Il s’agit selon moi de l’un des personnage les plus haut en couleurs.

Contrairement à Seiko qui m’a laissé indifférente. Certes lorsque le lecteur la rencontre au tout début du roman c’est prometteur et pourtant rapidement, au fil des pages je l’ai trouvé lisse, au point parfois d’avoir pensé qu’elle n’était là que pour faire le ciment entre Gabriel et J-F.

Enfin Damian… Clairement je suis tombé toute droit dans le panneau avec lui. Il est beau, il est charmant et semble pour le coup être un gentil… Et en fait j’ai beau triturer le personnage dans tous les sens je ne vois pas sa méchanceté. Il a ses parts d’ombres, ses perversités, mais en soit dans le coeur du roman il est loin d’être atroce comme peuvent l’être les autres, vampires ou non… Sans doute est-ce parce le lecteur le voit majoritairement à travers le récit de Lily qui est complètement subjugué et, il faut le dire, amoureuse de lui. J’aurais tendance à dire que c’est le plus « humains » de tous, mais là encore je suis biaisé par le regard à travers lequel on le voit.

Qui dit vampires dit évidement humains pour confronter deux mondes et avoir un beau petit choc. Là aussi nous avons une belle collection variée. Première constatation « les gentils vampires ça n’existe pas » oui et bien les vrais gentils humains c’est plutôt rare !

En première ligne : Baron. Super flic qui semble tout ce qu’il de bien. jusqu’à ce qu’on comprenne qu’il abuse de sa fille adolescente sans que ni sa femme ni sa collègue Brune qui se plus-que-doutent de quelque chose ne fassent quoi que se soit.

Du coup le personnage de Brune en prend aussi pour son grade. Elle est flic et quand elle a une liaison avec son collègue marié et père de famille (hum paie ton intégrité) qui lui demande de mettre les petites culottes de sa fille pour s’envoyer en l’air n’allez pas me faire croire qu’elle ne se doute de rien! C’est un personnage que j’ai eu vraiment du mal à saisir et même après ma lecture je ne sais pas trop quoi en penser.

Pour ma part je n’ai pas du tout accroché au personnage de Violaine… plus le genre de fille que j’ai envie de secouer comme un prunier et de fuir que de m’en faire une amie. Autant vous dire que ses propos, ses attitudes, son comportement… tout en elle m’a éc?uré. Du coup l’avoir lu se faire tringler dans des chiottes miteuses puis bouffer… ne m’a strictement fait ni chaud ni froid. Quoique si je suis honnête, je dois avouer avoir ressenti de la satisfaction…

Le personnage de Lily est plus nuancé. J’avoue que j’ai eu beaucoup de mal avec son côté de jeune fille mal dans sa peau aux tendances suicidaires et pourchassée par la minette « in » du bahut. Je sais que c’est une réalité qui existe, mais je ne peux pas m’empêcher de ne pas adhérer. En dehors de ça, le mal être de Lily est tellement intense, tellement authentique que je ne peux pas non plus ne pas être touché. Bref selon les pages et les passages nos rapports ont été différents et ça j’aime. C’est clairement le personnage le plus humain de tous. Elle a ses bons côté et puis ses moments de sale gosse qui mériterait juste une baffe comme celui où elle prend conscience du « pouvoir » qu’elle a sur Damian et en profite stupidement.

Il me resterait encore tant de chose à dire sur Dans les veines et notamment sur son côté sanglant et malsain, mais là je me doute que je les caractères à l’écran brillent tout seuls dans le fin fond de cet article que personne n’ira lire jusqu’au bout (comment ça j’en écrit une tartine?). Je vais donc essayer d’être concise. Oui Dans les veines est blindé de sang, de viscères, de dégobillages, de tortures, d’incestes, de meurtres, de viols et j’en passe… et vous voulez que je vous dise un truc ? Ça passe tout seul ! J’ai particulièrement aimé la violence de la transformation joyeusement décrite à deux reprises, au moins. Peut être que j’aurais aimé un peu plus de développement sur l’origine du vampire et tout le tralala, mais je ne suis pas certaine que ça aurait collé avec l’histoire.

Un dernier petit mot – je vous le jure – sur la couverture absolument superbe… Miam

Au final, Dans les veines est un véritable petit bijou d’horror-gore, trash bien comme il faut, quand il faut, avec une véritable histoire profonde et travaillée. Si certains des personnages ne sont pas mes copains, il n’en reste pas moins qu’ils sont tous équilibrés, ou déséquilibré à vous de voir. Je me suis prise une jolie claque dans les dents et peut le dire :  il n’a peut-être pas gagné le prix Bob Morane, mais ce fut un coup de coeur! Rien à faire quand un tel face à face avec autant de monstres, humains et inhumains, est aussi bien écrit et mené, j’adhère et j’adore.

Publicités
Cet article, publié dans Non classé, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s