Nathaniel Hawthorne, La lettre écarlate

¤ Nathaniel Hawthorne,
La lettre écarlate, 1850
éd. Folio classique, 2009
Trad. Marie Canavaggia, préface Julien Green

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¤ Avis

La lettre écarlate. Nathaniel Hawthorne. Littérature américaine. Classique.

Un vrai régal

Voilà un livre que j’avais envie de lire depuis une petite éternité. Rien que ça oui ! J’avoue que je ne me souviens plus du tout de qui, de quoi, de comment, ni d’où j’en ai entendu parler pour la première fois, mais ça fait un paquet d’années. Au moins depuis le lycée car je me souviens avoir été particulièrement déçue quand la bibliothécaire m’avait dit qu’elle ne l’avait pas en rayon. Bref, il y a trois ans environ, au détour d’un carton de brocante, bim je tombe dessus. Bon état, pas cher… hop hop hop dans la musette (avec au passage Retour à Brooklyn de H. Selby Jr, que je cherchais depuis pas mal de temps aussi, mais je n’ai toujours pas lu hum….).

Toujours est-il qu’il a reçu le superbe privilège de faire partie de ma petite sélection pour l’Italie.

La Lettre écarlate est considéré comme l’un des premiers romans de la littérature américaine. C’est ce que vous trouverez sur bon nombre de 4ème de couverture, résumés, synthèses et pages internet dédiées à l’œuvre. Malgré l’écart chronologique important qu’il y a entre les premières installations coloniales britanniques du XVIIème s. et le milieu du XIXème, date de parution de La lettre écarlate, cela peut sembler un peu aberrant et pourtant il est bien l’un des premiers, même si cette vision est à fortement nuancer.

La littérature pré-indépendance à ce statut un peu tendancieux de rentrer aussi bien dans la littérature américaine puisque écrite sur le sol américain que dans la littérature britanniques puisqu’il s’agit de colonies britanniques (à plus forte raison pour la première génération de colons) et contient surtout des œuvres religieuses, puis fortement indépendantiste à mesure que l’on avance dans le XVIIIème s. ainsi qu’une production poétique. De la production romancée je n’ai trouvé que des mentions d’existence mais aucun titre, toutefois j’avoue que je n’ai pas passé des heures et des heures à faire ces recherches. Donc si un connaisseur de la littérature américaine de cette époque passe par là et aurait la gentillesse de m’éclairer je suis preneuse. Passée la Guerre d’Indépendance, il n’y a plus de doute quant à la nature américaine ou non de la production. Basta les britanniques, les États-Unis tout petits tout neufs sont nés. Ceci dit elle nous amène déjà sur la fin du XVIIIème puisque la déclaration d’indépendance est signée en 1776 et donc à quelques 75 ans de La lettre écarlate. La fourchette chronologique se resserre donc. D’autant plus quand on voit/lit que les deux romans qui se « battent » le prix du premier des premiers (The Power of Sympathy de William Hill Brown et Interesting Narrative de Olaudah Equiano) sont tout les deux parus en 1789. Entre 1789 et 1850 tout un florilège de romans va paraître, suffisamment pour clairement dire que non La lettre écarlate n’est pas l’un des premiers « physiquement ». Pourtant il est bien l’un des premiers à avoir autant d’impact et en ça il est l’un des premiers.

Bref tout ce blabla pour une broutille, mais j’aime quand les choses sont claires et avant ces petites recherches ce ne l’était absolument pas pour moi.

‘fin bon l’histoire littéraire américaine n’est pas le propos et après ce petit aparté introductif revenons à notre Lettre écarlate.

Quand je me suis lancée dans cette lecture, je connaissais déjà l’histoire : De l’adultère dans l’Amérique puritaine du XVIIème. Si vous me connaissez/suivez un peu vous vous doutez bien que ce n’est pas vraiment le genre d’histoire que j’aime particulièrement et que j’irais chercher spontanément. Et c’est là que la couleur « classique » joue beaucoup car, oui je l’avoue, c’est parce que ce livre fait partie de ces œuvres qu’on appelle « classiques » que je suis allée le chercher. Je ne saurais pas trop expliquer mon goût pour une telle littérature, ni même mon approche face à elle. Après n’allez pas non plus pensez que parce que c’est du classique je vais forcément aimer. Il y a certains ouvrages et auteurs de cette branche que je n’apprécie que moyennement voire pas du tout, mais entre un Mussot et un Balzac je n’hésite pas une seule seconde. Est-ce parce que le classique a « fait ses preuves », former d’une certaine façon notre pensée de la littérature ? Bho….

Et voilà que je digresse encore.

La lettre écarlate, comme je le disais, nous narre une histoire d’adultère dans l’Amérique puritaine du XVIIème. Et là, je ne sais pas si avant de lire le livre on se rend bien compte de ce qu’est l’Amérique puritaine de cette époque, à moins de, bien évidement, s’y connaître en histoire des religions. Il faut dire que nos approches scolaires de cette partie de l’histoire américaine sont au mieux très légères, au plus courant, inexistantes et que l’image du puritanisme qui nous est populairement imposée via divers media n’est pas la plus objective qu’il soit. Difficile donc de pouvoir vraiment appréhender ce que peut être une histoire de coucherie dans un tel contexte. Si je vous parle comme ça, de but en blanc, d’une femme mariée qui trompe son époux, se trouvant à l’autre bout du monde sans plus jamais donner signe de vie, et attend un enfant de son amant cela ne vous émeut je suppose pas plus que cela et vous fera plutôt penser au scenario de base du téléfilm M6 du mercredi après-midi qu’à un superbe roman que j’ai vraiment apprécié.

Pourtant, là, je vous donne le résumé du drame de la vie d’Hester Pryne, le personnage central de La lettre écarlate et force est de constater que toute la beauté et la douleur de l’histoire tient au contexte.

On ne sait quasi rien de la relation adultérine en elle-même car le roman débute, in medias res, alors qu’Hester a déjà accouchée, se trouve en prison et va être exposée à la vue de tous les membres de la communauté dans la honte de sa faute et avec la preuve de sa faute, sur le pilori de la place centrale. La curiosité malsaine et l’attrait du scandale titille le lecteur qui, comme toute la communauté, veut savoir qui est le père de l’enfant, et même pour certains des détails sur l’histoire illicite. En ce point il sera fortement « déçu » car Nathaniel Hawthorne n’en livre pour ainsi dire rien. Voilà ce que j’ai tout bonnement adoré. Les magistrats tentent de faire céder Hester pour qu’elle livre le nom du coupable afin de ne pas subir le poids de la sentence seule mais la jeune femme a promis et tiendra sa promesse…. jusqu’à la fin. Au cours des pages on découvre la vie de la jeune mère qui élève seule sa fille, Pearl, dans une petite chaumière en dehors de la ville, indifférente à l’ostracisme dont elle victime, sourde aux railleries et comportements des colons. J’ai aimé ce personnage profondément meurtri et qui ne cesse de se punir de son péché qui pourtant est la plus belle chose de sa vie puisqu’il lui a donné sa fille. Je ne suis pas fan des enfants et ai un instinct maternelle proche du zéro absolu mais cela ne m’empêche pas de trouver le dévouement d’Hester à sa fille magnifique. Mon ventre était d’ailleurs tout noué et j’avais les larmes aux yeux quand les magistrats pensent à un moment la lui retirer pour être certain que la petite soit correctement éduquée…

J’ai précédemment écrit que l’auteur ne livrait rien quant à l’identité du père de Pearl. En réalité ce n’est pas tout à fait ça, mais rien n’est clairement explicite. Tout est à couvert et demi-mots. Le lecteur doit comprendre tout seul en associant les quelques bouts d’indices et surtout en suivant la réflexion de Roger Chillingworth.

Ce dernier est véritablement l’élément de perturbation, bien plus que la révélation de la faute infamante. En effet, il apparaît dès le départ, inconnu arrivant par un véritable hasard en ville le jour même de l’exposition d’Hester. Et c’est là que les rouages se mettent en place. Roger Chillingworth a cette importance fondamentale qu’il est en réalité l’époux d’Hester, époux resté en Europe que personne dans la colonie n’a jamais vu mais dont tous connaissent l’existence. Pourtant plutôt que de se révéler il se fait passer pour un simple médecin ayant vécu quelques années chez les indiens. Bien qu’Hester l’ai reconnu ils vont passer un marché. La jeune femme va promettre taire son identité et en échange son époux la « débarrasse » ainsi d’un lien dont elle n’a jamais voulu car si il se révèle comme son mari elle devra retourner avec lui. Chillingworth ne donne pas à Hester les véritables raisons de ce silence voulu, mais rapidement le lecteur comprend qu’il cherche, et trouve, qui est le père de l’enfant. Il va alors commencer à le torturer mentalement à petit feu.

Et je m’arrête là dans le résumé pour ne pas trop vous en révéler…

De nombreuses thématiques sont abordées dans La lettre écarlate et contre ce que l’on pourrait attendre, celle de l’adultère et du péché n’est pas la première. Du moins pas directement. Certes une grande partie du discours de l’auteur tourne autour de cet argument mais justement tourne autour. Pour aborder d’autres problèmes qui eux sont les points visés. Nathaniel Hawthorne ne nous donne pas un pamphlet pour ou contre l’adultère ou encore sur la considération de cet acte comme péché. Pas du tout. On reste au XIXème s., la question ne se pose même pas. En revanche le roman pose celle de l’attitude de la communauté, de son hypocrisie et des dangers d’une société aussi stricte que la société puritaine.

En effet, tout au long du roman Hester gagne sa survie grâce à ses talent de broderie qui s’exprime notamment par l’éclat et la magnificence de la lettre écarlate qu’elle doit porter en tout lieu pour signifier aux yeux de tous sa faute alors que le costume puritain est particulièrement sobre et dénué de chichi justement. C’est elle qu’on vient voir, à qui on commande les travaux minutieux. À elle que l’on a d’une certaine manière bannie. On écarte le mouton noir du troupeau mais pas trop loin car c’est celui qui donne la meilleure laine donc malgré tout on va quand même s’en servir. Premier grain de sable mis en évidence dans la machine sur laquelle une grande partie de la société américaine s’est développée.

Second grain de sable qui se révèle sur la fin avec certaines velléités libertaire d’Hester une fois qu’elle a pris conscience que rien ne la retenait dans la colonie. L’ostracisme comme il a été pratiqué sur la jeune femme ne peut que nuire à la communauté car ces personnes que l’on met à l’écart vont se développer en dehors de la communauté et des règles qui y sont établies. De fait elles deviennent des voisins dangereux car présentant un mode de vie pouvant séduire des membres de la communauté qui choisiront alors d’aller les rejoindre et petit à petit tueront dans la communauté. (bon ok là j’avoue je vais un peu loin)

Bien évidement le discours est tellement riche que je pourrais encore passer des heures à vous en parler. Notamment sur la symbolique avec la mise en lumière du contraste entre la lettre écarlate brodé d’or, un véritable chef d’œuvre, un morceau d’art, plein de couleur, de vie qui s’oppose à la morne tristesse sobre du costume puritain qui traduit ce contraste, cette rupture entre qui est dans qui est hors la communauté. Également, les restes d’un folklore européen teinté de fées maligne est présente avec le personnage de Pearl. Elle est l’enfant démon parce qu’issue du péché, mais aussi l’enfant fée car vivant à demi dans les bois, vivant en dehors de la communauté des hommes. D’ailleurs le chapitre qui se passe dans les bois sur la fin du roman est très fortement chargé de ce folklore celtico-anglo-saxon avec la description même du bois très profond, très sombre, plus sauvage, le retour de l’image très forte du ruisseau d’eau que Pearl ne peut pas traversée tant que ça mère qui a jeté sa lettre au sol ne la remet pas comme si elle ne pouvait exister que parce que sa mère est porteuse de la lettre écarlate, est exclue de la communauté….

Mon petit bémol : Nathaniel Hawthorne nous révèle que la lettre écarlate est un A. Un peu dommage car même si c’est assez évident je trouve que ça retire une partie de son pouvoir. Tant qu’elle reste « anonyme » le lecteur peut assez facilement se l’appliquer à lui pour n’importe quelle faute que ce soit d’une certaine manière et donc l’impact, l’assimilation à Hester est bien plus forte. Une fois révélée, elle n’appartient plus qu’à la sphère du roman, est complètement passée de l’autre coté de ce « quatrième mur », barrière entre l’ouvrage et le lecteur similaire au quatrième mur théâtrale qui est la barrière entre la scène et le spectateur.

Mon petit coup de cœur : La toute toute toute fin du roman avec la description des deux tombes qui est simplement magnifique et notamment celle du blason.

Bien évidement je ne peux pas conclure cet avis sans parler de la plume de l’auteur. Je ne développerais pas énormément le point car j’ai lu le roman en français, donc en traduction, bien qu’on m’ait dit qu’Hawthorne n’était pas si difficile que ça à lire et apprécier en anglais. Bref, son style m’a totalement convaincu. Certes, certains trouveront bien entendu que c’est « trop compliqué », voire « incompréhensible », ou je ne sais quoi. Mais non, c’est juste une plume travaillée, recherchée, avec des tournures particulière, un peu déroutante sachant que j’ai perdu l’habitude, mais qui donne à toute l’histoire une intensité particulièrement prenante.

Au final, j’ai vraiment passé un excellent moment en compagnie de Nathaniel Hawthorne et aimé découvrir cette partie de la littérature américaine que je ne connaît que peu. Ça me donne d’ailleurs bien envie de lire d’autres textes de cet auteur, mais aussi de ses contemporains. L’incursion fiable dans l’Amérique puritaine a également été un des points forts de cette lecture.

Lire des classiques fait aujourd’hui – sans trop que je ne sache vraiment pourquoi – peur et bien laissez-moi vous dire que vous n’avez aucune appréhension à avoir face à La lettre écarlate et si je devais bien vous conseiller une chose, c’est de l’ouvrir et de vous y plonger.

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