Nicolas Le Breton, Les âmes envolées, Pax germanica T.1

¤ Nicolas Le Breton,
Les âmes envolées, 2014
Pax Germanica, tome 1,
Les moutons électriques, Bibliothèque voltaïque, 2014.

292

¤ 4ème de couverture

L’automobile n’a jamais été inventée. On parcourt le monde en ballons, dirigeables et autres aérostats. En cette année 1912 monsieur Louis Lépine, préfet de Seine et père du célèbre concours, s’embarque dans une drôle d’affaire. Des morts qui s’animent et enlèvent de belles dames et de savants messieurs (ou l’inverse). Des moteurs étranges qui soufflent le feu et le froid. Des automates fous et des mécaniques hantées. Une conspiration qui éclaire sinistrement les enjeux secrets de la Première Guerre mondiale.

Dans une course de Paris aux Indes, de l’Himalaya aux champs de bataille d’Ypres, un roman échevelé, qui swingue comme les premières notes d’un jazz endiablé, qui gigue comme le pont du dirigeable dans la tempête, qui siffle de vapeur sous pression et chauffe comme une section de cuivres bien lubrifiée.

¤ Avis

Généralement quand un ami me conseille un livre j’ai tendance à foncer tout droit entre ses pages pour m’en délecter puisque mes amis en bons amis connaissent mes goûts et savent bien ce qui peut me titiller les mirettes, le bout des doigts, l’imagination et tout ce qui sert à lire. Aussi quand Laurent (et oui pour une fois ce n’est pas ma chère Méli ^^) m’a proposé je ne sais plus trop quand il y a fort longtemps maintenant d’aller avec lui à une séance de dédicace de l’auteur, Nicolas le Breton, à la librairie Temps-Livre (petite boutique hors du temps en plein centre de Lyon) parce qu’il avait adoré le livre, je me suis dit, en voyant l’engouement de mon ami, que ce serait sympa. Effectivement, ce fut non seulement sympa mais aussi fort instructif. Je ne sais honnêtement plus combien de temps nous sommes restés dans cette petite librairie à parler (enfin surtout l’auteur et mon ami. Moi, j’écoutais surtout puisque je n’y connais pas grand chose en steampunk – oui, oui même si j’ai publié une nouvelle dans ce genre et assisté à plusieurs conférences et discussions sur le thème mes connaissances dans le domaine restent très superficielles, mais je m’égare). Toujours est-il qu’au fur et à mesure de la conversation, je me suis rendue compte qu’il fallait que je lise ce livre. C’est pas que mais ça avait l’air ‘achement bien’, l’auteur et mon ami ayant réussi à me tenter….
Tentation à laquelle j’ai cédé quelques temps plus tard aux Oniriques de Meyzieu quand, recroisant l’auteur et mon ami, je me suis laissée aller à la folie de prendre un exemplaire. Quelques beaux coups de tampons dédicatoires et surtout mois plus tard, je me décidai à l’ouvrir.
Pour la petite anecdote il s’agit du dernier livre que j’ai lu en France avec de revenir m’installer à Rome, où, au regard du peu de place dans les valises (et du peu de temps dont je dispose), je n’ai pris que quatre petits poches, snifouille – mabibliothèquememanque –

Premier point : l’objet en lui-même. Je suis folle des livres, en tant qu’objets, c’est un fait. Et les livres des Moutons électriques, surtout ceux de leur collection Bibliothèque voltaïque, sont tout simplement superbes. Il n’y a pas d’autres mots. Couvertures rigides avec rabats et tout et tout, belles illustrations en première (dans le cas présent signée par Melchior Ascaride, que je trouve tout à fait à l’image du roman avec des rouages, des dirigeables et des montages pour embaumer les alentours de l’enivrant parfum de l’aventure au goût de cuivre) et même parfois dans le texte, beau papier de qualité… bref un livre qu’il fait plaisir d’avoir dans sa bibliothèque !

Les âmes envolées n’échappe pas à la règle. Tenir ce livre à la lecture était un régal (le manipuler dans les transports moins mais bon les prenant assez peu au moment de ma lecture je ne fais pas en faire tout un foin, juste deux lignes) et une édition de ce type me semble être tout bonnement parfaite au regard du contenu. Un livre pour une histoire et une histoire pour un livre qui fleurent bon le retro.

Les âmes envolées, premier tome de Pax Germanica, dont le second opus Les cœurs enchaînés est en préparation mais dont vous pouvez dors et déjà trouver quelques informations ici, est un beau bébé de quelques 321 pages que j’ai lu, ma foi, plutôt rapidement si l’on considère le peu de temps que je peux désormais accorder à ce petit plaisir coupable.

Nicolas le Breton possède une plume pour le moins efficace et soignée et, si au départ j’ai eu du mal à entrer dans son style particulier, je ne m’en suis pas moins laissée happer par sa machinerie narrative. Je ne saurais pas trop expliquer ni le pourquoi ni le comment de cette difficulté car lorsque j’ai relu certains passages au hasard, tout coulait. Son phrasé colle délicieusement à l’époque mise en scène et la justesse et la précision de ses mots recherchés est très fine. Pourtant, quelque chose jouait mal et ça me désolais car je voyais bien que je tenais là quelque chose de bon.
Le temps que je m’accordais en ce début de lecture était-il alors trop court ? Quelques pages et minutes supplémentaires auraient-elles permis d’éviter cet écueil initial ? Sans doute. Peut-être…
Nul doute que l’effet « présent de l’indicatif » y est également pour beaucoup car, même si je m’habitue de plus en plus à cet usage, il n’en reste pas moins que j’ai toujours du mal à accrocher et entrer dans un récit écrit ainsi (pourquoi comment, un jour je me pencherais sur la question mais j’ai trop d’avis en retard et de projets en retard -lapinquandtunoustiens- pour le faire maintenant).

On regrette également (surtout) les coquilles qui se baladent un peu trop librement dans le texte. Relecture, relecture, dediou! Qu’elle soit de l’auteur, ses « bétas » si il en possède, et/ou du comité éditorial (l’idéal étant bien entendu une relecture de la part de ses trois acteurs). Aux vues de mes piètres performances orthographiques je suis assez mal placée pour faire ce genre de remarques, mais quand même. Si même moi je les vois c’est qu’elles auraient pu être facilement rectifiées et, venant d’un ouvrage des Moutons électriques, maison connue et reconnue pour sa qualité, ça me déçois un chouill’ quand même.

Dans ce premier volet, nous suivons les aventures de Louis Lépine – oui, oui le fameux du concours – préfet de police à la retraite (67 balais au moment de l’histoire) qui se voit embarquer dans une affaire bien au-delà d’une simple histoire de malfrats enfin coincés. Mais alors bien, bien, bien au-delà…

Je vais être assez directe, j’ai rapidement pris en grippe (bon c’est un peu exagéré, mais pas loin) le personnage principal. Problématique n’est-ce pas ? Encore que, ce n’est pas parce qu’un personnage est principal qu’on doit forcément l’aimer et l’apprécier. Il faut qu’il soit intéressant, ce qui est différent… et pour le coup le cas. Son attitude de « monsieur je sais tout, laissez moi faire je suis le seul capable d’y arriver parce que je suis Louis Lépine » m’a bien tapé sur les nerfs. Surtout qu’au final, aucune (de mémoire, mais comme ça commence à faire un petit bout de temps je ne mettrais pas ma main à couper) des inventions extraordinaires dont il se sert pour sauver les miches d’un peu tout le monde et venir à bout des vilains n’est de lui. Il s’agit des inventions des participants de son concours, mais pas des siennes ! En revanche j’ai apprécié trouvé un tel personnage guise de personnage principal. Ça change et ça fait du bien quelque part. De plus d’autres personnages, certes dits et considérés comme secondaires mais tout aussi présents, rattrapent le coup, notamment ceux de Léontine et d’Anselme (Comment ça Laurent tu savais qu’il me plairait forcément ! ) qui m’ont vraiment plu, ce dernier m’ayant même tiré quelques larmes…

Léontine, outre les intrigues liées à son identité que j’ai aimé, à d’ailleurs pratiquement été une figure d’assimilation. Entre femme forte parce que femme pilote donc évoluant dans un monde relativement masculin où elle doit se battre, être la meilleure, pour se faire sa place et être un minimum considérée par ses pairs et femme sensible planquée sous la carapace précédente qui a aussi ses peurs, ses doutes et ses blessures qui n’apparaît que peu mais suffisamment pour toucher le lecteur par petites pointes. C’est clairement le personnage qui m’a le plus fait ressentir.

Je ne vais pas m’amuser à détailler les autres, trop nombreux, mais tous présentent une facette, un éléments assez particulier. J’ai également un petit coup de cœur si l’on peut dire, pour Alexis Carrel… Oui je sais, c’est un peu l’un des bâtards de l’histoire mais pourtant pas tant que ça… J’ai aimé la manière dont l’auteur à présenter sa dévotion à ses recherches qui pour moi atténue complètement l’horreur des dites recherches dans le roman et tout ce qui en découle. De plus il y a ce revirement, cette prise de conscience qu’il a à un moment qui le rend peut être plus humain que les autres personnages qui au final évoluent assez peu, voire pas du tout.

Bien évidemment comment parler de ce roman sans mentionner le substrat historique et la manière dont l’auteur tord l’Histoire. Oui j’ai bien écrit ça, moi la râleuse et la chieuse par excellence, celle qui crache et qui feule quand un auteur ose s’approcher de trop près à l’Histoire et en faire n’importe quoi (bon c’est généralement avec la mythologie que je grogne car j’évite des lires des romans historiques justement pour éviter de criser pour un détail « à la con » alors que je suis plongée dans l’histoire ce qui me gâche tout mon plaisir). Pourquoi ?
De un, parce que c’est le but de l’uchronie, genre/boite/tiroir comme vous voulez dans lequel se range en partie l’ouvrage, que de dévier de l’Histoire pour en créer une nouvelle. Donc à partir de ce moment là, je n’ai plus de problème.
De deux, parce que pour avoir longuement écouter l’auteur à propos de son livre, je sais qu’il ne sort rien au hasard mais qu’il a fait de très longues recherches.

Ce point « historique » me fait d’ailleurs penser à un autre aspect qui est assez amusant : la quantité folle de personnages réels présents dans le roman. Outre Louis Lépine, il y a Marie Curie, Aleister Crowley (qui m’a littéralement fait mourir de rire plus ou moins à chacune de ses apparitions), Alexis Carrel, Alexandra David-Néel et pleins d’autres que j’oublie ! Je me suis régalée de tous ces clins d’œils à l’Histoire. La seule chose que je « regrette » un peu est que pour coller à son histoire et faire coexister toutes ces personnalités, l’auteur a du prendre un Louis Lépine un peu trop âgé (67 ans) selon moi pour les aventures qu’il vit. Je suis d’accord avec le fait qu’on peut rester très actif et en forme à cet âge là (après tout j’ai bien eut un prof qui pelletait à l’épaule à 65 ans bien plus longtemps et bien mieux que les petits jeunes de 20 que nous étions), mais quand même… c’est un chouill ‘ peu crédible quand même.

Les âmes envolées roman steampunk ? Oui bien sur. Les dirigeables, ballons, aérostats ainsi qu’un certain esthétisme de machineries, mécaniques, inventions et tutti quanti ne laissent aucun doute quant à la couleur de l’ouvrage. Toutefois, si je devais coller une étiquette ce serait celle de l’aventure et de l’action. Il n’y a pas vraiment de temps morts pour les personnages et donc pour le lecteur qui est toujours entraîné ici puis là et un peu de partout. C’est sans doute pour cela d’ailleurs que je l’ai lu aussi rapidement. Malgré les quelques difficultés mises en avant au début de cet avis, les pages s’enchaînent et prise dans le feu (haha jeu de mot pour qui a lu le roman) pouf je me suis retrouvée à la fin. Alors certes on pourrait reprocher à l’auteur d’avoir privilégier l’action à la psychologie des personnages qui sont, il est vrai, peu fouillés, mais ce côté pulp confère au roman un petit quelque chose de frais qui m’a changé de mes lectures habituelles.

J’ai vraiment adoré voyager avec les personnages car Nicolas Le Breton nous fait quand même faire un sacré tour du monde en ballon. Paris, les fonds de la Seine, l’Inde, l’Himalaya, les Alpes, Ypres…. J’avoue qu’entre le passage du sous-marin complètement vernesque et celui de Shangri-La que je dirais tintinesque je ne sais pas trop lequel à ma préférence.
Toutefois une petite chose (ok je pinaille) m’a un chouill’ déçu à Shangri-La. Il est bien fait la mention à plusieurs reprises que personne ne doit entrer dans la vallée secrète et j’ai vraiment aimé tout ce qui est développé sur cet interdit, notamment les éléments spirituels qui viennent rencontrer des éléments présents dans certaines cultures himalayennes. Malgré l’attrait qu’elle exerce sur eux, tous les personnages respectent cette seule loi… sauf un… Louis Lépine. Alors ok c’était pendant une bataille et c’était pour sauver je ne sais plus qui mais du coup ça augment l’effet « je suis monsieur Louis Lépine et je peux faire ce que je veux » qui me tape sur le système.
En revanche le passage dans les Alpes m’a laissé un peu de marbre. Les scènes d’actions y sont dignes d’un James Bond (surtout la partie avec le robot piégé que mine de rien j’ai bien aimé) mais ça fait un peu « scène ajoutée à la fin » et bien qu’elle s’inscrive dans la logique de toute l’histoire, il y a un petit truc qui sonne mal, discordant.

Bien évidement vous me saupoudrez tout ça de sociétés secrètes (pour le coup la Société de Thulé), forces obscures, alchimies et pouvoirs avec lesquels il ne faudrait pas trop faire joujou. On retrouve bien là un thème chouchou de l’auteur. Thème qu’il maîtrise et fond dans son histoire à la perfection. Outre le feu froid, j’ai vraiment aimé cette idée de la pierre nécromancienne (bon d’accord elle ne fait pas que ça) et sa version du zombi. L’évolution du personnage de Bonnot est d’ailleurs très intéressante quant à ce point puisque progressivement on passe d’un mort-vivant qui se contente d’obéir aux ordres à une créature nettement plus pensante ou semblant en tout cas plus pensante qui agit d’elle-même et par elle.

Au final, Les âmes envolées a été une très belle découverte que je conseille à qui aime la fiction d’aventure, car c’est ce que je retiens surtout de ce roman. La plume est y très soignée et l’histoire, les histoires tellement imbriquées les unes dans les autres que le lecteur ne peut qu’être éveillé à tout ce qu’il se passe. Bref j’ai hâte de lire le second opus Les cœurs enchainés.

Publicités
Cet article a été publié dans Non classé. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s