Robert Holdstock, Thorn et autres récits

¤ Robert Holdtock,
Thorn et autres récits, 1984, 1995, 2003
Ed. Denoel, coll. Lunes d’encre, 2003
Traduction de Philippe Gindre

Pas de 4ème de couverture

¤ Avis

Je ne sais même plus ni quand ni comment j’ai récupéré ce livre tant il squatte mes étagères depuis longtemps ! Le pourquoi lui en revanche me semble évident : la couverture de Guillaume Sorel n’est pas sans me rappeler le meneur de la Chasse Sauvage, petit mythe chouchou de moi…

Toujours est-il que lors du défi de Pâque de copine Meli je devais trouver quelque chose de court à lire pour finir mon week end, sachant que je travaillais… Pour le coup il n’y a aucun rapport entre ce livre et les thèmes possibles proposés par la miss, si ce n’est me faire plaisir.

Bref Robert Holdstockun grand nom. J’avais adoré lire la Forêt des Mythagos, premier tome du nom, bien avant que je ne démarre cet espace virtuel, et m’attendais donc à prendre mon pied lors de cette petite lecture.

Bingo ! Pas loupé du tout….

Encore une fois j’en prend plein les pupilles, l’imagination, et je déguste chaque ligne, chaque mot.

Thorn et autres récits n’est qu’un tout petit recueil de quatre nouvelles (142 pages au total), mais chacune d’entre elles m’a marqué à sa manière, même si la dernière, Les arbres à charismes, est celle qui a eu le plus d’impact. Je vais donc commencé par vous parler des trois autres : Enfantasme, Le garçon qui franchissait les rapides et Thorn – la nouvelle éponyme.

La nouvelle d’ouverture, Enfantasme, est une superbe ré-écriture de la genèse arthurienne avec l’épisode Pendragon/Ygraine. Les noms ne sont pas les plus connus, mais présentent une proximité telle qu’il n’est pas possible de passer à coté des protagonistes habituels : Uvérian le Dragon, Grainne, Gorlodubnus… Sur ce point on retrouve d’ailleurs un élément phare de monsieur Holdstock et que j’aime tout particulièrement, le travail sur la langue, les formes les plus anciennes de mythes… Autre point – et pourtant vous savez à quel point je peux être particulièrement casse-noisettes là-dessus – j’ai adoré le mélange qu’il a fait entre cette partie de l’épopée arthurienne et l’épisode labyrinthique grec. Pourquoi donc est ce que pour une fois c’est passé ? Et bien tout simplement car l’auteur à juste pris des éléments présents dans l’imaginaire grec antique depuis des époques bien plus ancienne que la culture classique que l’on connaît avec des éléments comme le fameux labyrinthe dont on a des traces dès la culture minoenne (fin du 3ème millénaire avant notre ère – fin du 1er millénaire avant notre ère)

Des quatre nouvelles, c’est très certainement Le garçon qui franchissait les rapides qui m’a le moins marqué. Elle est pourtant très bien, mais face aux autres me semble plus floue. On y retrouve l’histoire d’un garçon – Caylen – moqué et maltraité car considéré comme faible, d’autant plus qu’il est le fils du chef du village. Moqué et maltraité mais aussi et surtout considéré comme bizarre voire possédé car il dit voir des choses là où les autres en voient d’autres, comme ce cours d’eau calme que tous voient comme de terribles rapides et qui marquent une frontière vers des territoires interdits. Un jour, un étranger arrive et s’installe dans une clairière. Bien évidement un groupe de guerrier à sa poursuite arrive et bam notre jeune Caylen se retrouve propulser avec un rôle des plus importants. Oui j’ai spoilé, mais l’intérêt de l’histoire n’est pas dans son récit même selon moi.. Holdstock joue avec les code de la fantasy et surtout pousse le lecteur dans des retranchements de réflexions assez peu développés par les autres auteurs me semble-t-il. J’ai aimé lire le contre-pied de ce à quoi l’on s’attend habituellement dans ce genre.

Thorn explore un autre aspect de la fantasy. Toujours dans un univers celtique au sens large du terme, c’est dans l’opposition et « l’affrontement » entre cultes païens et christianisation que cette nouvelle prend place. Cette fois, nous suivons l’histoire de Thomas, tailleur de pierre qui s’occupe de sculpter des piliers pour une nouvelle église. Or le dieu Thorn, Seigneur du Bois, lui demande de tailler son visage à l’intérieur de la bâtisse sacrée manière d’y avoir la mise mise afin d’éviter que ce soit la nouvelle religion qui l’emporte. En soit il n’y a pas vraiment de parti-pris pour une religion ou une autre dans cette nouvelle – bien que le christianisme ne soit au final pas vraiment présent – ce que j’ai grandement apprécié. Thomas ne se pose d’ailleurs pas vraiment la question, il le fait car le dieu lui a promis une chose qu’il veut en retour. Et puis il y a la déconfiture, la révélation, le choc. Cette partie là est superbement travaillé de la part de l’auteur qui nous fait ressentir toute la puissance d’un paganisme viril et sauvage, que ce soit lorsqu’il voit Thorn chez lui ou quand on a un flash back sur les feux. J’ai également adoré l’aspect presque horrifique de certains passages, notamment quand le visage sculpté prend vie…

Toutefois, c’est la dernière nouvelle du recueil Les arbres à charisme qui est de loin ma préféré. Contrairement aux autres celle-ci se développe de manière épistolaire. L’auteur a su éviter les écueils de ce genre dans un format nouvelle en écrivant des lettres de tailles différentes, ce qui rythme le récit, mais équilibrées. Il ne s’agit nullement d’une correspondance au sens strict du terme car on a seulement les missives du personnage principal Rebecca Knight mais du coup, l’effet est très percutant sur le lecteur puisqu’il a tendance au bout d’un moment à prendre le « tu » de l’adresse des courriers pour lui. D’autant plus qu’il découvre en même temps que le fictif « tu » les éléments de l’histoire. Bien évidement ce qui a principalement fait battre mon petit cœur dans cette nouvelle a été tout l’aspect archéologique et à plus large échelle, scientifique. Certes dans l’histoire il s’agit de botanistes mais leurs recherches les amènent à faire des carottages (échantillonnage du sol via un prélèvement à l’aide d’un long tube) comme peuvent en faire des archéologues (la magie de cette discipline étant qu’au final elle retranche un peu plein d’autres disciplines) pour plus ou moins les mêmes raisons. Bref, j’ai littéralement fondu devant la manière dont Holdstock apportent, usent et expliquent ce point de science qui n’est pas forcement le plus simple à appréhender pour des profanes. Cet aspect est bien visible notamment dans la première lettre où Rebecca explique la carotte strate après strate et ce à quoi elles correspondent jusqu’à en tirer des données sur le paysage aux différentes époques… Autre chose qui m’a fait très plaisir, mais qui m’a aussi broyé le cœur : les pilleurs de sites et autres saloperies de détectoristes ! Honnêtement c’est deux espèces (qui bien souvent sont en faite les mêmes personnes) sont de véritables plaies pour la recherche. Ils ne pensent qu’à leur propre profit et n’hésite pas à détruire une site juste pour trouver une pauvre petite monnaie qu’ils revendront à peine quelques euro…. ça me fout une rage pas possible ce genre de connards… Pourquoi ? Et bien tout simplement parce que quand leur détecteur fait bipbip ils défoncent le sol jusqu’à trouver l’objet et éventre ainsi toute la stratigraphie (logique de succession des couches de sol, dépôts de remblais, fondation, établissement humain…) qui nous permet de dater un site. Holstock a malheureusement sur rendre à la perfection cette réalité et je vous laisse imaginer la reaction que j’ai eu. Au passage j’en profite pour dire qu’en France l’usage de détecteur de métaux sur des zones archéologiques est interdit et que la prospection de loisirs est ultra réglementé et encadré et ne vous donne pas le droit de creuser pour sortir la raison du bipbip, sauf cas très spéciaux des détectoristes de plages. Bref revenons-en à la nouvelle. Elle est peut-être plus à considérer comme SF que Fantasy bien que la couleur reste très Fantasy. Holdstock se plie au thème des modifications génétique et des voyages à travers le temps avec une idée absolument génial. Je me suis éclatée à lire ces bois génétiquement modifiés par de l’ADN humain qui prennent du coup les caractéristiques du donneur (je vous laisse imaginer les effets du bois Madona!) et autant vous dire que lorsque l’intrigue de la nouvelle se dénoue j’étais sur le popotin tellement c’était génial ! (et là je ne spoil pas et vous laisse découvrir)

Au final, un superbe moment passé en compagnie d’un auteur qui me fascine littéralement à chaque fois que j’avale ses lignes. Ce petit recueil se lit très vite et il n’en reste qu’un pur plaisir. Une plume toujours aussi exquise, très scientifique mais pas non incompréhensible qui met en avant le détail de la langue. Ces quatre petites histoires sont très révélatrice de l’univers de l’auteur.

¤ Conseil

A lire bien évidement et si vous hésitez à vous lancer dans du Holdstock, probablement une bonne solution.

 

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