Ambre Dubois, Absinthes & démons

¤ Ambre Dubois,
Absinthes & démons, 2011
Éd. du Riez,coll. Brumes étranges, 2011

¤ 4ème de couverture

« Qui est réellement Lord Nermeryl ? Le diable, comme le laisse sous-entendre la rumeur ? Ou un jeune dandy un peu trop excentrique dont le passe-temps morbide est d’enquêter sur des affaires surnaturelles ?

Au fil des énigmes, en compagnie de sa fidèle compagne, la Corneille, le jeune homme goûte la saveur des âmes des êtres humains, découvrant les travers de l’humanité et y apportant sa propre justice… d’une manière bien singulière… »

¤ Avis

Absinthes et démons d’Ambre Dubois est un ouvrage qui me faisait de l’œil depuis très longtemps. Comme beaucoup j’ai été attirée par la couverture d’Anne Claire Payet, ainsi que par la quatrième de couverture certes plus que succincte mais traduisant un petit quelque chose de mystérieux.

Le passage en Juin dernier aux Imaginales, et notamment au stand des Éditions du Riez, fut le moment où jamais de me le procurer (d’autant qu’il y avait une réduction et comme je suis toujours fauchée c’est toujours bon pour ma musette – moins pour les étagères qui croulenpissent entassées dans un coin chez mes parents puisque j’ai déménagé à Rome, encore). L’opération « Un mois, une maison, un achat » lancée par Vision Livre sur Facebook, fut quant à elle l’occasion de le lire (bon je devais écrire cet avis avant fin septembre mais mon mois de septembre a été quelque peu …. ouais bref une zone de combats) puisque la première maison sélectionnée était justement celle des Éditions du Riez.

Autant vous le dire tout de suite, il s’agit d’une maison que je connais assez peu, malgré leur catalogue lourd de titres divers et variés qui me font envie à chaque fois. En revanche, ce n’est pas ma première rencontre avec l’auteur puisque j’ai déjà eu l’occasion de la lire à travers sa nouvelle La chorale du temps publiée dans l’anthologie Le lamento des ombres aux Éditions du Chat Noir.

Revenons-en tout de fois à notre intéressé : Absinthes et démons…. Dire que je n’ai pas aimé serait mentir. J’ai passé d’agréables moments en compagnie de Lord Nermeyl et de sa Corneille, pourtant, dire que j’ai aimé est assurément trop fort et biaisé. Oui, une lecture vraiment mitigée qui me laisse avec un amer goût dans la bouche.

Deux éléments en ligne de mire quant à cette faible appréciation : La forme et les stéréotypes enchaînés.

Commençons par la forme. Lorsque j’ai lu la quatrième de couverture, rien ne me laissait présager un recueil de nouvelles. Je n’ai rien contre ce format, bien au contraire, mais je ne m’y attendais juste pas. Par conséquent, lorsque je suis arrivée à la fin du premier chapitre et que je me suis rendue compte qu’il ne s’agissait pas d’un chapitre 1 mais d’une nouvelle j’ai un peu tiqué. En effet, la lecture de la quatrième de couverture laisse présager une certaine intrigue en profondeur (notamment la question de l’identité de Nermeryl), or sur la fin de la première nouvelle j’ai eu du mal à voir comment l’auteur allait réussir à faire ça sur un tel format. Et effectivement, hormis les deux dernières nouvelles qui présentent un véritable lien entre elles et développent un peu Lord Nermeryl, toutes les autres nouvelles de l’ouvrage sont interchangeables et présentent les mêmes éléments sur le personnage. Il n’y a pas vraiment de fil conducteur, on saute d’une histoire à l’autre comme on tourne la page. Cette absence m’a vraiment gêné pour accrocher. Il y a comme une impression de recommencer à zéro à chaque nouvelle et à la longue c’est assez désagréable car on sent bien qu’il y a quelque chose de plus, que l’auteur nous cache des éléments de la vie de Lord Nermeryl. Malheureusement, si le but était de créer du suspens, je n’ai ressenti qu’une impression de juxtaposition de textes n’ayant pour seul dénominateur commun que la présence du personnage de Nermeryl en lui-même et de sa Corneille. Là où le recueil pèche encore plus selon moi, est justement au moment de ces deux dernière nouvelles qui pour le coup se suivent. Après les précédentes déconnectées entre-elles, cela renvoi une impression de quelque chose de bâclée, comme si l’auteur s’était souvenu au dernier moment qu’elle devait parler de l’histoire du Lord, du pourquoi de tout ce mystère, de sa condition, de ce fameux Maître et de sa libération. C’est vraiment dommage car dans ces deux nouvelles on sent bien qu’il y a du potentiel, que les idées sont là… ce sont celles que j’ai d’ailleurs le plus aimé car ce sont celles dans lesquelles je suis le plus entrée. En définitive sur ce point du format, j’aurais vraiment aimé que la trame globale de Nermeryl soit développée tout au long du recueil, qu’à chaque histoire on grappille un peu de son identité, de son histoire.

Seul point positif à cette faiblesse (car oui tout n’est pas non plus tout noir) : j’ai lu ce recueil dans un contexte assez particulier : en colloque à l’étranger, avec des journées très chargées. Je ne pouvais m’accorder que quelques instants le soir avant de dormir pour lire. Du coup, les textes sans connexions entre eux, le fait que je n’ai pas eu besoin de me souvenir d’un détail mentionné 30 pages plus haut, celui de n’avoir du fournir aucun effort de mémoire, passaient « bien ». Je me lisais hop hop hop ma petite histoire et hop hop hop j’éteignais et m’endormais.

Autre point négatif mentionné (et qui va rejoindre le premier sur certains arguments) : les stéréotypes. Ok le personnage de Lord Nermeryl est charismatique, beau et tout ce que vous voulez mais stop ! Non vraiment trop c’est trop et Lord Nermeryl est trop. C’est le stéréotype, l’archétype du dandy que je qualifie généralement de « faux-dandy » (ce truc dont on a récupéré aujourd’hui qu’une image sortie de son contexte et qu’on a lissé au possible). Ok généralement, comme je suis une stupide stupide idiote, ce genre de mec à tendance à faire s’effeuiller mon artichaut de cœur débile, mais ce n’est pas une raison pour en mettre autant de tartine. De ma lecture, j’aurais retenu trois choses de Lord Nermeryl : 1) il est beau, 2) c’est un amant hors-pair et 3) toutes les femmes et pas que tombent à ses pieds en un claquement de doigts. Mouais…. j’aurais préféré entrer un peu plus dans le personnage, le connaître, apprendre à l’apprécier à travers ses pensées, ses rêves, ses désirs – autres que purement basiques – ses peurs et ses angoisses… et on retombe sur ce que j’ai écris à propos du format… à développer avec un tel format (d’autant que les nouvelles sont assez courtes) c’est compliqué, surtout quand à chaque texte il n’y a pas d’avancé.

Bref suite, le stéréotype de ce recueil est également dans la forme. On a toujours le même schéma et c’est pareil au bout d’un moment c’est lassant.
– Quelqu’un reçoit la carte de Nermeryl
– Il répond à l’appel
– Il pose quelques questions, envoie sa Corneille chercher des réponses, s’envoie en l’air
– La Corneille revient
– Lord Nermeryl résout l’affaire on ne sait jamais trop comment et s’en va

Je suis sans doute la connasse trop exigeante, mais j’aime quand l’auteur me torture, me fait réfléchir, me souvenir d’un truc écrit 30 pages plus haut, du coup je ne peux que rester sur ma faim quand Nermeryl trouve sans que le lecteur n’ait jamais aucun indice pour qu’il trouve tout seul.

Autre stéréotype : le physique de Nermeryl. J’ai déjà indiqué qu’il était beau (forcément) et forcément il est brun, les cheveux longs, boit de l’absinthe et a une corneille de compagnie ! Bienvenue dans la vision dandy gothique du XIXème siècle vu à travers des yeux de XX/XXIème siècle. Je ne veux pas être méchante, vraiment, mais même les vampires ne sont pas aussi stéréotypé aujourd’hui ! Alors oui l’auteur développe une esthétique, et elle l’a développe très bien puisque tout est très visuel et visuel comme je l’apprécie dans un roman – c’est à dire suffisamment précis pour dessiner le monde mais suffisamment libre que je me fasse mes propres images (enfin presque à chaque fois) – mais trop c’est trop. Attention je n’ai rien contre cette esthétique fantasmée, elle fait partie des choses que j’aime, mais savamment dosée, en choisissant des éléments et non en bombant tout de cette texture particulière.

Venons-en au positif – car oui il y a quand même du positif, tout n’est pas aussi noir que laisse le présager le début de cet avis. Cela tient en bien peu de chose mais sauve toutefois l’ouvrage à mes yeux. Même si le schéma de base est toujours le même, il y a une certaine richesse et diversité dans les histoires que doit affronter Lord Nermeryl. L’orgue hanté, les fées, le fantôme de l’amant, la reine de l’hiver…. L’auteur va piocher un peu de partout, dans les différents substrats que nous possédons. Elle se sert allégrement des musettes païennes et chrétiennes et fait sa petite cuisine… et ça fonctionne… Aucun soucis d’avoir un récit purement féerique avec une logique complètement issue des contradictions liées au petit peuple et le diable, dieu et le tralala dans tout ça. Bien évidement je vais regretter les petits détails qui ne sont pas et auraient pu être développés comme le pourquoi l’organiste/croque mort car à mon sens la seule mention de la peur et de la différence ne suffit pas à créer une empathie pour le personnage (retour de la connasse exigeante, oui je veux plus, tout, entrer dans la vie même des personnages).

Enfin, si j’ai eu beaucoup de mal avec Lord Nermeryl, j’ai vraiment eu un coup de cœur pour le personnage de la Corneille. Dès sa première apparition. J’ai vraiment aimé le fait qu’elle parle. Je trouve que ça détonne avec le reste du monde décrit par l’auteur et ça donne un petit côté fantasmagorique qui a su me séduire. Sans parler de la fin qui pour le coup m’a tiré des larmichettes…

Au final, Absinthes et démons fut loin d’être un coup de cœur. Il a de très nombreux défauts et de sérieuses lacunes mais j’ai passé quand même un bon moment grâce à deux trois petites choses et ne regrette en rien cette lecture.

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