Jean-Philippe Jaworski, Même pas mort, Rois du monde, T.1.

¤ Jean-Philippe Jaworski
Même pas mort, 2013
Rois du monde, tome 1,
éd. Folio SF, 2015

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¤ 4ème de couverture

« Je m’appelle Bellovèse, fils de Sacrovèse, roi des Turons. Pendant la guerre des Sangliers, le haut roi, mon oncle Ambigat, a tué mon père. Ma mère, mon frère et moi avons été exilés au fond du royaume biturige. Parce que nous étions de son sang, parce qu’il n’est guère glorieux de tuer des enfants, Ambigat nous a épargnés. Le temps a suivi son cours. Nous avons grandi. Alors mon oncle s’est souvenu de nous. Il a voulu régler ce vieux problème : il nous a envoyés, mon frère et moi, guerroyer contre les Ambrones. Dès le début des combats, nous nous sommes jetés au milieu du péril, et je suis tombé dans un fourré de lances. Mais l’impensable s’est produit : je ne suis pas mort. »

Premier tome d’une trilogie qui fera date, Même pas mort confirme tout le talent de Jean-Philippe Jaworski et le place au firmament des auteurs de fantasy.

¤ Avis de lecture

Jean-Philippe Jaworski… un auteur phare de la fantasy qu’il n’est aujourd’hui plus besoin de présenter et surtout un auteur coup de cœur. Oui auteur coup de cœur car j’ai littéralement dévoré son premier tome des Rois du monde.

Honnêtement je ne sais pas trop quoi dire pour cet avis de lecture tant j’ai adoré le roman, tant je me suis retrouvée happée par l’histoire, enivrée de la plume de l’auteur… Bref vous avez compris mais on va tout de même tenter…

Jean-Philippe Jaworski est un auteur dont on me parlait depuis pas mal de temps déjà au moment où je le découvre et rencontre – certes rapide, mais quelle rencontre ! – pour la première fois, aux Imaginales 2015.

Tout débute donc lorsqu’avec ma très chère Méli (on ne change pas une équipe qui gagne) nous assistons à une conférence de l’auteur sur Julien Gracq et plus précisément sur « en quoi Gracq peut être considéré comme un des premiers auteurs français de fantasy ». Outre la découverte merveilleuse de cette plume que je ne connaissais – à ma grande honte – pas, j’ai surtout découvert Jean-Philippe Jaworski. Cela peut paraître bête d’écrire ça puisqu’il s’agit d’un auteur, mais la première chose qui m’est venue à l’esprit en le voyant et l’entendant parler de cet auteur qui semble être l’un de ses favoris est qu’il est passionné. Passionné de littérature. À un point d’ailleurs qu’il m’a transmit ce goût pour l’auteur du Rivage des Syrtes, mais j’en reparlerais quand j’aurais lu du Gracq (qui pour la petite anecdote a refusé le prix Goncourt). Bref j’ai littéralement été subjuguée tout au long de la conférence, puis quelques heures plus tard – ou était-ce le lendemain ? – avec ma chère amie nous nous sommes retrouvées à faire le tour de la Bulle aux livres où sont rassemblés les auteurs pour commencer notre shopping. Après différentes étapes, nous arrivons devant la table de Jean-Philippe Jaworski et mon amie Méli s’y arrête, j’en profite aussi et papote quelques minutes avoir l’auteur. Adorable. Et intéressé par ses lecteurs, ses non-lecteurs, ses peut-être futurs lecteurs. Pas ennuyé du tout par le fait que je n’avais encore rien lu de lui, que je lui pose tout un tas de question sur Gracq plus que sur son œuvre dans un premier temps, complètement à l’écoute des goûts et des attraits de la personne en face de lui pour le conseiller au mieux dans ses ouvrages. Et voilà l’autre point qui m’a conquise ! Un auteur de cette stature qui prend le temps. Donc quelques papotis et voilà que nous en arrivons à qui je suis moi, ce que je fais, aime… Je lui confie donc que je suis en thèse d’archéologie et hop il me sort ni une ni deux Même pas mort en m’expliquant que ça se passe chez les Celtes du VIème s. av. S’en suit une petite discussion sur l’Histoire, l’Archéologie, les recherches qu’il a mené pour faire entre son histoire dans l’Histoire et petit plus final – car je lui avais confié que mes travaux portent sur la céramique – une dédicace à propos du commerce des céramiques ! (bon d’accord le VIème s. av. est bien trop tôt par rapport à celles que j’étudie mais bon quand même…).

Bref voilà le contexte d’acquisition qui déjà fait beaucoup.

Et puis voilà qu’un an et demi après, je me jette dans l’ouvrage. Pourquoi maintenant, pourquoi pas plus tôt ? Parce que je voulais trouver le bon moment, celui où je pouvais potentiellement être la plus réceptive.

Je ne vais pas vous faire un résumé de ce qu’il se passe dans ce premier opus, ni même en fait trop vous parler de l’intrigue et tout et tout ça parce que justement ce n’est que le premier opus et par conséquent il me manque un paquet d’éléments «  à venir » mais je vais essayer d’expliquer pourquoi un tel coup de cœur, plus « objectif » que le contexte précédemment décrit.

La plume de l’auteur.
Si vous suivez un tant soit peu ce blog, vous savez à quel point j’aime la qualité d’un texte, d’une écriture. Et là et bien il faut bien le dire, Jean-Philippe Jaworski élève à un rang supérieur le fantastique – car plus que de fantasy comme mentionné plus haut, Même pas mort s’apparentait plus à du fantastique puisqu’il n’est pas question d’un univers « nouveau » mais bien d’un monde qui est le notre et où il se passer des trucs étranges –. Certes, au cours de mes lectures j’ai pu découvrir des auteurs dont la plume à su me séduire, me convaincre, m’attirer – et ce dans un peu tous les domaines de l’imaginaire – pourtant, celle de Jaworski à ce petit quelque chose de tellement plus « pro » et naturellement « pro » qui fait que l’on a envie de le hisser au même niveau que ces auteurs que nous appelons « classiques » et qui font référence en matière de littérature.

Le texte coule de lui-même, dans une forme, une syntaxe, une mise en page, en scène, une linguistique si je peux dire, que j’ai envie de qualifier de parfaite. Ce n’est pas une langue particulièrement poétique comme peut l’être ce dernier coup de cœur – dont je dois encore rédiger l’avis – que fut Apostasie de Vincent Tassy par exemple, ni même « complexe » comme peut l’être jugée celle de mon adoré Oscar. C’est une langue qui s’ajuste au récit. Parfois brutale, parfois un peu moche, d’autre belle, ou encore pleine de merveilles, de doutes. Une langue qui respire ces temps et cette mentalité particulière que l’auteur met en scène. Bref une langue toujours juste.

Bien évidement le fait que le contexte soit lié à l’antiquité, à l’Histoire – même si ce n’est pas ma période de prédilection – et que l’auteur à fait de minutieuses recherches ; qu’il prend en compte également ces aspects de l’Autre Coté, cette mythologie celte – dans un peu tous les sens des termes d’ailleurs – n’est pas anodin à mon coup de cœur. D’ailleurs en ce qui concerne la minutie, je me souviens – de tête donc imparfaitement – d’un passage avec une cruche éclatée au milieu de la route , cruche en partie décrite, cruche tellement cruche de cette époque ! Oui je sais il n’y a bien que moi pour relever des choses aussi anodines que la mention de céramique de un roman, mais bim, même à ce niveau là, l’auteur à fait des recherches. Il s’est enquiquiné avec ce niveau de détail ! Bah désolée mais mon petit moi d’archéo-céramologue ne peut que faire des bons de lutin fou.

J’ai bien apprécié le ton d’ouverture avec l’adresse directe au lecteur qui se retrouve dans la peau de l’interlocuteur de Bellovèse vieux qui s’adresse à un marchand oriental (grec ? ). C’est un mode assez peu commun, qui déstabilise et en même temps est, je trouve, très efficace pour faire entrer le lecteur dans le roman même. Et puis il y a tous ces passages des premières pages qui sont absolument superbes, qui sont grands, sur le temps, la vie, l’homme, l’Homme.
J’avoue qu’ensuite la chronologie choisie est également audacieuse car il s’agit de tout une série de récits enchâssés dans les récits, le récit. Cela peut – je le conçois bien – perdre un peu le lecteur, mais le flou qui s’en dégage parfois n’a d’égal que ce flou qui entoure la frontière entre notre monde et l’Autre Monde qui va venir flirter progressivement, comme par vague, au cours du roman.

D’ailleurs au sujet de la part de fantastique dans le roman, voici encore une chose que j’ai aimé. Je trouve – mais cela est assez personnel – que Jean-Philippe Jaworski ne l’introduit pas comme tel. Il y a cet art de faire intervenir le fantastique sans qu’à aucun moment cela n’apparaisse comme « attention élément fantastique en approche » ou « attention élément fantastique en cours ». Je m’explique. Comme l’indique la 4ème de couverture, tout réside – ou presque – dans le fait que Bellovèse n’est pas mort alors qu’il aurait du. Mais – en tout cas dans le premier tome – on ne s’attarde pas trop là-dessus alors que c’est pourtant l’élément fantastique majeur. C’est un fait et c’est ce fait qui entraîne l’aventure jusqu’à l’île des Vieille et les souvenirs d’enfance qui occupent une grande partie du roman. Hop rien de plus normal. Alors que c’est du fantastique. Ouip et bien moi j’aime cet aspect. L’art de faire du fantastique sans en faire… ou l’inverse…

En soit connaissant un peu les Celtes ce n’est pas non plus étonnant d’avoir opté pour une telle manière de faire puisque – comme dans de nombreuses cultures antiques – le religieux est partie intégrante de la vie, intrinsèque oserai-je même. La notion même de merveilleux, d’extraordinaire n’a pas à exister car il est des choses qui sont l’apanage des dieux et qui – pour simplifier à l’extrême – peuvent tomber sur les mortels par décision divine. Parfois c’est interprété comme bénéfique, parfois comme une malédiction… Ceci explique en très grande partie le pourquoi de la quête de Bellovèse. Ce n’est pas tant son « Même pas mort » en soit qui pose un problème, c’est que c’est interprété par les druides (et là on retombe souvent – comme de par hasard – dans des enjeux politiques tout ce qu’il y a de plus humains), hiérarchiquement placés au dessus des chefs guerriers, comme une malédiction.

Bien évidemment étant friande de SFFF, l’un des passages à m’avoir le plus attiré est celui de la foret quand Bellovèse est tout gamin. Déjà l’introduction et les quelques moments de sortie du récit en cours de récit où il est question d’une fièvre accentue le côté délirant (dans tous les sens), mais c’est vraiment la mise en action de ces personnages tous plus mythique, mythologique les uns que les autres qui m’a fasciné. La course poursuite de la Reine sur sa jument, les sirènes, le taureau furieux, l’espèce d’ogre…. (n’ayant plus l’ouvrage sous la mains je m’excuse par avance de ne pas remettre les noms que j’ai oublié…). On passe d’une vie normale à la rencontre avec le surnaturel au seuil de la foret, cette foret qui souvent dans quelque soit la matière celtique dont on parle marque la frontière. D’ailleurs, maintenant que j’y pense c’est aussi le cas avec les récits classiques grecs et romains, ce qui est normal vue que la foret et ses terres appartiennent non pas à la civis, l’emprise de l’homme, mais bien aux marges et à ses divinités. Pensez Artemis et Pan, Dionysos… Ils ne manquent pas…

D’une certaine manière, Même pas mort m’a permis de renouer avec le roman implantée dans l’Histoire, et surtout dans l’Histoire antique.

Bon je pourrais encore écrire pendant des heures sur ce premier tome de Rois du monde, mais comme un avis trop long est toujours très enquiquinant à lire je vais m’arrêter ici.

Au final, bien que je ne me sois identifiée à aucun personnage (d’ailleurs est-ce une obligation, un ou un quelconque gage de qualité que de faire des personnages d’identification ? Question à mon sens purement rhétorique car quand j’y pense, mes livres coups de cœur sont généralement ceux où justement je n’ai aucunement cette assimilation….), mais cela ne m’a pas empêché d’entrer pleinement dans le récit, de pleurer, de rire, de vivre avec eux le temps de ces quelques pages. Certes il ne s’agit que d’un premier tome, nombre de mes questions, de mes interrogations n’ont pas encore de réponses. Certes je suis restée sur ma fin car je veux connaître la suite…

Conclusion : La prochaine fois que je croise Jean-Philippe Jaworski, je prend sans un dixième de seconde d’hésitation le second tome (et peut être même trois si d’ici-là il est sorti…) et certainement même ses autres livres dont Gagner la guerre dont tout le monde me parle avec tant de bien.

Reste maintenant plus qu’à espérer que ce ne soit pas dans trop longtemps…

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