Lord Dunsany, La fille du roi des elfes

¤ Lord Dunsany,
La fille du roi des elfes, 1924
Ed. Denoël, coll. Présence du futur, 1992
Trad. Odile Pidoux.

¤ 4ème de couverture

Parce que les sujets de son père veulent plus de magie dans leur royaume, le prince Alvéric entreprend de traverser la forêt enchantée afin d’y enlever la fille du roi des Elfes, Lirazel. Après avoir défait les chevaliers qui défendent, la demeure de celle-ci, Alvéric séduit la jeune elfe et l’emmène jusqu’au royaume d’Erl, où naîtra Orion, le fruit de leurs amours. Furieux du départ de sa fille et surtout du fait que ce départ était volontaire, le roi des Elfes envoie à Lirazel, un troll porteur d’un message magique. Immédiatement, la jeune princesse est ramenée auprès de son père. Inconsolable, Alvéric part à sa recherche, en quête de la forêt enchantée… qui a disparu. Et, pendant ce temps, Orion découvre le monde.

¤ Avis

La fille du roi des elfes de Lord Dunsany (de ses petits noms : Edward Moreton Drax Plunkett) : un classique parmi les classiques des littératures dites de l’imaginaire, et plus précisément de la fantasy. N’est-il d’ailleurs pas considéré comme l’un des – si ce n’est le – premiers du genre ?

Voilà bien longtemps (trop) en tout cas que ce livre traînait sur mes étagères et me faisait de l’œil… L’envie soudaine de revenir à quelque chose de plus classique, mais en même temps l’attrait toujours aussi fort de cette partie de la littérature sur ma pauvre petite personne faible ont eu raison de cette lacune avec ce qu’il me semble un bon compromis.

Bref, La fille du roi des Elfes, 254 pages et un bon paquet de temps à le lire… bien trop, par rapport à mon rythme habituel.

Première constatation j’ai aimé. C’est indéniable, cette lecture m’a vraiment fait renouer avec tout un pan de l’imaginaire que j’adore : celui qui tire dans le merveilleux, dans cette petite touche de quelque chose propre à l’idée que je me suis toujours faite des féeries diverses et variées. Au point d’en penser qu’il s’agit plus d’un conte, d’une fable, que d’un roman. Pourtant, seconde constatation, au bout de la moitié du roman, j’ai commencé à peiner. Certes, ma lecture par la force des choses hachée et ma fatigue tant physique que morale sont en grande partie responsables, mais pas uniquement car, bien que ça me fasse un peu mal de l’admettre, le style de l’auteur et l’intrigue y jouent également un grand rôle…

L’intrigue…. L’histoire en elle-même n’est, il faut bien l’avouer, pas extraordinaire. Il n’y a rien qui ne soit pas attendu et cela peut créer une certaine lassitude chez le lecteur actuel. En effet si vous chercher une aventure épique, haletante, faite de combats et d’intrigues à coup de dragons, elfes, nains et tutti quanti, passez votre chemin… Ici le ton est à la contemplation, la merveille. D’ailleurs, la foret enchantée ne me semble au final servir que ce seul but : émerveiller le lecteur qui par la suite regardera son environnement avec un autre regard… Il ne faut pas oublier que Dunsany est avant tout un poète, un auteur qui se voulait l’héritier des anciens aèdes.

En même temps, le récit ne paraît pas innovant aujourd’hui, après presque 100 ans d’une littérature fantasy qui emprunte beaucoup aux codes des récits, pour le coup épique, de Tolkien. En le replaçant dans le contexte de sa première publication de 1924 (donc avant les premières publications de Tolkien en dehors de certains de ses poèmes) il en est probablement tout autre. Je ne connais pas suffisamment la littérature de cette époque et l’historiographie de la fantasy pour pouvoir l’affirmer, mais il me semble qu’en 1924 la seule place qu’occupent le merveilleux et le féerique dans le roman est amplement suffisante à en faire une petite nouveauté fascinante.

Bien que la postériorité directe de La fille du roi des elfes dans la littérature Fantasy ne soit pas la plus flagrante, j’ai tout de même retrouvé ce même sentiment qui s’était déjà manifesté lors de ma lecture de 1984 de G. Orwell et qui est assez caractéristique de ces œuvres qui ont fondé un mouvement, un genre. Les créations postérieures ont tellement puisé dedans, s’en sont inspiré ou leur ont rendu hommage à un point que si les « sources » sont lues après, elles paraissent fades, redondantes et presque dénuées d’intérêt. Et c’est un peu ce qui s’est passé ici. Je déteste ce sentiment parce que j’ai l’impression d’être passée à côté de quelque chose, d’avoir manqué ma lecture. Pourtant, que ce soit pour 1984 ou dans le cas présent pour La fille du roi des elfes, je suis quasi certaine que si je les avait lu avant je n’aurais pas su les apprécier car je les aurais certainement lu trop jeune et n’aurais donc vu que la fiction et n’aurais certainement pas eu au moins une partie des clefs (ce point-ci étant plus farouchement vrai pour 1984 et son discours politico-social typique de certaines branches de la SF que pour La fille du roi ds elfes).

Plus le temps passe depuis la fin de ma lecture, plus je ressasse le récit et plus il semble évident que ce n’est pas tant l’histoire de la quête d’Alveric que la question de l’intrusion de la magie dans la vallée des Aulnes qui est – pour une part – au centre. J’ai vraiment apprécié le retournement qui se passe avec le cercle des anciens. Isolés dans leur petite vallée tranquille, ils se morfondent que rien d’exaltant ne se passe, que l’épique les ignore, et sont effrayés à l’idée que l’Histoire les oubli tout simplement jusqu’à ce qu’ils disparaissent de la mémoire. Sentiments somme toute assez communs. Pourtant, une fois que la magie est là, une fois qu’Alveric a réussi sa mission, épousé Lizarel, que les trolls débarquent et viennent en aide Orion, ils en ont assez et ont même peur de tout cet univers qu’ils ne connaissent pas et sur lequel ils n’ont aucune emprise. Leur détresse progressive, la façon dont ils se tournent dans un premier temps vers le prêtre, puis vers la sorcière afin de défaire ce qu’ils ont tant chercher à faire, est un des points les plus intéressants de l’ouvrage, un de ceux qui porte le plus à la réflexion.

Autre point que j’aimerais noter. Il n’y a pas de jugement de valeur – ou du moins je n’ai pas ressenti de jugement de valeur. Contrairement à ce qui se passe dans plusieurs romans de cette veine qui mettent en scène les deux sphères que sont le folklore anglo-nordico-celtique et le christianisme, il n’y a pas dans La fille du roi des elfes d’intervention pour dire que l’une ou l’autre est le « bon camp ». Bien évidement la rencontre des deux univers n’est pas sans poser quelques questionnements (l’incompréhension de Lizarel face à la colère d’Alveric quand elle parle aux étoiles ou quand essaye de se faire aux coutumes des hommes, l’antithétie qu’il y a entre le Frère et la sorcière Ziroonderel…), mais cela ne va pas plus loin et l’auteur ne tranche jamais en faveur de l’un ou l’autre.

Bien évidement la découverte de la foret enchantée, du monde des elfes, de cet autre côté de la barrière crépusculaire est un véritable délice. Au début de cet article, j’ai plusieurs fois employé le terme de merveilleux et c’est vraiment ça… J’ai été littéralement subjuguée par les descriptions. Je ne compte le nombre de fois où dans ma lecture je suis partie dans mon petit monde, perdue en pleine contemplation, à divaguer juste pour apprécier les images saisies au vol. Que ce soit les longues descriptions du jardin du palais du roi des elfes, la salle du trône, la barrière crépusculaire, mais aussi les attitudes atemporelles et contemplative de Lizarel ou l’interminable pleine désertique que parcourt Alvéric… Les mots dessinaient des images dans ma tête et je m’en prenais plein les mirettes mentales. La plume de Dunsany est poétique et porte à l’évocation… C’est peut être ça qui est problématique d’ailleurs… J’ai beau aimé ce genre de plume, là c’est un peu trop. Ou pas assez. On est entre deux eaux et il n’est pas aisé de se placer. À peine l’esprit du lecteur est emporté par l’une des nombreuses évocations que hop, l’auteur bascule dans un récit plus standard, freinant ainsi la lecture délirante…

De plus le style comporte quand même de sacrées lourdeurs. Je ne parle pas ici de la touche que certains qualifierait d’ampoulée et qui n’est que le reflet d’une manière d’écrire raffinée que j’affectionne particulièrement, mais bien de vraies lourdeurs, avec des répétitions gênantes, des formulation parfois maladroites et si différentes de ce qu’on peut trouver dans le reste de l’ouvrage.

On ne peut pas dire que j’ai eu de coup de cœur particulier pour les personnages, si ce n’est peut être pour Lurulu qui lui m’a bien fait rire. Léger comme tout, j’ai adoré caracoler avec lui, que ce soit dans le pigeonnier, les champs ou même en chasse. Autre point que j’ai apprécié : Lurulu est présenté comme un troll… oui oui un troll et j’ai bien écris « léger comme tout ». Au départ j’avais du mal à saisir, voyant le troll de Dunsany comme l’image commune que j’ai du troll, à savoir une grosse bestiole vaguement anthropomorphe et plutôt monstrueuse. En réalité il s’agit de la version poche du troll, celle qu’on retrouve dans La reine des neiges. Oui je sais vive la comparaison (et encore moi j’ai aimé La reine des neiges). Bref j’ai aimé me faire avoir par les codes fantasy.

Au final, même si je suis mitigée sur ma lecture dans le sens où je ne suis jamais rentrée dans l’histoire, pas au point de passer des heures dans ma lecture à ne pas décrocher et me dire « au prochain chapitre j’éteins », j’ai vraiment aimé cette lecture. Ou plutôt j’aime le souvenir et l’idée de cette lecture, j’aime ce que j’éprouve quand j’y repense.

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