Sire Cédric, Le jeu de l’ombre

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¤ Sire Cédric,
Le jeu de l’ombre, 2011
Pocket, thriller, 2012

¤ 4ème de couverture

Mais que pouvait bien chercher Malko Swann cette nuit-là ? Une overdose d’adrénaline, la sensation ultime, le sentiment de liberté ?
Pourquoi roulait-il aussi vite en pleine nuit sur une route de campagne étroite et sinueuse jusqu’à faire une chute de trente mètres en bas du pont du Diable ?
Atteint d’un traumatisme inexplicable, le musicien est désormais incapable d’entendre la musique. Mais il ne s’agit que du début de sa déchéance. Dans l’ombre, quelqu’un l’observe… quelqu’un qui veut jouer avec lui. Un jeu au goût de sang… Il s’engage alors dans un combat désespéré.

¤ Avis

Le jeu de l’ombre de Sire Cédric… mon troisième roman de l’auteur si je ne m’abuse et une confirmation. En effet, je me souviens bien avoir très peu apprécié Angemort – premier lu – que j’avais trouvé trop cliché et peu novateur. En revanche, quelques mois plus tard je lisais De fièvre et de sang et là j’avais adoré. C’était plus fin, plus subtile, jouant sur les codes « dark » sans tomber dans les clichés… bref tout ce que n’était pas Angemort selon moi et plus ou moins tout ce qui avait fait que je ne l’avais pas aimé. Entre-temps, l’auteur avait radicalement changé de style, passant de l’horreur au thriller et purée qu’est ce qu’il a eu raison !

Bref en ouvrant ce troisième roman je me suis dit que d’une manière c’est un peu celui qui trancherait la question, comme la belle après un jeu et une revanche à un partout….

Donc Le jeu de l’ombre… pourquoi ? Parce que Sire Cédric était présent au salon Fantasy en Beaujolais mi-novembre, parce que je l’avais dans ma bibliothèque non grabouillée et ai donc profité de la présence de l’auteur pour remédier à ça, parce que du coup il était sorti de ma bibliothèque, parce qu’ensuite je n’étais pas chez moi (pour changer) et n’avais que lui et trois autres livres (achats de salon) pour me détendre en lecture, parce que je n’avais pas envie de lire l’un des autres (registre fantastique et même si j’aime et j’adore j’avais envie de changer un peu pour ne pas saturer)…Bref l’important est que j’ai lu Le jeu de l’ombre… et je l’ai lu rapidement ! En moins de deux jours c’était bouclé !

Il s’agit pourtant d’un beau petit pavé de quelque 596 pages, certes en format poche, mais quand même… D’autant que je n’ai quand même pas fait que ça… Au-delà du pur plaisir d’avoir pu lire un livre quasi d’une traite sans me culpabiliser (bah oui je n’étais pas chez moi, n’avais pas tout ce qu’il me fallait pour bosser sur mon ordi et le labo était fermé/inaccessible… et ne plus il faisait froid dehors), j’ai apprécié la facilité avec laquelle Sire Cédric a su me plonger dans son histoire.

En-soi, son écriture n’est pas un coup de cœur particulier mais qu’importe car elle fonctionne. Elle est simple, efficace et pour entrer dans l’histoire à fond ça me suffit. Je sais que je fais souvent tout un pataquès sur le style et la plume des auteurs car selon moi c’est un point très important, mais je tiens à préciser une petite chose : Oui j’aime et j’adore lire des plumes particulières, qui font sonner les mots, les font résonner, les travaillent d’une manière différente, subtile, raffinée et oui j’aime quand il y a une recherche sur le mot et la forme mais ça ne fait pas tout et je sais aussi apprécier des plumes plus simples, du moment que ça fasse « tilt » quelque part en moi et que ça fonctionne. Celle de Sire Cédric coule toute seule et fait de ses romans de véritables « page-turner », pour reprendre cette expression qui semble à la mode sur la toile littéraire.

Il y a toutefois une chose qui m’a pas mal dérangé pendant un moment (bon j’ai aussi mis un moment avant de le remarquer)… Le changement de temps du récit ! En effet, selon les chapitres, on se retrouve avec une narration au passé ou au présent. Autant vous dire que ça c’est très, mais alors très mal passé quand je l’ai remarqué. Je continue à le dire, l’écrire et le penser je n’aime pas les récits au présent. C’est une pratique qui me pose beaucoup de difficulté pour entrer et surtout rester dans une histoire. Pourquoi ? je ne sais pas, mais toujours est-il que c’est un phénomène que j’ai pas mal remarqué ces derniers temps (sans doute un truc de sensibilité personnel ou de conditionnement…). Alors quand en plus l’auteur s’amuse à changer son temps de récit comme ça, sans que ce soit lié à une chronologie des événements… aie aie aie… Et puis bon au bout d’un moment, à force de grogner à chaque changement, je me suis quand même mise à réfléchir un peu. Sire Cédric n’est pas un amateur et ça me paraissait donc bizarre qu’il change comme ça de temps du récit…. Alors je me suis amusée un peu et j’ai repris rapidement le livre depuis le début, chapitre par chapitre, pour voir si je n’étais pas passé à côté de quelque chose et là…. Whoooooooow mais c’était génial comme idée… perturbante parce que bon j’ai bien failli passer à côté et que ça aurait pu me coûter l’appréciation du roman, mais whoooowwwww c’était génial… et brillant…. Bon ok je n’ai pas encore compris le pourquoi cette utilisation du présent dans un cas et du passé dans l’autre (et je ne vous en dirais pas plus pour ne pas trop spolier cet aspect formel mais amusez-vous vous aussi et si vous avez des idées ou si monsieur l’auteur vous passez par ici, n’hésitez pas à me dire pourquoi!), mais j’aime. Juste j’aime. Maintenant, il faut que je me souvienne de ce point pour ma prochaine rencontre avec Sire Cédric et lui poser la question parce que bon ça me titille….

Si l’on se concentre sur le fond j’ai été agréablement surprise par l’histoire en elle-même, bien que je ne sois pas forcément folle des thrillers. Je n’aime pas spécialement me faire peur, m’angoisser et tout et tout et tout quand je lis (pour ça, je me débrouille très bien tous les jours) et les enquêtes policières ne sont pas vraiment non plus ma tasse de thé. Pourtant j’ai lu quasiment d’une traite Le jeu de l’ombre. Sans doute car aucune des caractéristiques cités que je n’aime pas trop n’est trop développé. En résulte un roman équilibré selon moi, mais un peu entre plusieurs eaux. Pour le coup je ne vais pas m’en plaindre parce que ça m’a plu.

On compare souvent Sire Cédric à un Stephen King français et en fait je ne sais pas si c’est une bonne comparaison. J’adore King et ai lu une bonne partie de sa bibliographie plus jeune (oui oui je sais ce que j’ai écrit quelques lignes plus haut sur le fait de me faire peur mais je dois être maso quelque part. En même temps ça doit faire 10 ans que je n’ai pas ouvert un de ses bouquins et les gens changent en 10 ans bref autre discours/digression/je m’arrête là) et je n’ai pas retrouvé dans La peur de l’ombre ce petit truc que je trouvais chez King. Le rapport au surnaturel n’est pas aussi poussé. C’est peut être plus vrai dans d’autres romans que je n’ai pas lu, mais en tout cas pas dans La peur de l’ombre et du coup ça m’a manqué. Dans ce roman, il est à la fois fondamental et secondaire. Fondamental parce toute l’histoire de Melko s’y rattache, mais secondaire par rapport à tout le reste, et peut être trop secondaire. Au final, il y a des moments où ce surnaturel, pourtant réel, vrai, passe presque comme si c’était juste un délire ou la folie de Melko. J’aurais peut être aimé un peu plus de franchise là-dedans, surtout avec la fin.

Pour le coup j’ai été déçu du dénouement dénouement. Il est trop rapide selon moi et un chouill’ trop facile. Le premier réflexe que j’ai eu a été de penser « Nié ? Ça se fini comme ça ? ». Un peu le même genre de réaction que j’ai eu à la fin de Dracula avec la mort du comte – « Nié ? Tout ça pour ça ? ».

En revanche toutes les intrigues, les petits bouts de choses révélées au compte goutte ici ou là, dans les passages Vauvert ou dans les passages Melko m’ont énormément plu. En fait Sire Cédric a su m’attirer dans les filets policiers sans que je m’en rende compte. Ce n’est pas tant la chasse au méchant ou même son identité qui m’a passionné, bien que ce fut rondement mené et que je me suis fait avoir presque jusque sur toute la ligne (presque parce que bon il y a quand même deux trois petites choses que j’ai su débusquer – oui oui je suis en train de sourire de fierté comme une gamine qui a trouvé les œufs de Pâques planqués dans le jardin). Ça c’était cool à lire, mais là où je me suis vraiment éclatée c’est quand j’ai commencé à chercher les liens entre les deux histoires qui semblaient pourtant hermétiques l’une à l’autre, ça a été d’essayer de trouver comment l’auteur allait faire pour faire coller une histoire fantastique de Pont du Diable avec son enquête policière tout ce qu’il y a de plus carthésienne…

J’ai également apprécié deux petites choses qui peuvent paraître anodine.

1- Le fait que l’histoire se passe en France et surtout le fait que l’auteur fasse évoluer ses personnages dans des géographies et des sphères qu’il connaît et maîtrise. Je n’ai eu aucun mal à croire au fait que l’histoire se passe dans les patelins du sud avec les descriptions adaptées que nous fourni l’auteur.

2 – Tout l’univers musical et notamment le passage où Melko entend des sons et qu’il les cale sur les notes. J’ai eu vraiment le sentiment à ce moment là d’entendre ma lecture.

Au final, il y a plein de choses dont je n’ai pas parlé, mais comme j’ai envie de faire des avis plus courts (et plus lisibles donc pour vois) je vais m’arrêter là. Je dirais juste rapidement que les personnages sont assez bien développés et équilibrés et ne tombent dans le cliché que lorsque c’est voulu et clairement voulu (et généralement sur des aspects clichés plus que un personnage entièrement cliché). Le jeu de l’ombre a été une très agréable lecture. Je ne sais pas si elle me restera longtemps en tête mais en tout cas elle m’a permis de trancher ma question en suspend après ma lecture des deux premiers et il est clair que je continuerais dans ma découverte de l’auteur. J’ai d’ailleurs encore quelques ouvrages dans la bibliothèque qui n’attendent que ça. Bref ce fut donc une belle et bonne lecture d’un ouvrage de qualité, malgré quelques mini couacs coquilles à des moments (très rares), de la part d’un auteur qu’il n’est plus besoin de présenter et qui a su évoluer vers un style, un registre qui lui va comme un gant.

¤ Conseil

A lire. Si vous aimez le thriller, le policier, le fantastique léger, ou tout simplement passer un bon moment avec un livre.

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