Vincent Tassy, Apostasie

¤ Vincent Tassy
Apostasie, 2016
éd. du Chat noir, coll. Griffe sombre, 2016

apostasie

¤ 4ème de couverture

Anthelme croit en la magie des livres qu’il dévore. Étudiant désabusé et sans attaches, il décide de vivre en ermite et de s’offrir un destin à la mesure de ses rêves. Sur son chemin, il découvre une étrange forêt d’arbres écarlates, qu’il ne quitte plus que pour se ravitailler en romans dans la bibliothèque la plus proche.

Un jour, au hasard des étagères, il tombe sur un ouvrage qui semble décrire les particularités du lieu où il s’est installé. Il comprend alors que le moment est venu pour lui de percer les secrets de son refuge.
Mais lorsque le maître de la Sylve Rouge, beau comme la mort et avide de sang, l’invite dans son donjon pour lui conter l’ensorcelante légende de la princesse Apostasie, comment différencier le rêve du cauchemar ?

¤ Avis de lecture

Apostasie de Vincent Tassy. Un des chatons de la portée printanière 2016 du Chat Noir et surtout un parmi les plus attendus…

Lu tout de suite après Même pas mort, il a sans doute souffert de cette délicate position au regard de l’énorme coup de cœur que j’ai eu pour l’ouvrage de Jean-Philippe Jaworski.

Enfin, souffert, souffert… c’est vite dit car autant de l’écrire tout de suite j’ai vraiment beaucoup aimé ce roman. Un coup de cœur même je pourrais dire. D’un genre différent mais coup de cœur, tout à fait.

Apostasie n’est pas ma première rencontre avec la plume de Vincent Tassy que j’ai découvert à travers sa nouvelle Malvina Moonlore, parue dans l’anthologie Montres enchantées des éditions du Chat noir. Or si j’avais bien aimé dans l’ensemble ces quelques pages de poupée maléfique, je n’avais pas eu de révélation à en faire une de mes favorite du recueil et surtout rien ne présageait le délice que fut ma lecture de ce premier roman.

Un délice en partie lié à l’histoire, mais surtout intrinsèque au style, à la plume de l’auteur.

Je vous enquiquine assez avec ce point depuis les premiers articles de cet espace donc vous savez à quel point je suis sensible à l’écriture d’une histoire, bien plus qu’à son contenu je dirais. La plume de Vincent Tassy, telle qu’il nous la révèle dans Apostasie, fait partie de celles qui ont su me toucher profondément. J’aime les tournures employées et le phrasé poétique, les sonorités, les couleurs et les sensations qui se dégagent des mots employés. Il y a une recherche assez fine dans ce domaine qui est loin d’être un simple maniement de dictionnaires de mots rares et inusités. Outre tout ce qu’ils renvoient et leurs effets aussi bien sur l’histoire que sur le lecteur, j’aurais tendance à penser qu’il y a aussi tout un jeu – volontaire ou non – qui tend à détemporaliser le roman. Je m’explique. Il n’est pas fait mystère que l’intrigue se passe de nos jours, or le caractère du personnage d’Anthelme peut paraître brutalement anachronique avec sa figure toute beaudelairienne d’âme dévorée par un mal-être presque désormais stéréotype de la figure du poète maudit et du XIXe gothique. L’usage de tels termes qui ont cette connotation « ancienne » dans un récit à la première personne – donc la voix d’Anthelme – fait le lien et adoucit le rapport caractère/temporalité.

J’ai également retrouvé dans Apostasie – et c’est d’une certaine manière lié – un peu de ce style qui m’avait ravagé le cœur lors de ma lecture de La sève et le givre de Léa Silhol. Toutefois, contrairement à l’ouvrage de fantasy qui, pour moi, s’apparente plus à un très long poème en prose qu’à un roman, Apostasie est plus léger sur ce point. L’auteur joue avec les passages complètement poétiques – et souvent oniriques – qui peuvent déstabiliser un lecteur peu habitué et d’autres plus conventionnels et « faciles ». En résulte une lecture à la fois rapide et profonde. Une détente pointue en somme. Donc, tout ce que j’aime.

Si je dois parler un peu de l’histoire, j’avoue que tout ne m’a pas convaincu. Le passage du chaton au début du roman ne m’a pas touché comme il aurait pu/du, mais c’est assez anecdotique. Celui des Vermines dans le monde moderne est également un moment que j’ai trouvé plus faible que le reste du roman. Si je comprend l’intérêt d’un tel passage, il n’en reste pas moins qu’il est loin d’être mon préféré et que j’ai trouvé dommage de revenir aussi brutalement dans le monde trivial pour en sortir quelques dizaines de pages plus loin. On était si bien dans l’onirisme réel… d’autant que l’enchaînement des clichés de la culture vampirique/underground – même si ils sont assumés – est dommage quant à la qualité du reste de l’ouvrage.

En dehors de ces éléments « négatifs », toute l’histoire autour du personnage d’Aphélion m’a fasciné. Les récits de ses protégés, le décor dans lequel il évolue… tout me plait, l’univers de la Maison des Effraies dans son ensemble est simplement sublime. Pour une fois j’ai trouvé l’utilisation de la rose particulièrement belle. Elle m’a, le temps de ce roman, semblé reprendre cette image qu’elle possédait autrefois, dans la belle poésie du XVIème s, mais avec ce petit côté sombre de l’imaginaire gothique – quel qu’il soit.

J’aime aussi la manière dont la Sylve rouge semble être une Faërie écarlate. Toujours changeante, lumineuse dans son obscurité, renfermant tant et tant de secrets – bien plus que ce que l’auteur nous révèle. D’ailleurs, les personnages vampiriques de Vincent Tassy ont en eux ce quelque chose de caractéristique de la fée dans son sens anglosaxon. Certes ce sont des créatures qui se nourrissent de sang, vivent la nuit et sont morts puis redevenus « vivants » – donc le vampire tout ce qu’il y a de plus commun aujourd’hui – mais le fait qu’ils vivent dans cet – ou ces je ne sais pas trop – entre-monde, autre-monde (la fiction du livre « Une sylve rouge », la sylve rouge en elle-même, la fiction du récit d’Apostasie…) leur donne cet aspect très féerique.

Ce qui me fait enchaîner pour quelques lignes sur un aspect plus formel, si je peux dire : l’enchâssement particulier des histoires et d’une certaine manière la localisation géographique des histoires. Voilà un élément que j’ai tout particulièrement adoré.

L’histoire d’Anthelme qui se mêle à celle d’Alphion qui est mêlé à celle d’Apostasie qui se même à celle d’Anthelme… le tout sur fond de qui, que, quoi est réel et qui, que, quoi ne l’est pas… le devient, ou pas… et d’histoire « secondaires » de personnages « annexes » qui ne sont ni si secondaires, ni tellement annexes et qui eux-aussi jouent à ce méli-mélo narratif. De même quid des lieux ? La foret où s’exile Anthelme, la Sylve rouge, le roman «  Une Sylve rouge », cette terre où se passe l’histoire d’Apostasie, la fiction de l’histoire où se passe l’histoire d’Apostasie et la « réalité » du château des Vermine… Autant de lieux qui existent, mais n’existent pas, existent car ils ont été pensés, voulu, ardemment désiré… Certains auront peut-être trouvé cet aspect un peu flou et ne s’y seront pas arrêté alors que j’ai aimé l’onirisme qui se dégage de cette incertitude d’existence.

Quoi qu’on puisse penser, dire, écrire, sur Apostasie il est clair que l’auteur maîtrise son univers sur le bout des doigts car il n’y a pas un couacs, pas une incohérence alors que pas de niveaux de récit sont mis en place et interagissent.

Autre élément formel que j’ai apprécié et qui est sans doute plus anecdotique : la forme du roman avec ses chapitres complètement asymétriques. C’est un peu comme si on assistait à des fragments de nuit, de vie, de rêve. Cela peut sembler anodin, mais j’aime le changement que cela fait par rapport aux romans formellement plus classiques.

Bon j’aurais encore beaucoup de chose à dire sur Apostasie car c’est vraiment un ouvrage de qualité, mais l’heure tourne et je dois me préparer pour Les aventuriales de Ménétrol et les quelques 3 heures de route qui m’attendent avant d’arriver chez mon squat du week-end : ma chère  Méli.

Au final, Apostasie est une très belle découverte. La plume de Vincent Tassy trouve de quoi s’exprimer entièrement sous la forme de ce roman. L’histoire est pleine d’un onirisme sombre qui a su me toucher. Coup de cœur.

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