Jack Vance, Space Opéra

¤ Jack Vance
Space opéra, 1965
éd. Press Pocket, SF
trad. Arlette Rosenblum

pp5160-1983

¤ 4ème de couverture

Quand le capitaine est fou, l’astronef court à la catastrophe. Les terriens s’étaient arrêtés sur Zade pour jouer un opéra : La fiancée vendue. Les Guerriers Fous les avaient trouvé un peu apathiques. Ils avaient dit : apathiques. Ils avaient promis de faire mieux, et les humains attendaient maintenant leur spectacle. À coups de gongs, des jets de flammes jaillirent du sol, des barres de fer plongèrent dans les allées. Six pendules tranchants comme des rasoirs se mirent à osciller au dessus des têtes. Une sirène hurla, un rocher bascula dans le vide et fut arrêté par une chaîne au raz des spectateurs. Des morceaux de fer portés au rouge tombèrent comme une pluie drue. La condition d’une troupe ambulante n’est pas toujours facile. Il y a des haut et des bas.

¤ Avis

Jack Vance… un classique de la SF. Son Space opera peut-être moins, mais le titre me faisait envie.
D’ailleurs, d’ailleurs anecdote à ce sujet (et comme quoi il faut toujours se méfier des sources). Pourquoi Space opera ? Tout simplement parce que j’avais lu quelque part sur le net ou entendu dans une quelconque conversation, je ne me souviens guère, que le genre du Space opera – petite chose que j’affectionne bien kitschounement – venait de ce roman éponyme de Jack Vance. Par conséquent lorsque je suis tombée dessus en 2012 j’étais toute contente. Or, une fois ma lecture terminée je me suis posée quelques questions car ce n’était pas aussi « Space op’ » que ce à quoi je m’attendais. Donc petites recherche sur le roman et sur le genre et là bim… Le Space opera ne vient pas du tout, mais alors pas du tout du roman.

Et comme ce n’est pas le propos je ne vais pas vous faire un historique du genre et sauter strictement à la case avis de lecture car mes avis sont trop longs, toujours, je sais et donc vais essayer de les réduire.

Donc Space opera, Jack Vance, 222 pages, lu en… deux jours, peut-être trois, à tout casser.

Bon pour le coup la quatrième de mon édition n’étant pas très explicite, je vais vous résumer un peu

Dame Isabel Grayce est la richissime trésorière-secrétaire de la fameuse Ligue de l’Opéra. En cette qualité, elle fait jouer la Neuvième Compagnie, troupe entièrement composée d’extraterrestres venant de la lointaine et mystérieuse Rlaru, planète découverte par l’explorateur Adolph Gondar qui s’est improvisé manager des artistes. Lors d’un dîner suivant la première représentation, une querelle éclate entre la Dame et le célèbre musicologue Bernard Bickel. Celui-ci en effet méprise profondément Gondar et ne peut concevoir la qualité de la troupe qu’il n’est pas venu voir jouer. Dame Isabel, toute exaltée par le talent de la Neuvième Compagnie lui propose d’assister au moins à une représentation. Malheureusement cela ne pourra se faire car, le soir même, la Neuvième Compagnie se volatilise ! S’en suit alors une expédition, entièrement financée par Dame Isabel au grand damne de son neveu et héritier, Roger, jusqu’aux confins de l’espace explorée : Aller jusqu’à Rlaru et retrouver la Neuvième Compagnie supposée rentrée chez elle.

Monter une troupe pour représenter les grandes pièces d’opéra terrien et ouvrir les divers peuples de l’espace à cette part de la culture de la Terre.

Bien maintenant que le cadre est un peu plus posé, oubliez vos guerres inter-stellaires, empires galactiques et combat spatiaux à coups de laser et autres joujoux du même acabit. Ici nous sommes loin des enjeux poursuivis par Riddick ou toute la clique Skywalkerienne. Ici nous somme dans un « space opera », c’est à dire un opéra dans l’espace. Littéralement. Avec des musiciens, des décors de théâtre, les grands opéras terriens… le tout joué sur des planètes disséminées dans l’espace.

Dans quelle mesure Vance a-t-il volontairement joué sur le terme qui existait déjà avec la connotation que nous lui connaissons ? J’avoue que je ne saurais dire, ne connaissant pas particulièrement la biographie de l’auteur, mais l’idée me plaît.

Et c’est bien malheureusement l’un des seuls points que j’aurais à retenir de cette lecture. Non que je n’ai pas aimé. J’ai passé un moment agréable et sympathique entre ces pages, mais je n’ai certainement pas été non plus emballée.

Space Opéra ressemble un peu à un road movie – dans l’espace – couplé avec un documentaire sur l’opéra occidental. Sans être une grande fan de l’action pour l’action, celle-ci fait un peu défaut dans le roman. Certes il y a des petites péripéties, mais rien qui ne maintienne vraiment l’attention du lecteur tout au long du roman en dehors de cette fameuse Rlaru que les protagonistes doivent atteindre.

Je me suis d’ailleurs demandé à ce sujet pendant la quasi totalité du roman si ils y arriveraient un jour ou si l’auteur n’allait tout simplement pas évincé cet élément. Vu comme cela partait je n’aurais vraiment pas été étonnée de lire que finalement le Phébus – nom du vaisseau apprêté pour l’expédition – retourne sur Terre sans atteindre Rlaru. En effet toute l’histoire ressemble plus – à certains moments – à une excuse, un prétexte pour parler de l’opéra qu’autre chose. Vance était-il un grand amateur de ce genre musical ? Voulait-il par son art – la littérature – rendre hommage à un autre qu’il appréciait ? Je n’en sais rien mais en tout cas c’est l’impression rendue quelque fois. Ou alors ce sont les notes du traducteur sur chacun opéra mentionné qui m’ont donné cette sensation. Notes qui d’ailleurs alourdissent énormément le roman. Certes c’est de ma faute, je n’avais qu’à faire comme 90% des lecteurs et les sauter, mais non – déformation professionnelle ou simple respect du travail des autres je ne sais pas – j’en suis incapable.

Si l’on entre un peu plus dans la matière même, j’avoue que le découpage très schématique du roman m’a un peu dérangé vue que j’avais – pour une fois – un rythme de lecture prolongé. En effet, le côté un chapitre = une planète / un voyage dans le vaisseau entre deux planètes avait un côté trop factice. Comme si l’on avait accolé plusieurs histoires les unes aux autres avec un fil rouge vraiment ténu.

Ce fil rouge qui d’un coté de la torsade est bien évidement le but de l’expédition et de l’autre l’histoire de Madoc Roswyn.

Madoc Roswyn… ou comment mettre un petit soupçon de romance dans de la SF. Vance avait-il pour ambition de vouloir raccrocher un peu de public féminin, plus adepte des romances il faut tout de même le reconnaître, à ce genre plutôt masculin il faut également bien le reconnaître ? Bon ce n’est pas vraiment réussi car la minette est plus du genre manipulatrice et drama-queen que vraiment travaillée en profondeur et sympathique.

Bon je dois reconnaître que j’ai la critique très facile en disant que ce personnage ne m’a pas convaincu car trop stéréotype puisqu’il s’agit un peu d’un état de fait valable pour tous les personnages, mais quand même. Elle séduit Roger pour monter sur le vaisseau, puis le capitaine pour aller où elle veut et même son assistant afin de s’assurer la destination… Un peu trop. Juste un chouill’ trop.

En ce qui concerne les étapes j’avoue en revanche qu’elles ne manquent pas d’humour… Oui je pense que c’est bien le terme. Si j’ai trouvé beaucoup de défaut à Space Opéra, je dois lui reconnaître de m’avoir fait passer un bon moment. Chaque découverte d’une nouvelle planète, d’un nouveau peuple en envoie plein les yeux et surtout, surtout, j’ai aimé la petite critique de l’anthropocentrisme qui pointe à travers les échecs continus de la troupe montée par Dame Isabel.

Il y a également toute une petite réflexion sur la question de l’universalité qui est sous-jacente et c’est ce genre de petite chose que j’aime dans la SF : la réflexion qui est crée par la fiction. Je ne vais pas entrer dans le débat mais les arguments apportés comiquement par Vance – car au final même les situations un peu dramatiques comme avec les Guerriers Fous sont et finissent par en être amusantes – n’en sont pas moins pertinents.
Certains passages m’ont même un peu fait rêver comme avec le peuple aquatique ou même émue comme avec la planète recherchée par Madoc. Petite mention également pour Rlaru en elle-même car par bien des points elle a ce petit côté psychédélique qu l’on peut retrouver dans le 2001 de Kubrick et que j’avais vraiment aimé.

Au final, Space Opéra est un roman de SF assez léger, parfait pour une lecture « estivale ». Malgré ses nombreux défauts j’ai passé quelques heures de lecture sympathique. Et petit plus : je n’avais pas encore lu de SF comique.

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